Entre gagner du temps et gagner...

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... il y a un fossé ! Que Pravind Jugnauth a beau essayer de combler, vendredi au no8, en affirmant que le Parlement ne serait pas dissout de sitôt. Qui va le croire quand l’on sait qu’il se prépare activement pour affronter l’épreuve qui déterminera non seulement son sort ou celui de son parti, mais la survie de sa dynastie.

Encore une fois, Pravind Jugnauth vient illustrer l’iniquité du modèle politique mauricien – où le Premier ministre, quel qu’il soit, possède toutes les cartes en main (en tant que juge du départ, arbitre, candidat, supporter et sponsor). Pour sa première course comme Premier ministre sortant en quête d’un premier mandat (en essayant, cette fois-ci, de passer par la grande porte et non pas par l’imposte ou sur les épaules de papa), Pravind Jugnauth abuse de ses prérogatives et se moque de nous. Seul à sa guise, sans un quelconque contre-pouvoir, contrairement à Boris Johnson au Westminister par exemple, qui, malgré tout ce qu’il peut dire, ne peut déterminer le calendrier électoral en fonction de ses envies/ humeurs/besoins personnels.

En insistant que l’Assemblée nationale va poursuivre ses travaux bien au-delà de la visite papale, le leader du MSM veut nous faire croire que la partielle du no7 se tiendra bel et bien le 13 novembre 2019. Il lance, par la même, le message qu’il ne voit aucun problème à depenser une trentaine de millions de nos roupies pour élire un candidat pour le plus court mandat de l’histoire politique (soit pour une vingtaine de jours seulement).

Dans l’imaginaire populaire et après le feedback du terrain rural (malgré tout ce que le NSS essaie de faire pour dorer la pilule), il sait que son néophyte de candidat Vikash Nuckcheddy risque de se faire écraser par un Anil Bachoo solidement ancré dans la Hindu Belt (circonscriptions 5-13).

Revenons en arrière pour tenter de mieux comprendre la situation difficile de Pravind Jugnauth. En mars dernier, pris de court par la démission de Vishnu Lutchmeenaraidoo, Pravind Jugnauth avait trois choix : 1) Affirmer qu’il n’y aura PAS de partielle; 2) Annoncer la tenue d’une partielle; 3) Avouer qu’il ne savait pas trop comment gérer le calendrier électoral (partielle puis élections générales). Ses conseillers – il en a beaucoup et ils ne poussent pas tous dans la même direction – lui ont imposé l’option 2 afin qu’il conserve les cartes du calendrier électoral en main, tout en semant la zizanie au sein des oppositions décomposées.

C’est pour cela que défiant la logique du Mauricien lambda Pravind Jugnauth a martelé que la partielle aura bel et bien lieu malgré le fait que les élections générales sont imminentes et que le remplaçant de Lutchmeenaraidoo n’aura peut-être même pas la chance de poser la moindre question au Parlement. Mais en apposant les discours premierministériels aux faits et gestes actuels sur l’échiquier (politisation à outrance des Jeux des Îles, de la visite du Pape, et du lancement du Metro Express, sans parler du débauchage des politiciens d’autres bords), il devient clair que Pravind Jugnauth n’a pas d’autre choix que de répéter, tel un perroquet, que partielle il y aura et que les élections générales ne sont «pas derrière la porte».

Si Pravind Jugnauth avait abondé dans le sens d’une non-partielle, il aurait, indirectement, révélé que le Parlement serait dissous avant le 13 novembre de cette année. Selon les dispositions de la loi électorale qui stipulent clairement qu’à partir de la date de démission d’un membre de l’Assemblée nationale (ici celle de Lutchmeenaraidoo, intervenue le 21 mars 2019), le gouvernement – en fait le PM ! – dispose de 90 jours au maximum pour émettre le Writ of Election (ce qui nous aurait menés au délai du 18 juin au plus tard). Ainsi la partielle aurait dû se tenir 150 jours plus tard, soit en novembre. Et la seule façon d’éviter la partielle – qui risque de donner encore plus de sérum au PTr, revigoré après sa franche victoire au no18, suivant la démission de Roshi Bhadain – c’est donc de dissoudre le Parlement. Ce que Pravind Jugnauth démentira jusqu’au bout.

Mais jusqu’à quand peut-il gagner du temps et fuir l’affrontement… on verra bien. Mais une chose est sûre : on ne devrait plus permettre à un Premier ministre de berner tout le monde à cause de ses pouvoirs illimités.

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