L’élection de Trump: une claque à notre système politique aussi !

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Des électeurs, le jour de l’élection présidentielle américaine, à Los Angeles.

L’élection de Trump est une leçon cinglante aux pays, comme le nôtre, qui disent pratiquer la démocratie. Au-delà des cris de rejet, le résultat nous offre une occasion de réfléchir sur le concept même de la démocratie, imposé par la pensée occidentale et copié presque partout dans le monde. Il impose un questionnement à tous ceux qui qualifient de «the best» le système politique et de gouvernement dit démocratique. Ce résultat est tout aussi un rappel cruel à une évidence : un système politique qui se dit démocratique se juge dans sa pratique, et son mode d’élection en fournit la preuve.

Le système électoral américain a des ressemblances de fond avec le système mauricien dans le sens que les deux sont capables de générer des absurdités, des effets contraires à la démocratie elle-même. Aux USA, même avec 200 000 voix populaires d’avance, Madame Clinton a perdu les élections. Elle avait eu le plus grand nombre de votes du peuple dans l'histoire des États-Unis, après Obama. And yet

C’est Trump qui a été élu. Une victoire avec seulement 27 % des voix de la population américaine en âge de voter. C’est pour dire que plus de 70 % de cette population-là ne sont pas partis voter pour celui qui sera pourtant le 45e président des États-Unis. En termes de chiffres absolus, ils ne sont qu’environ 75 millions d’Américains à voter pour lui, et même avec ce soutien minoritaire de l’électorat, Trump dirigera les États-Unis d’Amérique et dictera ses règles aux 7 milliards d’habitants du monde entier ! Il en est ainsi parce que c’est un système qui confère la totalité du pouvoir à un individu qui n’a même pas eu 70 % de soutien populaire. Il y a là, évidemment, un défaut dans le système : un nonsens démocratique.

Chez nous aussi, c’est pareil. Prenons l’exemple des dernières élections tenues, les municipales de juin 2015 lors de laquelle 80 % des personnes éligibles au vote n’avaient pas dit oui à ceux qui dirigent aujourd’hui les cinq villes du pays. 80 % qui, soit en s’abstenant ou en votant contre, n’ont pas cautionné ceux qui règnent en maîtres sur le destin des citadins. Et ça s’appelle démocratie aussi !

Le système électoral est un pilier de la démocratie. À Maurice, un parti ayant obtenu plus de votes sur le plan national ne fait pas forcément le gouvernement, où encore un parti politique peut rafler les trois sièges d’une circonscription avec, par exemple, moins de 20 % des votes. L’iniquité repose sur le First Past The Post à Maurice, une variante que l’on retrouve dans le système américain avec «the winner takes it all», lié au mécanisme du vote par le collège électoral. Dans les deux cas, c’est la mascarade démocratique institutionnalisée qui est étalée. Aux USA, l’on s’en rend compte aujourd’hui. À Maurice, on attend le jour où un parti minoritaire extrémiste prendra le pouvoir par un 60-zéro !

Défaite de la démocratie

Mais en attendant, l'éloge du système en place est manifeste. En bons opportunistes, les classes dirigeantes et les tenants du pouvoir économique qui en profitent travaillent pour son maintien. Même si, dans sa pratique, par le biais d’un mode électoral pourri, cette démocratie-là est d’essence antidémocratique.

Trump président, c’est la défaite non seulement des démocrates, mais surtout celle de la démocratie : une claque au système politique américain, et à la nôtre aussi !

«Tous les autres aspects de l’ensemble du système politique méritent notre questionnement.»

Même si ici on n’a pas connu une déferlante protestataire suite à l’élection de Trump, tout donne à penser qu’au fond du Mauricien, il y eut comme un rejet du résultat. Pas à cause de son effet surprise, mais surtout par rapport au candidat lui-même et de ce qu’il a dit pendant sa campagne. Ses discours nous ont permis de lire ses intentions.

C’est à l’honneur du peuple mauricien d’avoir pensé, d’avoir pris conscience, d’être secoué par le résultat de la  présidentielle  américaine. Mais il doit aller plus loin dans sa logique et voir ce qui se passe dans son pays aussi, où le système électoral produit déjà d’énormes injustices, des résultats contraires à l’esprit démocratique d’une représentation juste du peuple.

Et au-delà du mode électoral, il y a tous les autres aspects de l’ensemble du système politique qui méritent notre questionnement, notamment son fondement sur un communalisme institutionnalisé, qui rend possible l’accaparement du pouvoir grâce à une astucieuse et sournoise division des minorités. Le lecteur averti ou pas peut en rajouter !

Ce qui s’est passé aux USA est un signal d’alarme non pas seulement sur les intentions de Trump que bon nombre d’entre nous appréhendent déjà, mais sur l’état de la pratique démocratique dans les pays qui ont un système électoral injuste. L’élection de Trump est venue contredire ceux qui croyaient que leur pratique démocratique était «the best».

Fukuyama, auteur de l’ouvrage ‘La fin de l’Histoire’, voyait dans la démocratie libérale «le point final de l’évolution idéologique de «l›humanité». Un raisonnement par rapport aux différents systèmes existants : théocratie, monarchie héréditaire, fascisme et communisme. Il avançait que «l’idéal de la démocratie libérale ne pouvait être amélioré sur le plan des principes». Il a raison de préciser qu’il s’agit des principes seulement. Car au regard de la pratique du système électoral, déterminant clé dans la réalisation de cet «idéal démocratique», on est loin de l’essence, de la valeur même du principe.

Voilà où nous en sommes : une pratique en décalage avec le principe. Le règne de la pratique opportuniste de la démocratie par le biais de manoeuvres délétères appelées élections.

Cet article n’est pas une analyse des chiffres. Il ne repose pas sur la précision de l’arithmétique électorale. Ce n’est pas le but. Il vise un système qui dévoile ses vrais contours : une antithèse de la démocratie par le biais de sa pratique contraire à l’essence démocratique elle-même. Il dit que la démocratie est une escroquerie inventée par l’homme pour dominer ses semblables sous le déguisement des élections qu’il proclame «free and fair». Alors qu’elles ne sont que le symbole d’une représentativité populaire trafiquée !

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