Pressions pour que Mario Nobin parte sur fond de malaise dans la police

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Les rumeurs veulent que le CP (à dr.) et le Premier ministre ne regarderaient plus dans la même direction depuis quelque temps, surtout après l'affaire Mike Brasse.

Les rumeurs veulent que le CP (à dr.) et le Premier ministre ne regarderaient plus dans la même direction depuis quelque temps, surtout après l'affaire Mike Brasse.

Lundi 13 mai, les salles de rédaction ont reçu la même info : le commissaire de police (CP), Mario Nobin, serait sur le point de «step down». Dès lors, les appels se sont enchaînés. Des membres de la force policière, du gouvernement ainsi que du National Security Service (NSS) ou encore de l’opposition étaient à l’affût des «dernières nouvelles». Info ou intox ?

Le principal concerné a, dans un premier temps, dit à l’express ne pas être au courant de son éventuel départ. «Si pour certains c’est une bonne nouvelle, qu’ils se réjouissent. Je n’ai rien à dire car je ne suis pas au courant.» Il a par la suite indiqué qu’il restait en poste. «Je ne pars pas, je suis occupé à préparer la visite papale», a-t-il déclaré en début de soirée.

Le sujet aurait pu revenir sur le tapis ce mardi 14 juin au Parlement, avec la question de Veda Baloomoody au ministre mentor sur le nombre de passeports déclarés perdus depuis janvier 2015 et la date à laquelle cette déclaration a été faite et quand le nouveau document a été octroyé. Mais le temps n’a pas permis d’arriver à cette interpellation. 

Rumeur plantée

Toujours est-il que cette rumeur persistante de démission a bien été plantée, avec pour but de pousser Mario Nobin vers la porte de sortie. D’où provient-elle ? Des procédures auraient-elles été enclenchées au niveau du Prime Minister’s Office (PMO), en vue de faire partir le CP ? Aucune confirmation officielle n’a été obtenue.

Interrogé hier, le conseiller du Premier ministre, Ken Arian, a laissé entendre qu’il n’est pas au courant. Dans les hautes sphères de la police, on fait toutefois comprendre que le CP aurait confié à ses proches qu’on lui aurait demandé de se préparer à «step down» dans les jours qui viennent, soit d’ici la fin de la semaine. Car cela ferait un moment que Mario Nobin embarrasserait grandement le gouvernement.

La goutte de trop : l’affaire Mike Brasse. Bien que celle-ci ait été révélée par l’émission Menteur Menteur et l’express il y a trois ans, ce n’est que le mois dernier qu’elle a pris une autre tournure. Cela, dans le cadre de l’enquête du Central Criminal Investigation Department (CCID), et la déposition de l’ancien n°1 du Passport & Immigration Office (PIO), l’assistant surintendant de police (ASP), Narendra Kumar Boodhram. Oui, le CP est bien intervenu pour faciliter l’octroi d’un passeport à Mike Brasse, a-t-il déclaré aux enquêteurs le 4 avril, tout en présentant des documents à l’appui. Ce même Mike Brasse qui a par la suite été arrêté à La Réunion avec une forte quantité de drogue et qui a été condamné par la cour de justice.

Plusieurs lacunes dans le leadership

«Hein, get enn kou, éna enn boug apel Brasse inn perdi so paspor ek li bien bizin vwayazé, mo finn avoyou Domah so rapor. Mo pé dir boug-la vinn laba fer li gagn so paspor.» Selon l’ASP Boodhram, c’est ce qu’aurait lancé comme directives le CP, le 17 septembre 2016. Ces détails auraient eu l’effet d’une bombe au niveau du gouvernement. 

Si le leadership du n°1 de la police a jusqu’ici présenté plusieurs lacunes, il semblait plus ou moins bénéficier du soutien sans faille du pouvoir. La donne aurait toutefois changé.

D’ailleurs, assez évasif pendant tout ce temps, Mario Nobin a vite fait de se défendre dans la presse, martelant qu’il n’a rien à se reprocher. Mais dans les milieux de la police, cette enquête du CCID a fait sourire plus d’un. «On voit mal le patron du CCID, Devanand Reekoye, interroger le CP sur une enquête qu’il a lui-même commandée», dit-on. Il se trouve toutefois que l’affaire Brasse ne serait que le sommet d’un malaise qui dure depuis des années aux Casernes centrales. Le «management» du CP serait à l’origine de nombreuses frustrations. Ainsi, il se serait mis à dos bon nombre de policiers.

Dans les milieux concernés, on avance que le CP n’accorderait pas beaucoup d’importance à la hiérarchie. Ses «proches lieutenants» seraient issus de diverses unités et compteraient certains officiers qui ne feraient pas l’unanimité. Autre détail : la mise sur pied d’une police au sein de la police, soit l’Anti-Robbery Squad. L’express en a fait état le 25 octobre dernier. Aux Casernes centrales, on confirme que cette unité a connu une fulgurante montée en puissance, sous la houlette du CP et du Deputy Commissioner of Police (DCP) Krishna Jhugroo.

Rôle de l’Anti-Robbery Squad

N’hésitant pas à usurper les pouvoirs d’autres cellules, telles que la Central Investigation Division ou encore le PIO, les officiers affectés à l’Anti-Robbery Squad constitueraient la nouvelle élite. «La frustration est à son comble aux Casernes. Tout à coup, les autres officiers n’ont plus aucune importance», fait-on valoir. On ajoute que les nombreuses plaintes faites à ce sujet sont tombées dans l’oreille d’un sourd et que le n°1 de la police l’aurait dit clairement : les pouvoirs confiés à l’Anti-Robbery Squad ne seront pas revus à la baisse.

Par ailleurs, les exercices de promotion et de transferts n’ont guère plu aux policiers. «Des transferts soudains surviennent, sans explications. Il s’agit clairement de transferts punitifs. Quant aux promotions, la perception générale est que la méritocratie ne prime plus», souligne-t-on.

Dans les milieux concernés, on avance que Mario Nobin est actuellement en congé préretraite. Il devrait rester en poste jusqu’en septembre. Cependant, une autre hypothèse avancée est qu’il lui aurait été conseillé de «step down» avant qu’il ne fasse l’objet d’une éventuelle inculpation. Car, selon les règlements de la fonction publique, le CP n’aurait alors pas droit à ses bénéfices.

À l’Hôtel du gouvernement, bien qu’on dise ignorer l’origine de ce «lobby» visant à pousser le CP vers la porte de sortie, on confie que ce serait une suite logique des choses. «Les faits qui lui sont reprochés sont accablants. Il devrait en effet céder sa place», dit-on.

Quoi qu’il en soit, le successeur du n°1 de la police aurait déjà été désigné. Il s’agirait de celui qui est à la tête de la Special Mobile Force actuellement, le DCP Khemraj Servansingh. Sollicité, ce dernier a déclaré n’avoir aucune communication du PMO lui demandant d’accéder au poste de CP.

Quid du DCP Krishna Jhugroo, évoqué depuis plus d’un an comme le successeur probable de Mario Nobin ? Selon nos informations, cette éventualité ne serait pas à l’ordre du jour. 


Le CP et ses casseroles

Quels sont les événements qui ont terni la réputation du CP ? Il y a pour commencer les démêlés de Satyajit Boolell, le Directeur des poursuites publiques (DPP), avec la police dans le sillage de l’enquête de l’ICAC sur l’affaire Sun Tan, en juillet 2015. 

Le DPP avait fait l’objet d’un mandat d’arrêt à la suite de ses allégations faites dans un affidavit qui concernait Roshi Bhadain et Showkutally Soodhun, alors ministres. Ces derniers avaient fait une déposition contre lui pour «false and malicious denunciations in writing». Cet affidavit, Satyajit Boolell l’avait juré pour obtenir une injonction en Cour suprême afin qu’il ne soit ni interrogé ni arrêté dans l’affaire Sun Tan par la police ou l’ICAC. Néanmoins, le jeudi 16 juillet 2015, des policiers ont tenté de l’arrêter à son domicile. 

Ensuite, il y a l’affaire Hurreechurn. Mario Nobin serait intervenu dans l’enquête de la National Preventive Mechanism Division de la National Human Rights Commission (NHRC) sur le suicide du constable Arvind Hurreechurn, présumé passeur. Marie Lourdes Lee Yin Lam Hung, de la NHRC, avait reconnu que le CP l’avait appelée le 2 novembre 2016 au sujet du cas Hurreechurn mais n’a jamais révélé la teneur de la conversation. Le chef de file du Parti travailliste au Parlement, Shakeel Mohamed, avait demandé lors d’une conférence de presse que Mario Nobin démissionne de son poste de CP.

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