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Un Dhruv version «Supercopter» en route, des polémiques aussi

21 décembre 2022, 19:00

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Un Dhruv version «Supercopter» en route, des polémiques aussi

 

• Un pilote indien suivra également une formation (…) au grand dam des Mauriciens

Son nom : Dhruv Mk-III. Cette «libellule» d’acier high-tech, plus avancée et performante que son prédécesseur déploiera bientôt ses hélices dans le ciel mauricien. Ses pilotes doivent suivre une formation, mais un Indien dont le contrat se termine en bénéficiera aussi, aux frais du contribuable mauricien.

La Police Helicopter Squadron (PHS) et le gouvernement mauricien s’apprêtent à prendre livraison du second Dhruv, l’Advanced Light Helicopter (AHL)-Mk III, en construction à Hindustan Aeronautics Limited (HAL), en Inde. L’AHL-Mk III est une version plus avancée et performante du Dhruv, largement utilisé par l’armée indienne. Son avantage est qu’il est équipé du radar de surveillance le plus avancé, capable de détecter et d’identifier les navires et des embarcations jusqu’à une distance de 120 milles nautiques. Ce petit bijou coûte 25 millions de dollars américains, soit Rs 1,1 milliard.

Qui dit nouvel appareil dit nouvelle formation. Si 18 techniciens sont déjà rentrés d’Inde, c’est au tour des officiers mauriciens qui pilotent le Dhruv d’en bénéficier. Deux d’entre eux ont mis le cap hier pour la Grande péninsule pour une durée d’un mois. Sauf qu’un pilote indien formé pour faire voler le Dhruv suivra également une formation chez HAL. Rien d’anodin, direz-vous… Mais, cela risque de faire grand bruit du côté de la PHS. Ce pilote bénéficiera de deux semaines de formation pour pouvoir être aux commandes du Dhruv Mk-III. Son contrat de travail expire fin décembre et il a bénéficié d’une extension de trois mois. Le hic c’est que les billets d’avion, hébergement et autres dépenses pour sa formation sont pris en charge par l’État mauricien.

Une situation qui met en rogne les pilotes locaux, qui se sentent lésés face aux «collègues» indiens. «Pourquoi le gouvernement investit dans une formation de deux semaines pour un pilote qui sera parti après trois mois ? Pourquoi dépenser l’argent des contribuables ainsi ?» Selon eux, ceux qui pilotent le Dhruv doivent être accompagnés d’un pilote indien lors de chaque mission. «Nous sommes tout aussi expérimentés qu’eux. Pourquoi doivent-ils accompagner les pilotes locaux chaque sortie ? Pourquoi lorsque les deux Mauriciens sont partis à La Réunion il n’y avait aucun pilote indien dans ce cas ?» Une série de questions a été envoyée à Anil Kumar Dip, le commissaire de police hier, pour des éclaircissements. Les réponses sont attendues.

En attendant, ce que l’on sait c’est que lors de l’exercice appelé Papangue 2022 qui s’est tenu à l’île sœur pendant cinq jours, un équipage 100 % mauricien a effectué le déplacement à bord du Dhruv. Cet événement avait regroupé les forces de l’ordre de plusieurs îles de l’océan Indien dont Maurice, les Seychelles, Madagascar, Mayotte, les Comores et La Réunion. En collaboration avec des membres des autorités policières et militaires, rassemblés sous le groupement Force Armée de la zone océan Indien (FAZOI), Papangue 2022 a repris après un arrêt de deux ans, à cause du Covid-19.

Par ailleurs, depuis que leurs deux collègues ont mis le cap sur la Grande péninsule, d’autres interrogations ont surgi. «Auront-ils l’occasion de faire des missions ensemble à leur retour ?»

La PHS est composée de quelque 11 policiers, dont deux Indiens et neuf Mauriciens. Au début de l’année, l’escouade héliportée de la police avait réclamé le recrutement davantage de pilotes et techniciens. «On aura plus d’hélicoptères que de pilotes», avaient-ils affirmé. Ces pilotes estiment qu’il faut procéder à un recrutement, avec le nombre d’appareils dont disposera la PHS. Selon eux, il faudrait idéalement 18- 20 pilotes, soit deux pour chaque appareil. Le dernier recrutement est celui de la Woman Cadet Officer Souvarnaa Ramjee-Essoo. Autre grief des pilotes : l’absence de promotion et d’une rémunération inappropriée en fonction des «hautes responsabilités» qui pèsent sur leurs épaules.

Suivant un accord bilatéral avec Maurice et la Grande péninsule, un officier de l’Indian Air Force et de l’Indian Navy sont aux commandes de la PHS et de la National Coast Guard, respectivement. Répondant à une question le 9 octobre 2016 à ce sujet, le nouveau commandant, Ravindra Shinde, avait affirmé que «tous les commandants de notre escouade héliportée viennent de l’Inde». Y a-t-il un plan pour former un pilote mauricien afin qu’il puisse un jour être aux commandes de l’unité ? Sa réponse : «Selon cet accord entre les gouvernements mauricien et indien, je commanderai l’escouade héliportée pendant deux ans. La décision de passer la main à un pilote mauricien ne m’appartient pas mais relève de nos gouvernements respectifs.»

Et visiblement, il semble- rait que l’État n’est pas prêt à passer la main à un fils du sol…