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Marche citoyenne à Port-Louis: Mauriciens debout

29 août 2020, 09:00

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Marche citoyenne à Port-Louis: Mauriciens debout

Ils répondent oui à l’appel de Bruneau Laurette. Ces citoyens iront à Port-Louis cet après-midi, pour participer à la mobilisation. Rendez-vous est donné à 13 heures aujourd’hui, place de la cathédrale St Louis.

Pascal Ducray: «Nou nepli enn lepep mouton» 

C’est un must. Pascal Ducray, entrepreneur, sera place de la cathédrale aujourd’hui, pour participer à la mobilisation citoyenne. «Je suis un patriote. J’ai fait beaucoup de sport pour mon pays.» Il est aussi un citoyen qui dit sa «peur» quand il voit la «pente» que prend le pays. 

Répondre à l’invitation de Bruneau Laurette, l’organisateur de la mobilisation, traduit son «besoin d’être utile au nom de [sa] famille et de [ses] enfants». Plusieurs causes l’interpellent. Il est «outré par les scandales de corruption à tous les niveaux». Le «manque de compétences dans les institutions» notamment à Air Mauritius et «la mauvaise foi de ceux qui nous dirigent». Mais aussi le «manque de connexion avec le peuple». 

Il est également un citoyen «dérangé» par le manque de libertés : liberté d’expression, liberté de la presse. L’interdiction faite au leader de l’opposition de tenir des conférences de presse dans son bureau les jours où le Parlement ne siège pas l’a marqué. «On sanctionne un autre député parce que ses questions sont sans doute trop pertinentes.» 

Ce citoyen se dit frappé par «le manque de transparence, le copinage». Réagissant à la nomination cette semaine de Rishi Hurdoyal, frère de Vikram Hurdoyal, l’actuel ministre de la Fonction publique, Pascal Ducray confie : «Je suis déprimé de voir cela. C’est un pied de nez au peuple.» Il n’oublie pas non plus la gestion du naufrage du vraquier MV Wakashio. «Cette marée noire aurait dû être évitée.» 

Face à cette situation, il aspire à un renouveau en politique. «Pour cela, il faut d’abord secouer le manguier pour faire tomber les fruits pourris. Nou nepli enn lepep admirab, enn lepep mouton.» 

Que pense-t-il de la participation annoncée des leaders des partis de l’opposition à cette marche citoyenne ? Pascal Ducray estime qu’il ne faudra pas afficher de couleurs politiques cet après-midi. «S’ils viennent en tant que citoyens, de quel droit va-t-on les en empêcher ? Je comprends que l’on ne partage pas leurs opinions, mais du moment que ces leaders restent apolitiques, il n’y a pas de problème. Ce n’est la marche de personne. C’est une marche citoyenne.»

Les pancartes de Drwa a enn lakaz seront de sortie.

Lucie Wong: «Kamarad nou pa bliye twa» 

Énergie et conviction. C’est d’une voix forte que Lucie Wong, directrice d’une entreprise familiale, explique pourquoi elle participe à la mobilisation. Cette habitante de Baie-du-Tombeau répète : «J’aime mon pays. Je descends dans la rue pour ma famille. Je ne veux pas qu’un jour mes enfants me reprochent d’avoir été au courant de tout ça et de n’avoir rien fait.» 

Lucie Wong est membre du Mouvement anti-pollution. Il y a un an, en juillet 2019, cette plateforme voit le jour à la suite du projet de Veolia Recycling & Environment Services Ltd de construire une station de traitement de déchets toxiques dans la région de Riche-Terre et Baie-du-Tombeau. En septembre de la même année, ils obtiendront l’arrêt du projet. «On n’oublie pas tous ceux qui sont venus nous aider», affirme Lucie Wong. «Ce n’était pas que l’affaire d’une région, mais du pays.» 

Depuis, les membres de la plateforme sont restés soudés, comme «une bonne bande de copains». Des membres ont mis la main à la pâte pour fabriquer des bouées après le déversement d’hydrocarbures à Pointe-d’Esny. D’autres se sont fait couper les cheveux pour les booms. C’est le Mouvement anti-pollution qui sera représenté à la marche. 

Lucie Wong confie : «Quand on a entendu une dame d’une famille de pêcheurs raconter qu’ils n’ont rien à manger, ena inn tir gro mouswar inn ploré.» Pour elle, il faut justement se protéger contre «l’endurcissement des coeurs. À tous ceux qui pensent qu’ils n’ont pas de voix, nous voulons dire : Kamarad nou pa bliye twa».

Deborah Parsad: «Que les squatteurs obtiennent enfin une maison» 

Mère de quatre enfants, Deborah Parsad connaît toutes les douleurs d’être squatteur. C’est parce qu’elle est elle-même passée par là, avant d’être aujourd’hui membre de l’ONG Drwa a enn lakaz. Il y a une dizaine d’années, elle perd tout dans l’incendie de sa maison à Riambel. Sans moyens financiers pour louer une autre maison, elle va vivre chez des proches. «Cela a divisé ma famille. L’un de mes fils a dû me quitter pour aller vivre chez ma belle-mère.» 

Deborah Parsad quitte alors le Sud pour Cité Malherbes à Curepipe. Région où des squatteurs ont été délogés pendant le confinement. Elle entame des démarches administratives. «Comme je ne suis pas mariée au père de mes enfants, on m’a dit que je n’avais pas droit à ces maisons-là, qu’il y avait beaucoup de gens avant moi.» Mais elle s’accroche. «Sak kout mo al fatig zot dan biro-la.» Jusqu’à ce que «d’un coup de baguette magique», elle obtienne la bénédiction d’un ancien ministre du Logement. «Grâce à une signature, j’ai pu devenir propriétaire.» 

Si aujourd’hui elle vit toujours dans une maison en tôle, sa maison en dur est en construction. «Je n’ai pas oublié tout ça. Samem mo al get sa bann dimounn-la, mo donn zot kouraz. Je leur dis que si j’ai pu avoir une maison, ils y arriveront aussi. Tout ce que je veux, c’est que ces gens aient une maison. C’est pour cela que je serai à Port-Louis.»

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