Publicité

Hôpital Victoria: Une pagaille qui rend les cancéreux encore plus malades...

23 août 2020, 19:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

Hôpital Victoria: Une pagaille qui rend les cancéreux encore plus malades...

Nausées, vomissements, vertiges sont le lot des malades du cancer sous traitement de chimiothérapie. Et quand là-dessus vient se greffer une pagaille dans le classement des rendez-vous à l’hôpital Victoria comme actuellement et que les malades doivent patienter des heures avant de recevoir leur traitement qui doit prolonger leur espérance de vie ou qu’ils sont renvoyés chez eux sans l’avoir reçu, ça ne va plus.

Jusqu’ici, les patients que nous avons rencontrés ont composé avec les incongruités dans le département de radiothérapie (RT), qui abrite celui de la chimiothérapie, comme par exemple le manque d’hygiène dans la salle d’attente ou des toilettes. «Les préposés nettoient le sol au moins trois fois dans la journée. Mais ils passent avec des poubelles qui débordent sous votre nez qu’ils vont vider dans une plus grande à deux pas de là, ellemême remplie à ras bord de saletés. Le plus ironique, c’est que la première fois que vous allez à votre rendez-vous à l’hôpital, on vous fournit une fiche vous expliquant comment vivre et comment respecter l’hygiène à la maison. Or, charité bien ordonnée devrait commencer par soi, non ?» lâche une patiente.

L’époux d’une autre malade évoque, lui, le manque d’hygiène dans les toilettes communes aux hommes et aux femmes dans ce département. «L’eau ne coule presque jamais dans les toilettes et, de ce fait, celles-ci empestent. Un jour, il y a une malade qui s’est retrouvée enfermée 45 minutes dans ces toilettes. Vous imaginez comment elle a dû se sentir avec ces odeurs incommodantes ?»

La salle d’attente pour le traitement de chimiothérapie dispensé en ambulatoire ne comprend que 12 places. Les fauteuils y sont délabrés. Il n’y a que trois lits disponibles pour que les patients reçoivent leur perfusion de chimiothérapie. «Le drap qui a été mis le matin n’est jamais changé au cours de la journée. Et parfois, il sent fort.»

Les patients n’ont cependant aucune critique envers le personnel hospitalier du département, que ce soit les infirmiers/infirmières ou les médecins. «Ils sont très polis, très gentils et nous expliquent calmement les choses. On n’a strictement rien à leur reprocher.»

Si pendant le confinement, plusieurs patients ne se sont pas rendus à leur rendez-vous préalablement obtenu car ils craignaient d’être plus vulnérables au Covid-19, en raison de leur nature affaiblie par le cancer et les traitements, d’autres, qui ont malgré tout fait le déplacement durant cette période, ont obtenu un report de rendez-vous. Plusieurs d’entre eux qui viennent de loin et qui n’ont pas les moyens de se payer un taxi bénéficient d’un transport de l’association Link to Life. Transport qui les récupère à domicile et les emmène à l’hôpital Victoria et les reprend ensuite pour les ramener chez eux.

Or, depuis le 1er juillet, c’est la pagaille au niveau des rendez-vous, qui ne sont pas respectés par le personnel hospitalier. Une patiente qui bénéficie du transport de Link to Life est arrivée au département de RT à 8 h 30 un matin. Elle n’a reçu son traitement qu’à partir de 11 h 40. Une autre, prise en charge également par le transport de Link to Life, est arrivée encore plus tôt en salle d’attente du département de RT, soit à 7 h 45. Elle a dû patienter jusqu’à 14 heures pour être admise en salle de chimiothérapie et commencer son traitement, qui s’est terminé à 16 h 30. Une autre patiente transportée par Link to Life, et dont le rendez-vous était à 10 heures, a finalement pu voir le médecin à 14 h 05. Entre-temps, elle stressait tellement que sa tension artérielle est montée à 20.

Stress, déplacements inutiles, désorganisation…

C’est sans compter les patients qui ont attendu plusieurs heures avant de s’entendre dire qu’ils ne pourraient recevoir de traitement le jour même et qu’il leur faut revenir le lendemain car il y a trop de monde. «Cela ajoute à notre stress d’être malade. Notre numéro de téléphone figure dans notre dossier. Ils auraient très bien pu nous appeler pour nous éviter des déplacements inutiles, surtout que nous venons de loin et que Link to Life a la gentillesse de mettre à notre disposition un transport gratuitement. Ils ont peut-être été désorganisés avec le confinement et se retrouvent avec trop de patients à gérer mais nous ne pouvons faire les frais de leur désorganisation. Après chaque chimiothérapie, nous avons des nausées, parfois ce sont des vertiges ou des tremblements. Ou encore un état de grande faiblesse. Nous ne sommes pas capables de prendre l’autobus. Nous voulons bien attendre deux heures mais pas une journée tout de même. Donn nou nou nouvo lopital pou kanser enn fwa pou tout.»

Selvina Moonesawmy, la Programme Coordinator de Link to Life, explique que cette pagaille dans la gestion des rendez-vous au département RT de l’hôpital Victoria impacte les coûts de transport offerts par l’association. «Depuis quelques années, Link to Life fournit un transport free of charge aux malades du cancer qui viennent de loin et n’ont pas les moyens ou sont trop malades pour prendre le transport en commun. Une trentaine de malades en bénéficient mais comme une douzaine d’entre eux ont besoin de recevoir le traitement deux fois par mois, le nombre d’allers-retours se chiffre à 150 mensuellement.»

Pour ce faire, Link to Life loue les services d’un contracteur. «Depuis le 1er juillet, nous avons noté que les patients qui demandaient des transports approuvés par nous étaient obligés de patienter une demie journée, voire plus pour obtenir leur traitement à l’hôpital Victoria. Parfois, on les renvoie à la maison sans les traiter en leur disant de revenir le lendemain. Or, tout retard dans le traitement entraîne des coûts additionnels imprévus pour nous auprès du contracteur et il arrive qu’on ne puisse pas renvoyer le transport pour le malade le lendemain. C’est chagrinant mais c’est ainsi. D’autant plus que cette année, nous n’avons reçu que le Grant du gouvernement et qu’il n’y a toujours pas eu d’appels à projets du National CSR maintenant connu comme la NSIF (NdlR, National Social Inclusion Foundation). Cette désorganisation à l’hôpital se répercute sur notre mode de fonctionnement et sur nos coûts.»

Des poches de colostomie de mauvaise qualité

Elle souligne également que les poches de colostomie donnés par le ministère de la Santé aux personnes opérées d’un cancer colorectal sont insuffisantes et de mauvaise qualité. «À Link to Life, nous suivons quatre personnes, un homme et trois femmes, qui doivent porter des poches de colostomie. Ces poches sont censées être réutilisables mais ce n’est pas hygiénique. Si ces poches sont mal nettoyées, les patients peuvent faire des infections. Ils reçoivent de l’hôpital cinq bases à coller sur la peau et 10 sacs pour un mois. Outre que ce nombre soit insuffisant – il aurait fallu qu’ils aient 20 sacs et dix bases pour un mois -, la qualité de ces poches est mauvaise. Dès que les malades passent sous la douche, la base se décolle et ils doivent alors la scotcher avec de la bande adhésive. Les poches à colostomie que le ministère utilisait autrefois étaient de meilleure qualité. Et ces patients n’ont pas les moyens d’en acheter dans le privé. Il serait souhaitable que le ministère de la Santé prenne tout cela en considération.»

Mardi à l’ajournement des travaux parlementaires, Kailesh Jagutpal, ministre de la Santé, s’est dit conscient de la pagaille actuelle au niveau du classement des rendez-vous au département de radiothérapie/chimiothérapie de l’hôpital Victoria. Ce chamboulement a été surtout causé par la délocalisation des services de l’hôpital ENT à Vacoas (établissement transformé en unité de soins pour les malades du Covid-19), à celui de Victoria à Candos et par l’aménagement d’une unité de dépistage du Covid-19 avec des chambres d’isolation à l’hôpital Victoria. Pour cela, le ministère a dû mobiliser de l’espace et des ressources additionnelles.

Selon nos informations, le ministère fait tout pour remettre de l’ordre dans le classement des rendez-vous au niveau du département susmentionné. Il est d’ailleurs conseillé aux malades du cancer bénéficiant du transport de Link to Life, et dont le rendez-vous est renvoyé au lendemain ou au surlendemain et qui ne peuvent se déplacer une nouvelle fois en raison de la gravité de leur état, d’appeler sur le 402 0800 pour obtenir un transport du ministère de la Santé.

Publicité