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Economie océanique: navigue-t-on en eaux troubles ?
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Economie océanique: navigue-t-on en eaux troubles ?
Doubler la capacité de l’économie océanique d’ici 2025 : le sujet était discuté pendant une conférence de la Banque mondiale. Où en sommes-nous concrètement ? Quels secteurs favoriser ? Explications.
Qu’est-ce que l’économie océanique ?
«L’économie océanique est liée aux ressources de la mer. Parallèlement, on trouve l’économie bleue, qui inclut aussi les lacs et les rivières et qui se base sur les trois piliers du développement durable: social, économique et environnemental», explique Yuvan Beejadhur, spécialiste des ressources naturelles. Selon le rapport intitulé «The Ocean Economy : Make it happen, make it last», de la Banque mondiale (BM) co-écrit par notre interlocuteur, une stratégie pour doubler la capacité de ce secteur (O2) boostera les retours sur investissement par 20 %. La diversification de l’économie océanique (hors tourisme) connaîtra une hausse de 20% et la création d’emplois est estimée à 36 %. La réduction de la pauvreté et de l’inégalité serait également associée à ce développement. Actuellement, la contribution de l’économie océanique est de 11 à 12 %, confie notre interlocuteur.
Les filières stratégiques
Selon nos interlocuteurs, des créneaux doivent être développés :
– L’énergie : d’après le rapport de la BM, la zone économique exclusive et la géolocalisation de Maurice sont propices à l’exploitation des sources renouvelables comme le vent, les vagues, les courants, l’énergie thermale et saline.
– Les Technologies de l’information et de la communication (TIC) marines : Le rapport de la BM cite des possibilités d’expansion à travers les câbles sous-marins, les communications offshore, de services de refroidissement pour les data centres, etc. La compétitivité peut être améliorée avec une extension du réseau sous-marin et de fibre optique.
– L’aquaculture et la pêche : Selon Yuvan Beejadhur, Maurice pourrait bénéficier de la coopération régionale sur la gestion durable du thon et l’investissement dans des palangres et la productivité des ports de pêche. Ce serait une étape importante pour le développement du seafood hub. Pour l’aquaculture, avec des sites identifiés, la prudence est de mise quant aux risques parallèles comme des maladies ou des espèces invasives qui peuvent se développer et détruire paradoxalement l’industrie. Une analyse bien spécifique avec des opérateurs présents à long terme et pour renforcer la capacité et la connaissance locale, doit être réalisée, soutient-il. S’agissant de la pêche, Pierre Dinan s’aligne sur une revalorisation du métier. «Avec un financement adéquat des bateaux et la révision des permis octroyés par le gouvernement, nous devrions tout moderniser dans ce secteur et avoir une réforme», déclare l’économiste. Abondant dans le même sens, Anjena Seewooruthun affirme que les produits de la mer à valeur ajoutée comme les algues, les oursins constituent des marchés d’exportation niches intéressants.
D’autres filières sont désignées par le ministère de l’Économie océanique, dont la gestion des lagons, la planification de l’espace maritime et le port intelligent.
La formation remise en question
Alors que la faculté des Ocean Studies a chaviré dans celle des sciences à l’université de Maurice, quelles opportunités réelles existent aujourd’hui pour se former en économie océanique ? Maurice dispose-t-elle des compétences requises ? «Il faut déjà identifier les domaines clefs sur- tout ceux générateurs d’emplois. La pêche industrielle, le tourisme côtier, l’industrie de la transformation du poisson, l’aquaculture marine industrielle, le secteur des équipements maritimes, les activités portuaires le sont notamment», précise Anjena Seewooruthun, consultante et formatrice au KDI Asia Pte Ltd. Cependant, les compétences ne doivent pas uniquement s’appuyer sur des études universitaires. Des formations pratiques et taillées sur mesure spécifiques sont indiquées, souligne-t-elle.
À ce sujet, Yuvan Beejadhur suggère l’abolition graduelle du système actuel des examens secondaires finaux pour y intégrer plus d’expertise et d’expérience, surtout pour les enfants en difficulté : «Vers 14-15 ans et après, les jeunes doivent avoir un vrai choix dans un système plus moderne. Il faudrait instituer des centres d’expertise en économie de la mer. Il faut aussi instaurer l’intelligence artificielle, la robotique, la compréhension, l’adaptabilité et une vision systémique des sujets». Il recommande un investissement massif dans le capital humain : «Souvent, on accentue sur les infrastructures au détriment des ressources humaines. Il faut développer une économie basée sur la connaissance». Il nous faut une formation continue obligatoire pour les enseignants.
De son côté, le ministère de l’Économie océanique évoque les Basic sea training courses de la Mauritius Maritime Training Academy (MMTA). «Les frais, auparavant de Rs 11 000, ont été ramenés à Rs 2 000 sur décision du gouvernement. De 2005 à 2015, nous avions 200 inscrits en moyenne annuellement. En 2016, plus de 1 300 personnes ont été formées et ont ensuite été employées sur des paquebots», déclare un officier du ministère. Il est également prévu qu’une academie soit créée par la Mauritius Shipping Corpo- ration en complément à la MMTA.
L’environnement dans tout cela ?
«On ne peut avoir une économie bleue sans une économie verte. De plus, Maurice se classe en 13e position en termes de pays les plus exposés aux risques de catastrophes naturelles. Un cyclone, causant une perte de PIB de 7,5 % sur 40 ans, a 10 % plus de chance de se produire sous les conditions actuelles. Avec le changement climatique la probabilité peut passer à 30 % en moyenne», affirme Yuvan Beejadhur. Il faut donc veiller à une gestion responsable des ressources marines, recommande Anjena Seewooruthun : «Au niveau global, la dé- gradation des milieux marins due aux activités terrestres, les surpêches pèsent lourd. Les risques de surutilisation, de pollution et de perte de biodiversité doivent être adressés.»
Cette préoccupation anime Nawshin Mahadooa, «scholar» et étudiante à la Tokyo University of Marine sciences and Technology : «Nous avons atteint un point névralgique où il faut sauver nos ressources. On peut penser aux catastrophes naturelles, les pluies acides, le coral bleaching, la pollution terrestre qui se déverse dans les eaux. Il faut s’en préoccuper et investir dans le futur». Elle recommande une meilleure synergie des secteurs déjà en collaboration tels que la pêche et le tourisme, ainsi qu’une planification spatiale de l’océan. La réhabilitation des lagons est également primordiale, stipule Yuvan Beejadhur. Sur cette question, le ministère de l’Économie océanique déclare qu’un projet de parc marin se dessine à Balaclava. Quant à Blue-Bay, ce serait déjà une zone protégée. Le Mauritius Oceanography Institute travaille parallèlement sur la gestion de l’écosystème marin, explique l’officier du ministère.
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