Publicité
Marie Christèle Gooroosamy, vendeuse de légumes à Roche-Bois: de l’ombre à la lumière
Par
Partager cet article
Marie Christèle Gooroosamy, vendeuse de légumes à Roche-Bois: de l’ombre à la lumière
Marie Christèle Gooroosamy et les siens font partie des 200 bénéficiaires de Caritas dans la région de Port- Louis, qui font leur part d’efforts pour s’extraire de la gangue de la pauvreté. S’ils n’y sont pas encore tout à fait parvenus, ils sont néanmoins sur la bonne voie.
Si vous empruntez la route passant devant l’église de Notre Dame de l’Assomption à Roche- Bois, vous ne pouvez manquer le petit étal de Marie Christèle Gooroosamy, achalandé de carottes, d’aubergines, de lalos, de différents brèdes et de condiments, de même que de bilimbis cristallisés, préparés par sa propriétaire Paramah Sahadeo, alias Sakoon, que l’on nomme aussi la petite soeur de la charité de Roche-Bois.
Marie-Christèle, 28 ans, est mariée à Naden Gooroosamy, à qui elle a donné cinq enfants, dont des jumeaux. Assise à deux pas de son étal, elle attend que les ménagères du coin viennent lui acheter des légumes dont une partie est cultivée dans son arrière-cour et le reste acheté à l’encan par son mari qui y travaille comme porteur tous les jours entre minuit et cinq heures du matin ou entre deux et cinq heures. Quand il y a la foire, elle gagne environ Rs 200 par journée. Les autres jours, c’est approximativement Rs 300. Cet argent est réservé à l’achat des légumes manquants à l’encan.
Pour son emploi de porteur de légumes, Naden Gooroosamy perçoit Rs 2 500. Pour tenter de mieux soutenir sa famille, il a pris un autre emploi et aide un contracteur à installer des systèmes de climatisation. Marie Christèle Gooroosamy a également une autre activité génératrice de revenus : elle participe avec trois autres personnes à l’entretien d’un jardin bio aménagé à l’arrière de l’église. Il s’agit d’une culture de légumes goutte-àgoutte et l’unique fertilisant utilisé est du fumier. Concrètement, ses collaborateurs sur ce projet initié par Caritas de Roches-Bois font de l’ensemencement au petit matin et ouvrent le robinet tandis qu’elle va le fermer les après-midi et inspecte le jardin. Le dimanche, entre 7 heures et 9 h 30, tous se retrouvent dans le jardin pour désherber et arroser. Les légumes récoltés sont vendus après les messes et l’argent recueilli est remis à Caritas de Roches- Bois. En contrepartie, chacun d’eux perçoit une allocation mensuelle de Rs 1 500 pour cette activité. «Au début du projet, nous étions six personnes à travailler dans ce jardin bio. Dé inn kité. Pa tou dimounn ki éna mem karacter non ? Nou finn aprann konn nou tiginn, tiginn».
En mettant leurs revenus en commun, les Gooroosamy arrivent à payer leur loyer à Rs 1 500, leur facture électrique qui tourne autour de Rs 650 et à honorer celle de l’eau qui avoisine les Rs 200. «Nou kapav tir enn rasion, pa enn bel mé enn ti rasion, nous pouvons scolariser nos enfants et nous avons un but qui est de terminer la petite maison que nous avons fait construire sur un petit terrain obtenu de la National Empowerment Foundation, à Pointe-aux-Sables, et pour lequel nous avions essuyé deux refus antérieurs. Caritas de Roches- Bois inn fer démars ek mo misié inn bizin al get zot dé-trwa fwa pou finalman nou’nn gagn nou papié later.»
Avec leurs revenus en provenance de ces diverses sources, ils ont tout de même réussi à économiser Rs 25 000 et à acheter des feuilles de tôle. Sans compter le bois facturé à part. «Enn poto kout Rs 100 ek nou finn bizin met 33 poto. Par la gras Bondié, nou’nn rési mont trwa lasam. La, res zis pou met sali béton, fer instalasion lalimier ek dilo.» Elle n’est pas peu fière qu’ils aient réussi à payer la location du terrain de l’ordre de Rs 1 700 et dont le bail expire en 2060.
Cependant, elle ignore quand Naden, les enfants et elle pourront aller y habiter. «Bizin fer li tiginn par tiginn ek gété kot nou kapav arivé.» Si Marie-Christèle Gooroosamy se dit reconnaissante envers Caritas de Roches-Bois pour toute l’aide reçue et l’encadrement offert, dont des cours en Life Skills Management, jusqu’à il y a deux ans, elle et les siens n’arrivaient pas à sortir la tête de l’eau. «Nou ti dan marénwar», confie-t-elle.
Son mari, ses enfants et elle squattaient un lopin de terre de l’État à la route Nicolay. Naden Gooroosamy travaillait toujours comme porteur de légumes à l’encan, tout en plantant des légumes et des condiments dans leur cour tandis qu’elle exerçait comme cleaner pour une société de nettoyage à Jumbo de Riche-Terre, percevant un salaire de Rs 5 000. Mais malgré leurs efforts, ils n’arrivaient pas à joindre les deux bouts. À un moment, elle pouvait compter sur sa mère pour garder ses enfants en bas âge, mais celle-ci étant décédée, Marie Chrystèle a dû stopper le travail pour tenir ce rôle.
Pour couronner le tout, les relations avec le voisinage s’étaient détériorées. «Ti éna kozé ek lager tou létan. Nou ti bizin res &nfermé. Nou ti oblizé gard zanfan dan lakaz. Nou pa ti lib kouma zordi.» Et puis, un beau jour, un incendie s’est mystérieusement déclaré et a détruit quatre maisons en bois et tôle, dont la leur. «Ce jour-là, nous avons tout perdu. Nous n’avions plus rien. Le plus étrange est que les bonbonnes de gaz des maisons incendiées n’avaient pas explosé.»
C’est alors la débandade. Elle et quelques-uns de leurs enfants trouvent refuge chez son beau-frère, qui a une case sur le même terrain, alors que son mari et d’autres enfants dorment à la belle étoile. «Ti enn épisod terrib dan nou lavi. Nou ti pé rod lakaz ek nou pa ti pé trouvé avek loyé anba Rs 2 500. Réprézantan Caritas Roches- Bois inn vinn get nou ek inn ofer nou bann provision. Ler linn konn nou sitiasion, Caritas finn met nou an kontak ar Mme Sakoon ki finn lwé nou enn lakaz deryer so lakaz. Caritas inn fer nou rant dan prozé zardin bio, inn fer démars NEF pu nou. Nou’nn osi fer nou zéfor. Zordi nou kapav fer fas ar lavi.»
Sabrina Utile, coordonnatrice du service d’écoute de Caritas «Valoriser le savoir-faire»
<p>Aujourd’hui, la cour de l’église de Ste Croix grouillera de monde. Le service d’écoute de Caritas pour la région de Port-Louis, qui chapeaute les paroisses de Roches-Bois, Ste Croix, Baie-du-Tombeau, Cassis, Pailles, Tranquebar et Pointe-aux-Sables, y organise un rassemblement de ses bénéficiaires estimés à 200 familles. La coordonnatrice de ce service d’écoute, Sabrina Utile, explique que l’objectif de ce rassemblement, qui démarre à 11 heures pour se terminer à 16 heures, est de «valoriser toutes ces personnes que nous avons accompagnées et qui ont réussi à faire un pas en avant, chacun selon ses capacités. Nous allons exposer leurs produits – artisanat et autres – et les mettre en vente». Tous n’ont pas encore réussi à se sortir de la misère mais ils l’ont refusée. «Certains s’en sont sortis, d’autres sont encore à se débattre et à mettre un pied devant l’autre pour avancer doucement.» Un des facteurs de réussite a été les cours d’autonomisation offerts par Caritas et que beaucoup ont suivis. Cette journée de valorisation, qui comprendra aussi de l’animation, notamment par les bénéficiaires, se destine également aux paroissiens de la région. <em>«Nous souhaitons que tous les bénéficiaires vivent de grands moments de solidarité et que tous les paroissiens soient présents pour les soutenir et les encourager afin qu’ils continuent d’avancer.» </em></p>
<p>A-t-elle le sentiment que les pauvres augmentent ?<em> «Oui, il y a une paupérisation car le coût de la vie augmente, rendant la situation de ceux qui s’en sortaient tout juste plus difficile. Ils n’ont pas un toit pour eux et ont du mal à joindre les deux bouts en fin de mois»</em>. Cette augmentation chiffrée par elle donne cinq à six nouveaux cas mensuellement. Et l’aide gouvernementale dans tout cela ? <em>«Le gouvernement fait des annonces mais le retard se situe dans l’exécution. Je connais des personnes qui sont éligibles pour des maisons de la N H DC et qui ont bouclé leurs démarches depuis trois à quatre ans mais qui sont toujours en attente.»</em></p>
Publicité
Publicité
Les plus récents