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Andrew Rock: réussir par l’école de la débrouillardise
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Andrew Rock: réussir par l’école de la débrouillardise
Hormis son certificat de fin de cycle primaire et ses attestations de formations techniques, le directeur de Wood Carving n’est pas diplômé de grandes écoles. Qu’importe, ses acquis dans plusieurs domaines ont fait de lui l’entrepreneur au sens artistique aiguisé qu’il est.
Andrew rock, 35 ans, a tout du basketteur américain. Il paraît presque trop grand dans cet univers délicat qu’est son petit bureau-showroom situé dans un complexe peu fréquenté de Plaisance, à Rose-Hill. Les murs sont ornés de miroirs aux encadrements en forme d’arabesques et de tableaux de gravures sur bois de toute beauté, dont la conception et la fabrication sont assistées par ordinateur.
Andrew Rock est à l’aise dans son rôle de directeur d’entreprise au sens artistique. Il n’avait jamais imaginé être à la tête d’une petite compagnie, qui plus est, de gravure sur bois et d’objets de décoration. Enfant, il avait des rêves de réussite, mais il ignorait qu’il allait les matérialiser, lui qui est issu d’un milieu modeste et d’une famille brisée. Alors que son frère aîné, David, et lui sont en bas âge, son père et sa mère, Ginette, se séparent. Ils sont élevés par cette dernière, bonne chez des particuliers.
«Nous étions pauvres et venions d’une famille déstructurée. Nou ti al lékol partou partou, au gré des déménagements de maman. (…) Mais notre mère nous a toujours soutenus et encouragés à apprendre malgré tout pour réussir.» Lorsqu’il termine son Certificate of Primary Education, il suit des cours dans deux écoles techniques qui lui donnent une formation basique en travail de bois.
Andrew veut continuer à apprendre. Il prend des cours avec un enseignant mais «c’était difficile de rattraper le retard». Vers 14-15 ans, il fait plusieurs boulots qui, même s’il ne s’en rend pas compte sur le moment, constitueront la somme de ce qu’il est aujourd’hui. Andrew Rock se transforme en apprenti-maçon dans la construction, apprend la soudure, travaille dans une compagnie de bois et va jusqu’à prêter ses bras pendant deux ans dans la pâtisserie des frères Michel.
Andrew ne veut pas se contenter d’emplois manuels. Il rêve d’entreprendre, même s’il n’en a pas les moyens. Il écoute ce qui se dit dans son entourage et entend parler de la Chine, où les Mauriciens se rendent pour faire des affaires. Il en parle aux siens. Tous décident de puiser de leurs économies et de miser sur lui. Il part pour Guangzhou, où il a entendu dire que vont de nombreux Mauriciens. Il se lie d’amitié à un Chinois qui a vécu longtemps à Maurice et qui parle créole. Ce dernier l’aiguillonne.
Andrew Rock importe des vêtements et des gadgets électroniques. Il fait du porte-à-porte pour écouler ses marchandises et après travaille comme soudeur. Il aide d’abord son frère à ouvrir son atelier pour rechaper les pneus. «On puise une fois de plus dans les économies familiales.»
Rock Professional Service voit le jour il y a quatre ans. Andrew Rock est certes dans l’atelier à accueillir les clients et à tenir un peu les comptes mais il sent que ce n’est pas son truc. Lors d’un autre séjour en Chine, il explore les possibilités et découvre la gravure sur bois assistée par ordinateur. Il est séduit. À son retour, il surfe sur le net et réalise que la gravure sur bois est aussi très populaire en Malaisie et en Asie en règle générale. Il se dit qu’il va proposer cet art à Maurice.
Débuts difficiles
Il commande une petite machine de gravure sur bois assistée par ordinateur et loue un store. Pendant les neuf mois qui suivent, il fabrique, tout en apprenant à maîtriser l’équipement. Lui et un proche commencent par fabriquer des tableaux en bois gravé qu’ils essaient de placer auprès de particuliers. Wood Carving Co. Ltd (Artwood) voit le jour.
«Nos débuts ont été difficiles. Nous n’avions pas la visibilité qu’il fallait, ni les moyens pour persévérer. Dans ce pays, il faut posséder de l’argent pour réussir. Car on vous juge d’abord sur votre apparence, pas sur votre savoir-faire.» Ce qui le sauve, c’est sa rencontre avec Rakesh Kalachand, le directeur de Five Stars Mattress. Admiratif de son travail, il lui a proposé d’exposer ses tableaux, miroirs et autres décorations dans le stand qu’il loue au Salon de la maison. En contrepartie, Andrew Rock fait sa décoration de stand. C’était il y a deux ans.
Cette proposition a été pour Andrew Rock une rampe de lancement. Dans l’optique de produire des objets plus grands comme des paravents, des partitions et même des meubles beaucoup plus vite, tout en maintenant son prix abordable, Andrew Rock a pris un emprunt. Il a acheté un équipement plus grand, toujours assisté par ordinateur. «C’est le numérique qui prime de nos jours et on ne peut rester à la traîne.»
Il propose la fabrication mais aussi le design, que le client peut modifier pour avoir un tableau, un miroir, un dossier de lit… Andrew Rock est conscient que pour mieux valoriser ses produits, il doit les exposer ailleurs. Mais il en est encore à chercher un local plus central.
«Je travaille avec des particuliers, des décorateurs d’intérieur et des compagnies de décoration. Mais je pourrais faire davantage. Je ne compte pas rester dans le basique. Tout ce qui est importé d’Indonésie en la matière, on peut le faire ici. Ce savoir-faire existe», dit-il, en remerciant tous ceux qui l’ont aidé.
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