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Joyce Ng Cheong Tin-Leung: boutiquière un jour, boutiquière toujours
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Joyce Ng Cheong Tin-Leung: boutiquière un jour, boutiquière toujours
Joyce Ng Cheong Tin-Leung sera à Maurice à la mi-octobre pour lancer Danses sur les vagues – rêveries d’une jeune boutiquière sur une petite île. C’est sa deuxième publication, la première étant celle de sa thèse universitaire, parue, il y a 17 ans, aux éditions L’Harmattan, et qui était axée sur les littératures de l’esclavage et de l’engagisme dans les Mascareignes et les Antilles. Danses sur les vagues comprend 26 nouvelles grandement inspirées de son vécu dans la boutique familiale à Quatre-Bornes.
L’enseignante à la retraite est née à Maurice il y a 71 ans, mais ses grandsparents paternels, eux, étaient originaires du sud de la Chine, plus précisément dans le comté de Feng Ling/ Fung Shun. Ils ont fui leur pays durant les guerres civiles qui ont secoué l’Empire du milieu entre les années 20 et 30. L’immigration de la famille de sa mère, issue de la province de Meixian, vers Maurice s’est effectuée dans les années 30, motivée par l’invasion japonaise.
Le père de Joyce Ng Cheong Tin-Leung, né à Maurice, «parlait le chinois en famille et le créole avec ses amis. Il apprenait le français et l’anglais à l’école primaire publique», explique-t-elle. Sa mère était moins «occidentalisée» car bien que née à Maurice, elle a passé les huit premières années de sa vie en Chine. Et son éducation s’est faite dans une école chinoise.
Si son père commence par gagner sa vie en tant que graphiste dans une firme privée à Port-Louis, ses obligations envers sa famille élargie l’obligent à devenir boutiquier. «Nous sommes donc devenus boutiquiers du jour au lendemain.»
Les Hakkas, présents dans l’île depuis le 19e siècle, dominaient déjà le commerce au détail, qui avait pris de l’essor à la libération des esclaves et avec l’arrivée de milliers de travailleurs engagés. «C’était une époque propice à l’ouverture de boutiques partout dans l’île. Les Chinois ont poursuivi la même route que leurs aînés en devenant boutiquiers. C’était le seul moyen de pouvoir gagner sa vie convenablement.»
C’est donc vers l’âge de quatrecinq ans que Joyce «devient boutiquière». Ce qui ne la quittera pas, comme elle l’explique. «Lorsqu’on fait partie de cette classe économique et sociale, on l’est pendant 24 heures, chaque jour. Et ce, pour toute sa vie. Car même si on a quitté la boutique à l’âge adulte, on demeure boutiquier dans sa mentalité et ses habitudes. C’est-à-dire que l’on a développé une résistance face au dur labeur et de la résilience face aux défis de la vie.»
Elle fait ses classes primaires à l’école Notre Dame des Victoires à Rose-Hill, puis au collège Lorette de Port-Louis. Et entame le secondaire aux colléges Lorette de QuatreBornes, puis celui de Curepipe. C’est à l’université de Toronto, au Canada, qu’elle effectue ses études supérieures. Elle décide ensuite de se spécialiser dans l’enseignement. «J’ai toujours aimé le contact humain et la richesse découlant de ces échanges. Devenir guide pédagogique était ma vocation.»
Dans les années 70, Joyce Ng Cheong Tin-Leung suit son mari au Canada car il désire émigrer. Elle y a passé plus de 40 ans et a pris sa retraite il y a dix ans. Disposant de temps libre, Joyce Ng Cheong Tin-Leung, prise de nostalgie en repensant à son enfance, a décidé de coucher sur papier ses souvenirs. Cela a donné Danses sur les vagues. «La petite fille que j’étais au cœur de ces récits a été élevée dans un monde colonial. Certains membres de la population blanche vivaient dans des maisons de maître alors que les marchands et travailleurs des autres communautés – les Hakkas-Chinois, Créoles, Indiens – étaient logés dans d’autres quartiers. Je raconte cette belle collectivité qui avait tant à donner et bien d’autres épisodes marquants.»
Dans la nouvelle Taverne et Boutique par exemple, elle parle du microcosme dans lequel elle a évolué, enrichi de la culture Hakka certes, mais aussi des autres cultures susmentionnées et où elle a été «influencée par toute cette multitude de nuances et d’arômes. Il y avait la famille élargie de nos parents qui travaillaient eux aussi dans le commerce, les serviteurs, les clients de tous milieux. On ne choisit pas les lieux ou les espaces qui nous forgent, qui font de nous les êtres que nous devenons. Cette boutique, qui nous a été léguée, est devenue une partie de nous-mêmes, de toute notre vie. Elle fera toujours partie intégrante de mon être.»
Elle reconnaît que cet univers comportait de gros défis. Comme le travail interminable du matin au soir, une vie sans confort car ils étaient six enfants dans une petite chambre et n’avaient pas d’intimité. Il n’y avait pas de jardin où ils pouvaient jouer. Elle et les siens devaient aussi composer avec un manque de valorisation de la part des autres couches sociales du pays.
«Nous vivions différemment d’eux. Malgré tous ces défis, nous avons eu une vie heureuse car nous étions bien entourés», dit-elle. Cela ne l’a pas empêchée de s’enrichir de l’histoire et de la culture de toutes ces communautés qui l’entourait. «Je regarde en arrière avec une certaine nostalgie et une paix qui m’indiquent que ma vie de jeune boutiquière n’était pas malheureuse, mais remplie d’espoir. Bref, la boutique était un microcosme où l’on vivait tous, malgré nos cultures et histoires différentes, une vie assez paisible et harmonieuse», ajoute-t-elle.
Écrites selon la perspective d’une enfant, ses nouvelles sont remplies d’innocence et porteuses d’espoir. Cela, même si elles évoquent grandement un passé révolu car de nombreuses boutiques ont fermé avec l’essor des grandes surfaces.
Les illustrations de chaque nouvelle sont aussi d’elle. «Mon père était artiste. Moi, je dessine par pur plaisir. C’est un autre moyen d’expression, qui me permettait d’illustrer mes sentiments quand je rédigeais mes nouvelles.»
Le souhait de Joyce Ng Cheong Tin-Leung, c’est que ses compatriotes, en lisant Danses sur les vagues, puisent «du plaisir, de la joie, de l’espoir et une certaine nostalgie du bon vieux temps. Car ces histoires concernent non seulement la communauté de mes aînés et ma famille Hakka, mais aussi toutes les couches communautaires constituant notre île». Selon elle, Danses sur les vaguespermettra à la jeune génération Hakka de voir comment les Hakkas et leurs compatriotes vivaient dans les années 50 et 60.
Le recueil sera en vente dans toutes les librairies à Rs 300. Sa version anglaise peut être commandée auprès de l’auteure sur l’adresse mèl suivante: [email protected].
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