Publicité
Soolekha Jepaul Raddhoa: «Chez nous, il n’y a pas de risque de corruption»
Par
Partager cet article
Soolekha Jepaul Raddhoa: «Chez nous, il n’y a pas de risque de corruption»
Relooker la ville des fleurs et travailler en toute transparence : ce sont les maîtres-mots de Soolekha Jepaul Raddhoa. La nouvelle maire de Quatre-Bornes, veuve du surintendant de police Prem Raddhoa, évoque ses priorités et ses défis passés et futurs.
Quels sont le constat et les priorités pour la ville ?
En deux ans, nous avons fait beaucoup de changements. Nous avons installé des jardins d’enfants dans plusieurs localités comme Résidence Père Laval ou Palma. Et un stade à Palma. Le plus gros défi était de supprimer la pollution visuelle qu’était la foire de Quatre-Bornes. La première phase est terminée. La seconde est entamée.
Nous rénovons aussi un bâtiment pour abriter les marchands. Ce sera finalisé dans quatre mois. D’ailleurs, concernant les maraîchers, ce n’était pas facile de satisfaire tout le monde pendant les travaux. Il fallait les délocaliser et les relocaliser. Maintenant c’est fait ! Allez les voir : ils sont contents du changement. C’est un challenge pour moi.
Nous devons faire encore mieux en améliorant les drains, les routes, le service de voirie. Je veux relooker la ville des fleurs et la rendre plus intéressante. À Quatre-Bornes, la congestion routière est un problème majeur. Nous espérons que l’arrivée du Metro Express va décongestionner le trafic. Quatre- Bornes se positionne comme une ville touristique avec surtout des touristes réunionnais, malgaches et comoriens qui résident dans les hôtels avoisinants. C’est aussi une destination shopping pour Français, Anglais, Allemands, Australiens, Malaisiens et Singapouriens. Il faut cultiver cette spécificité.
Pourquoi avez-vous décidé de faire de la politique ?
Depuis mon enfance, je suis exposée à la politique. Dans les années 1960, j’accompagnais Soorooj, mon père, et Sabeetree, ma mère, qui assistaient aux réunions politiques. Puis, je vouais une grande admiration à Indira Gandhi, que j’ai d’ailleurs rencontrée lors de son passage à Maurice. C’était une grande dame à laquelle je voulais ressembler.
En 2010, j’étais déjà veuve. J’ai rejoint le Forum citoyen libre de Georges Ah Yan et j’ai pris part aux élections à la circonscription n° 9 à Flacq - Bon-Accueil. J’ai obtenu 300 voix. Puis, en 2012, je me suis présentée aux élections municipales à Quatre-Bornes en indépendante. Résultat : 300 voix. Par la suite, on m’a proposé d’intégrer le Mouvement socialiste militant. D’ailleurs, mon époux et moi côtoyions sir Anerood Jugnauth et son épouse, lady Sarojini Jugnauth. Cette dernière a procédé au lancement de mon recueil de poésie en 2001. J’ai fait du travail de terrain pour le parti et pour ces élections, quand on m’a proposé d’être candidate, j’ai pris mon ticket.
Quels sont les défis pour une femme dans ce milieu ?
Une femme est aussi une maman. Étant veuve depuis 2007, je suis à la fois le père et la mère de mes trois enfants. Pour faire de la politique, une femme doit être respectable. Elle doit se faire un nom dans le social. Les gens doivent voir que vous tenez vos engagements. J’ai été syndicaliste et j’étais bénévole à l’Association des consommateurs de l’île Maurice. J’étais déjà exposée au public. Et les collègues masculins accueillent cela bien.
En 2016, une conseillère de votre municipalité était accusée de trafic d’influence pour les étals du marché. Cette semaine, la mairie de Port-Louis a été égratignée pour le même trafic. La corruption n’épargne donc pas les collectivités locales ?
Comme tout le monde, j’ai lu ces cas de trafic d’influence dans les journaux. Moi je suis un law-abiding citizen (NdlR : citoyen respectueux de la loi). Chez nous, il n’y a pas de risque de corruption. Mes conseillers et moi avons un code d’éthique. Nous avons un esprit d’équipe. Je n’ai aucune crainte. Je connais mes collègues. Personne ne peut nous montrer du doigt. D’ailleurs, nous avons la Local Government Act et des règlements précis. Tout est discuté dans les commissions. S’il y a des cas isolés de corruption, notamment à Port-Louis, il faut que la police enquête. Et si c’est avéré, il faudra prendre des sanctions, si nécessaire.
L’État met les bouchées doubles pour les smart cities. Pourquoi ne pas axer davantage ce type de développement sur les villes existantes comme Quatre-Bornes ?
Le gouvernement prend l’urbanisme en considération. Je pense que les nouvelles villes pourraient aménager leurs systèmes de drain comme en Australie. Par exemple, le réseau d’électricité et d’alimentation en eau et même en gaz se fait dans les égouts. Il y a deux conduits d’eau potable et d’eau recyclée. Nous devrions aller vers un modèle similaire pour des villes intelligentes.
Quant à celles existantes, cela peut être difficile en termes d’adaptation car les routes sont souvent étroites. Par contre, nous voulons apporter des facilités technologiques au niveau de la connexion Wi-Fi. Les jeunes sont de plus en plus exposés à la technologie. Nous améliorerons aussi notre site Web.
Quel a été votre parcours après le décès de votre époux ?
Mes parents m’ont toujours appris le symbolisme de l’engagement. Prem était justement engagé dans les cas qu’il gérait. C’était un sacrifice pour lui, pour moi et mes enfants. On recevait des menaces mais il n’a jamais reculé. Souvent, il était scotché à ses portables jusqu’à tard et ne prenait jamais de congé. Quand on sortait, les gens le monopolisaient pour parler de leurs problèmes. Ce n’était pas facile à gérer.
Le plus dramatique c’est qu’il est décédé le jour de mon anniversaire. Quand c’est arrivé, j’étais effondrée. Et je me suis rendu compte que nous vivions dans les police headquarters. Prem n’avait jamais eu l’occasion d’acheter un terrain. J’ai dû m’en occuper. Cela m’a pris du temps. Je me suis organisée graduellement pour son aménagement. Les murs ne sont pas encore peints et les barres de fer dépassent encore. Mais j’ai pu mettre un toit sur nos têtes.
Bio Express
<p>Née à Quatre-Bornes, Soolekha Jepaul Raddhoa est une ancienne élève de l’école Queen Victoria RCA. N’ayant pu poursuivre d’études secondaires immédiatement, elle a passé un test qualificatif pour son «School Certificate ». Elle a effectué une formation de secrétaire et intégré le bureau du Premier ministre comme dactylo, le 20 mars 1974. Soolekha Jepaul Raddhoa compte 36 ans de service dans la fonction publique. Entamant des études de droit par correspondance, elle a dû y renoncer en 2007, à la mort de son époux, le surintendant Prem Raddhoa. Ce mercredi 28 juin, elle a été élue maire de Quatre-Bornes</p>
Publicité
Publicité
Les plus récents