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Facettes cachées de… Shaheda Peeroo: à coeur ouvert
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Facettes cachées de… Shaheda Peeroo: à coeur ouvert
La juge Shaheda Peeroo vient de se retirer. Elle évoque non seulement ses satisfactions mais maintenant qu’elle n’est plus assujettie par le devoir de réserve, elle parle ouvertement de ses déceptions.
Quels ont été vos meilleurs moments durant ces 20 années dans le judiciaire?
J’en ai eu plusieurs. Premièrement, ma nomination comme juge. C’était un tournant dans ma vie, mais qui entraînait de lourdes responsabilités. Faire justice est un devoir sacré, et j’ai toujours été guidée par ma foi en Dieu et ma conscience. Ensuite, j’ai eu l’occasion de participer à des conférences constitutionnelles internationales où j’ai rencontré et travaillé avec des experts en la matière. Par exemple, au Canada en 2003, j’ai beaucoup apprécié ma discussion avec des juges les plus en vue venant d’autres juridictions.
Et puis, en 2012, le Conseil privé de la Reine a été saisi pour considérer deux de mes jugements. Cela m’a fait plaisir quand, lors d’une réception, l’un des Law Lords a exprimé son appréciation de ma méthode de rédaction des jugements. Cela m’a encouragée et j’ai essayé à chaque fois de faire mieux. Il y a eu aussi le moment quand Geoffrey Robertson, QC, expert reconnu internationalement en matière des droits de l’Homme, a recommandé l’approche adoptée dans mon jugement dans l’affaire Dookhony v La Sentinelle Ltd & Anor [2008 SCJ 61;2008 MR 66] devant un parterre de hautes personnalités. Cela m’a comblée de bonheur car j’avais traité dans ce jugement de l’un des droits fondamentaux, notamment celui de la liberté d’expression.
Ma nomination comme juge du Tribunal administratif de l’Union africaine a donné une nouvelle dimension à ma carrière de juge. J’ai également été agréablement surprise quand le jugement de Cruz City v Unitech [2014 SCJ 100 ; 2014 MR 46] sur l’arbitrage international a été proposé (nominated) par la Global Arbitration Review (GAR) pour un prix international en tant que Most important published decision of 2014. C’était pour moi et mes collègues, qui m’ont aidée, un great achievement sur le plan international. Comme l’a dit le chef juge, ce jugement a placé notre pays sur la carte du monde de l’arbitrage.
Et les pires?
Il n’y a pas eu de pires moments. J’ai connu plutôt des moments de déception. Par exemple, comme Deputy Master, j’avais suivi un cours de Judicial Administration au Royal Institute of Public Administration à Londres. À mon retour, j’avais préparé un rapport détaillé pour rendre l’administration de la justice plus efficace, en particulier au sein de la magistrature. Je regrette beaucoup qu’il n’y ait pas eu de suite à ce rapport. Si seulement mes recommandations avaient été retenues et mises en pratique, la magistrature aurait été différente et le undue delay dont on se plaint aujourd’hui aurait diminué.
Y a-t-il une affaire qui vous a le plus marquée?
Je n’oublierai jamais le cas concernant la détention illégale de Martine Desmarais.
Pourquoi?
J’étais vraiment outrée car la police, dans une démocratie, n’a pas le droit de séquestrer et de cacher un témoin ou un suspect dans des conditions obscures. Pourtant, certains policiers à cette époque pensaient que tout était permis. C’était un cas exceptionnel où l’intervention judiciaire était impérative pour sauvegarder le droit fondamental de cette personne. J’ai sommé l’enquêteur par un Order of habeas corpus d’emmener la personne concernée à ma résidence fort tard dans la nuit pour écouter ce que les parties avaient à dire. Ma décision dans la nuit du 9 mai 2001 était de lui redonner sa liberté. Il faut que le citoyen sache qu’un juge reste à tout moment au service de la justice.
Quels conseils donneriez-vous aux jeunes qui intègrent le monde juridique?
Il faut préserver la noblesse intellectuelle de la profession juridique. Chaque membre de cette profession doit protéger son intégrité et bien comprendre que la justice n’est pas à vendre. Il faut qu’ils se mettent donc au service de la justice, ce qui n’empêche pas un avocat ou avoué de défendre les droits de leur client. Il est aussi nécessaire pour les praticiens dans le privé, mais aussi ceux employés par l’État, que ce soit au parquet ou dans le judiciaire, de respecter et d’agir conformément aux principes déontologiques. Pour la bonne marche de l’administration de la justice, chacun doit respecter l’autre.
Que faites-vous durant votre temps libre et durant les week-ends?
À la maison, je suis aussi épouse, mère et grand-mère. Je passe beaucoup de temps avec mon époux Razack qui, comme vous le savez, est Senior Counsel, ancien ministre et ancien Attorney General, et mes enfants, Assad et Jamsheed, tous deux avocats, de même qu’avec mes petits-enfants. J’en ai trois: Ali, 12 ans, fils d’Assad, Noura, cinq ans, et Ameena, neuf mois, filles de Jamsheed. Je lis et j’aime bien faire du shopping également.
Cuisinez-vous?
Oui. J’aime bien préparer des plats méditerranéens. Mes légumes préférés sont les olives, les tomates et les poivrons de toutes les couleurs. Je prépare aussi des desserts aux amandes et à la crème fraîche.
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