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Saïd Larifou: «Mon client n’était pas un saint, mais…»
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Saïd Larifou: «Mon client n’était pas un saint, mais…»
Julien Latchimy, un religieux réunionnais suspecté d’avoir tué Wendyna Narayanasawmy, à Chemin-Grenier, le 19 juillet, est décédé d’une septicémie mercredi. Mais pour son avocat, Saïd Larifou, la bataille ne s’arrête pas là...
Votre nom est devenu populaire à Maurice depuis l’affaire Julien Latchimy. Qui est Saïd Larifou ?
Je suis avant tout un avocat avec un fort engagement politique aux Comores. Dans le cadre de mes activités professionnelles, j’ai eu l’honneur d’assurer la défense de l’État comorien à deux reprises. J’ai aussi défendu un journal qui a failli fermer pour avoir osé écrire sur une personne influente du pays. Je m’en souviens encore car durant cette affaire, j’ai été interpellé en pleine audience et placé en garde à vue.
Quant à la politique, mon engagement se traduit à travers le parti dont je suis le président, le Rassemblement pour une initiative de développement avec une jeunesse avertie. J’ai été candidat aux élections présidentielles pour l’île de la Grande Comore et par la suite pour le pays. J’ai aussi été appelé à défendre des affaires aux États-Unis et je suis très actif à La Réunion…
Vous pouvez toujours pratiquer comme avocat à La Réunion ?
Je ne suis pas interdit de pratique à La Réunion. Bon, il est vrai que la société au sein de laquelle je travaille est en liquidation judiciaire, mais l’avocat que je suis reste opérationnel. Cette fausse nouvelle (NdlR : qu’il ne peut plus exercer en tant qu’avocat) provient d’un journal d’extrême droite de Mayotte, mais ceux qui sont à La Réunion voient tous les jours que j’exerce mon activité d’avocat. Je réitère, je ne suis pas interdit de pratique.
Et avez-vous déjà pratiqué à Maurice ?
Oui, et ce depuis dix ans. Je me suis occupé de l’affaire d’une jeune femme, mère de trois enfants nés d’un père Mauricien. Ils vivaient tous ici mais la mère a, à un moment donné, décidé de retourner vivre à La Réunion. Le mari avait porté plainte à Maurice pour enlèvement d’enfants. Évidemment, la France a été alertée et les enfants rapatriés. Il a fallu 15 jours de bataille légale à Maurice pour qu’ils puissent aller rejoindre leur mère.
Parlons de l’affaire Julien Latchimy. Vous avez évoqué des zones d’ombre et des interrogations. De quoi s’agit-il ?
Je parle en me basant sur les éléments que nous avons actuellement, car les affaires criminelles connaissent toujours des rebondissements. Il y a trop de contrevérités qui ont été dites et nous allons travailler pour essayer de prouver cela. À commencer par la relation que mon client entretenait avec la victime (NdlR :Wendyna Narayanasawmy).
Nous voulons prouver que c’est mon client qui a acheté la voiture pour l’offrir à la jeune fille. Nous essaierons aussi de prouver que c’est Julien qui a aménagé la maison et qu’il a alimenté la boutique appartenant à la famille de la fille à maintes reprises. Ils allaient se marier. Cette relation était de notoriété publique et on a essayé de la dissimuler.
Connaissiez-vous bien votre client ? Quel genre de personne était-il ?
Je ne connaissais Julien Latchimy que dans le cadre professionnel. Je l’ai rencontré quatre fois, dont la dernière fois 48 heures avant le drame. Partout où je passe à Maurice, tout le monde ne dit que du bien de lui. Il y a des habitants de Flacq qui ont dit qu’ils sont prêts à témoigner dans cette affaire car ils le connaissaient.
Certes, mais il y avait quand même une accusation de viol qui pesait sur lui…
Nous sommes tous humains, chacun a ses défauts. Mon client n’était pas un saint, loin de là. Mais il était quelqu’un de bon et généreux. La dernière fois que je l’ai vu, il était déstructuré et totalement perdu. Cette accusation l’avait anéanti. De plus, il avait l’impression que quelqu’un de haut placé aidait à colporter les rumeurs.
Il n’a jamais nié la relation qu’il avait eue avec cette femme (NdlR : une habitante de Beau-Vallon qui l’a accusé de viol il y a plus de deux mois), mais c’était une relation continue. Il l’avait aidée financièrement car son mari était en difficulté. C’est lorsque mon client a pris ses distances d’elle que cette accusation de viol a fait surface. Lorsque je l’avais quitté ce dimanche en question, il était question qu’il demande une variation order pour qu’il puisse aller changer d’air à La Réunion pour revenir après.
La relation entre Wendyna Narayanasawmy et Julien Latchimy était, selon vos dires, connue de tous… Mais le frère de l’aya, Pascal, ignorait tout. N’est-ce pas contradictoire ?
Pas du tout. Au contraire, le frère (NdlR : Pascal Latchimy) a été honnête en faisant cette déclaration. Mon client était en instance de divorce à La Réunion. Mais ici, je les ai vus ensemble. Nous avons des témoins crédibles ici qui peuvent confirmer cela.
Pourquoi est-ce qu’il y a une volonté de dissimuler tout cela ?
Bon, cela ne veut pas forcément dire que mon client n’a pas fait ce qu’on lui reproche. Mais nous avons aussi d’autres éléments qui nous poussent à dire que le drame, tel qu’il est présenté, est invraisemblable.
Par exemple ?
Il me semble peu probable que mon client se soit donné des coups de couteau dans le dos, pour commencer. Puis, les blessures que les deux victimes portent ont-elles été causées par le même couteau ou deux armes différentes ? Le médecin légiste doit être très précis. Nous allons aussi demander une contre-autopsie.
Vous ne faites pas confiance au légiste mauricien ?
Évidemment que si. Une première contre-autopsie sera faite à Maurice.
Quel est votre plan d’action dans la suite des affaires ?
Une plainte va être déposée pour homicide involontaire à Maurice et à La Réunion. Cela permettra aux enquêteurs de poursuivre leur travail et de privilégier toutes les hypothèses. Il faut savoir ce qui s’est passé. Que ce soit mon client ou une tierce personne qui ait commis le meurtre, il faut que la vérité éclate. Ensuite, une autre autopsie sera pratiquée à La Réunion. On a parlé de plaies dans le dos. Qu’est ce qui a causé cela ?
Et il faudra aussi répondre à la question du second couteau. S’il y en avait vraiment un, qui a indiqué aux enquêteurs la présence du second couteau ? Actuellement, il y deux morts, mais personne ne sait avec certitude qui sont les coupables. Puis, il ne faut pas oublier que mon client n’est pas décédé de ses blessures…
Cela change quelque chose au dossier ?
Selon le premier rapport d’autopsie, Julien Latchimy est mort d’une septicémie. Je m’attendais à ce qu’on me dise qu’il est décédé des suites de ses blessures mais pas d’une infection. Où est-ce qu’il a attrapé cette infection ? Il faudra établir les responsabilités concernant ce décès.
Ce sera une affaire dans l’affaire.
«L’AYA N’ÉTAIT PAS LE FIANCÉ DE WENDYNA», DIT LA MÈRE
<p>Peu après le drame, la mère de Wendyna Narayanasawmy avait affirmé : «<em>Ma fille n’était pas la fiancée de l’aya et ils ne projetaient pas de se marier</em>.» Savita Narayanasawmy avait précisé que la jeune femme de 21 ans n’était pas non plus dépendante de Julien Latchimy et qu’il ne lui a jamais offert de voiture ni de maison. Quant au frère de Julien Latchimy, il a déclaré que le défunt ne lui avait jamais parlé de Wendyna. «Je parlais souvent à mon frère au téléphone. Il m’avait fait part de la charge de viol qui pesait sur lui, mais il n’avait jamais évoqué l’existence de Wendyna Narayanasawmy», soutient Pascal Latchimy.</p>
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