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Innover pour combattre la faim
En l’absence d’une banque alimentaire nationale, Caritas imagine de nouvelles stratégies pour nourrir les familles les plus vulnérables. Focus sur deux projets porteurs d’espoir, à Solitude et Baie-du-Cap.
Boutique solidaire à La Caze Lespwar

Christiane Pasnin lance un appel aux sponsors pour que le projet
de boutique solidaire aboutisse rapidement.
Christiane Pasnin, coordinatrice de La Caze Lespwar à Caritas Solitude, avait espéré pouvoir ouvrir la boutique solidaire le 17 octobre, à l’occasion de la Journée mondiale du refus de la misère. Encore en attente de sponsors, le projet a dû être retardé. «Pourtant c’est inimaginable de penser au nombre d’enfants mauriciens qui vont encore dormir le ventre vide, alors que se nourrir est un droit humain fondamental !» souligne Christiane Pasnin.
Depuis quatre ans, La Caze Lespwar n’en fi nit pas de s’agrandir pour répondre aux besoins de 2 000 personnes à bas revenus, dans différentes zones géographiques à Solitude, Triolet, Plaine-des-Papayes, Arsenal et Pointe-aux-Piments.
Aujourd’hui, le petit-déjeuner est offert à 35 enfants, un centre d’éveil a ouvert ses portes pour accueillir les petits de deux à trois ans, des formations sont proposées aux parents notamment en life-skills management et en informatique, un jardin communautaire vise l’autonomisation des femmes au foyer et un magasin de vêtements et d’objets de seconde main permet de dégager un joli profit. Ainsi, cette friperie aménagée dans un conteneur a rapporté Rs 180 000 en deux ans, une somme réinvestie notamment dans des bourses d’études.
Caritas Solitude, c’est donc tout un cercle vertueux de services qui bénéficient à 600 ménages à bas revenus.
Et l’équipe ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. «J’ai été très inspirée par la campagne de Caritas Internationalis baptisée One human family, food for all. Lancée en décembre 2013, cette campagne vise à éradiquer la faim dans le monde d’ici à 2025. À notre échelle, à Solitude, l’idée est d’ouvrir une boutique alimentaire solidaire pour venir en aide à 50 ménages en particulier, qui vivent uniquement avec une pension. Parmi ces familles : des mères célibataires, des seniors, des personnes en situation de handicap ou souffrant de maladie invalidante. Nous avons fait une étude et calculé leur budget ; avec une pension de Rs 3 500, c’est impossible pour elles de se nourrir, après avoir réglé les factures et le loyer ou leur prêt logement,précise Christiane Pasnin. Au passage, cela explique que beaucoup de foyers ont de gros arriérés dus à des factures impayées sur plusieurs mois. Quand une famille doit choisir entre donner à manger à ses enfants ou payer l’électricité, je comprends quelle est sa priorité.»
Dans le projet de boutique solidaire, les denrées alimentaires non périssables seront proposées au quart du prix habituel, mais jamais données.
«Bien entendu, nous aurons toujours en parallèle le service de secours d’urgence pour offrir de l’aide alimentaire, sur une courte période (un à deux mois). Par exemple, en cas d’incendie de logement ou quand un chef de famille perd son emploi ou tombe malade subitement. Par contre au niveau du supermarché, nous veillerons à ne pas tomber dans l’assistanat et aussi à respecter la dignité des personnes dans le besoin. Dans notre magasin de vêtements de seconde main, nous remarquons bien que les clients sont fiers de pouvoir acheter, ils se sentent ainsi valorisés, même s’ils acquièrent le linge à un prix modique», observeChristiane Pasnin.

Un conteneur de seconde main réaménagé permettrait de stocker les aliments.
RS 200 000
Avant que les produits alimentaires n’atterrissent dans le panier des clients ciblés, toute une logistique et des ressources humaines devront se mettre en place. Une équipe de sept volontaires s’est déjà formée, ils seront épaulés par les six visiteuses à domicile du service d’écoute.
«Nous n’avons pas besoin d’une grande équipe, car le supermarché ne sera pas ouvert tous les jours. D’ailleurs, un tel fonctionnement ne rendrait pas service aux familles, ces ménages doivent justement apprendre à faire un budget au moins pour la quinzaine. Cela fait d’ailleurs partie des compétences de base de la formation en life-skills management que nous donnons aux adultes»,précise Christiane Pasnin.
Côté équipements, Caritas Solitude lance un appel aux entreprises qui pourraient offrir un conteneur même ancien et/ou payer son aménagement. L’investissement de départ étant évalué à Rs 200 000.
Transparence
Une fois l’infrastructure en place, le supermarché devra être régulièrement approvisionné avec les dons d’autres commerçants et grâce à la solidarité des habitants des environs. «Nous sommes déjà en contact avec des grandes surfaces. Pour les donateurs individuels, nous mettrons en place des cartes de dons en nature, pour les fidéliser et maintenir le maximum de transparence. Par exemple, une famille pourra s’engager à offrir un paquet de riz ou de lentilles chaque mois et sera informée en retour des progrès des bénéficiaires du magasin solidaire», précise Christiane Pasnin.
Dans la tête de la coordinatrice, les 50 familles fréquentant le magasin au départ seront amenées à être remplacées par d’autres au fil du temps. «Nous misons beaucoup sur la formation et l’auto-entrepreneuriat. Par exemple, nous avons accompagné un bénéficiaire, qui ne pouvait travailler à cause de ses dialyses, dans la mise en place d’une mini-ferme avec un poulailler et cinq cabris. Autres success stories, sur les 53 femmes qui ont travaillé au sein de notre jardin communautaire depuis trois ans, 35 ont déjà réintégré un emploi ou ont lancé leur propre business dans l’élevage, la coiffure, la couture», raconte avec fiertéChristiane Pasnin.
Un jardin communautaire qui a aussi permis d’oeuvrer pour l’autosuffisance alimentaire, puisque les fruits et les légumes cultivés sur place sont vendus à prix réduits aux agricultrices en interne. Et les surplus écoulés au prix du marché auprès de la communauté, des hôtels et des commerçants de l’endroit.
Des commerçants avec lesquels La Caze Lespwar entretient de bonnes relations et qui ne voient pas l’arrivée d’un supermarché solidaire comme une concurrence déloyale, mais bien comme une initiative fort louable !
Bouteilles en plastique contre nourriture

Réinventer l’aide alimentaire, c’est l’objectif que s’est fixé Jannick Ricaud, coordinatrice pour Caritas de la région Sud, qui s’étend de Rivière-des-Anguilles à Baie-du-Cap.
Depuis l’âge de 16 ans, Jannick Ricaud est engagée auprès de Caritas et reçoit des familles qui ont faim, parfois même chez elle, en l’absence d’une permanence.
«Chaque semaine, des bénéficiaires me demandent des colis alimentaires, mais ce n’est pas évident, car dans la région, nous ne recevons pas beaucoup de dons. Et le transport coûte trop cher pour faire venir des produits de Caritas National, situé à Port-Louis, préciseJannick Ricaud. Alors j’ai eu l’idée d’utiliser le recyclage pour lever des fonds pour l’association et de faire appel à nos bénéficiaires pour participer à la collecte des déchets. En échange, ils ne recevront pas un salaire, mais de la nourriture. J’espère pouvoir leur donner à chacun l’équivalent de Rs 2 000 en produits de base.»
Une aubaine pour des familles qui n’ont même pas Rs 1 000 de revenus par mois. Une vingtaine de personnes sans emploi, surtout des mères célibataires, ont déjà montré de l’intérêt pour ce projet baptisé Ou zete, nou ramase. Et dix se lanceront prochainement à l’assaut des plages et autres espaces publics, en quête notamment des bouteilles en plastique.
Et pour ne pas avoir à négocier avec les entreprises de recyclage, Caritas s’associera à Belle Verte, une entreprise à but social qui opère déjà dans la région Ouest.
Martine Lassémillante, directrice de cette société, espère bien reproduire dans le Sud son centre de tri basé à Tamarin. Actuellement, des entreprises sponsorisent Belle Verte pour assainir le village de Rivière-Noire.
«Upcycling»

«Cinq employés sont opérationnels sur le terrain. Tout en ramassant les déchets, ils font un premier tri à la source. Dans un double panier, ils mettent d’un côté les produits recyclables et de l’autre les déchets inexploitables. Ensuite, un second tri a lieu avant l’acheminement vers les recycleurs pour le plastique, le métal, l’aluminium », détaille Martine Lassémillante,et nous souhaitons mettre en place un réseau d’artistes pour l’upcycling, c’est-à-dire la valorisation des objets abandonnés en oeuvres d’art.»
Lancée en janvier, l’opération de nettoyage à Rivière-Noire est un succès. «Dans les espaces publics, on constate que les gens jettent de moins en moins. Et nous avons reçu une demande pour nettoyer la plage de Coteau-Raffin, preuve que la sensibilisation fait son chemin. Également, de plus en plus d’entreprises deviennent éco-conscientes et justement, nous avons besoin d’elles pour sponsoriser le projet. Auprès du public, l’éveil à la conscience écologique se fait petit à petit, notamment grâce à nos employés, qui sont des relais auprès de leurs voisins et de leurs familles », s’enthousiasme MartineLassémillante.
Et si le travail de collecte des déchets sur les plages permet à la fin du cycle de recyclage à des familles de se nourrir, c’est bien plus encourageant pour les travailleurs sociaux comme Jannick Ricaud, que de voir des mères et des enfants en congé scolaire fouiller dans les décharges pour trouver le repas du soir…
Pour en savoir plus: www.acttogether.mu
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