Reportage de M6 : l’enquête exclusive sur les secrets de Maurice très superficielle

L’émission Enquête Exclusive sur la face cachée de l’île Maurice qui était tant attendue n’a finalement été qu’une reprise de certaines réalités traitées très superficiellement. Le reportage a été diffusé à Maurice le lundi 23 janvier sur la chaîne M6 disponible aux abonnés de MC Vision.

Rêves fortunes et trafic au soleil : Les secrets de l’île Maurice. C’était le titre de l’émission Enquête Exclusive qui s’intéressait cette semaine à Maurice. Finalement, les téléspectateurs n’ont pas eu droit à de grandes révélations.

Le sujet débute avec l’atterrissage d’un hélicoptère à l’hôtel le Saint-Géran. Pleins feux sur les chambres de luxe et le décor paradisiaque. Ensuite, gros plan sur un couple français qui a tout quitté en France pour tenter sa chance dans la restauration à Grand-Baie.

C’est bien après que l’émission commence à s’intéresser à autre chose qu’au décor cliché. Zoom sur les Guimbeau. « Une famille bien installée depuis 200 ans sur le sol mauricien et qui est à la tête d’une fortune estimée à hauteur de 100 millions d’euros », laissent entendre les journalistes de la chaîne M6. L’émission fait d’ailleurs un clin d’œil au député de l’opposition, Eric Guimbeau, à bord de son speed boat.

Outre la fortune de cette famille, il a aussi été question du business familial dans l’industrie de la canne à sucre. Les journalistes ne manquent pas d’attirer l’attention sur la composition du comité exécutif de l’entreprise. « Même si la famille Guimbeau n’éprouve aucune difficulté à travailler avec des personnes de différentes origines, la garde rapprochée est cependant uniquement composée de Blancs », fait-il ressortir.

Le reportage aborde la population mauricienne dans sa dimension ethnique et les journalistes se laissent aller à des généralisations faciles. Ainsi, tous les Blancs sont riches et contrôlent l’économie. Ils ont laissé le pouvoir politique aux Hindous, alors que tous les Créoles, sauf une, sont des laissés-pour-compte qui sombrent dans la toxicomanie et le trafic de drogue.

Pour décortiquer ce commerce illicite, l’équipe de M6 braque ses caméras sur les faubourgs de Port-Louis, notamment Roche-Bois et Batterie-Cassée. Les journalistes ont pu mettre sur pelllicule un raid de la brigade anti-drogue dans un quartier de la capitale. « Trois doses vendues pour trois euros. »

L’émission a aussi diffusé des images d’un trafiquant qui se prétend être le « Pablo Escobar » de son quartier, et qui parvient à se faire Rs 7 000 en 30 minutes. Le trafiquant en question est un vendeur d’héroïne et de subutex, deux substances qui sont énormément prisées, dit-il. Le trafiquant ne manque cependant pas de préciser que le subutex est la drogue des pauvres. Les journalistes de M6 ont toutefois oublié de préciser que le subutex provient de France et que la plus grosse saisie a été effectuée sur un steward d’Air France, un certain Christophe Caterino aujourd’hui en liberté dans l’hexagone.

Prenant l’ethnicité comme transition, les caméras prennent la direction de la côte ouest, pour faire un état des lieux chez Lise Coindreau. Cette dernière serait, selon les journalistes, une des rares femmes créoles qui est parvenue à s’enrichir. La directrice de Jet 7 Real Estate a droit à un portrait fort élogieux. On visite son campement à Pointe-aux-Sables. On l’accompagne sur un chantier de construction et on témoigne de son passage dans son Night club « créé pour tuer le temps ». Passons sur les 700 paires de chaussures, le coiffeur et les masseuses de celle qui est connue comme la marraine de Flic-en-Flac.

Quelques minutes plus tôt dans son reportage, le journaliste déplorait que la Brigade antidrogue n’avait pu arrêter qu’un consommateur et laisser courir les vrais parrains. Or, l’ironie veut que s’il avait cherché davantage, il aurait été au courant des multiples démêlés des Coindreau avec la police, particulièrement l’interpellation d''un membre de cette famille&nbspen 2004, à la suite d’une allégation de vente d’héroïne.

M6 n’aurait pu faire un reportage sur Maurice et ne pas parler du textile. Les conditions des travailleurs étrangers dans ce secteur sont évoquées. Les dortoirs insalubres des travailleurs sont filmés. Dans la même foulée, la contrefaçon est aussi soulignée. Les caméras prennent la direction du marché de Quatre-Bornes. Les journalistes remontent à la source et font un deal avec le marchand de vêtements qui s’adonne à la contrefaçon.

Et c’est l’occasion pour l’équipe de M6 de laisser entendre que l’usine modèle de CMT de François Woo n’est qu’une exception. La majorité des fabricants Mauriciens seraient des faussaires. C’est sans doute cette séquence du reportage qui ferait plus de tort à l’image de Maurice.

C’est maintenant aux autorités de faire leur travail, car même si le reportage est assez superficiel, il met au jour pour un public européen des aspects de la vie des Mauriciens qui ne font pas honneur au pays. Faudrait-il encore qu’il y ait une réelle volonté de la part du gouvernement à faire respecter les lois et combattre certains fléaux qui affectent la société mauricienne.

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