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Joseph Tsang Mang Kin à la Commonwealth Foundation

En octobre 2008, d?accommodantes caméras de la télévision et colonnes de journaux pro-gouvernement, nous ont montré, en veux-tu-en voilà, d?apaisantes images de notre Premier ministre, constitutionnellement unique, Navin Ramgoolam, en compagnie de ministres canadiennes et de dirigeants de la Francophonie. La silhouette longiligne mais plutôt effacée d?Abou Diouf, secrétaire général de cette association de pays, sur une base linguistique, ne passe pas inaperçu car ce figurant domine physiquement le gratin francophone de la tête et des épaules. En voyant ces images, combien de Mauriciens ont eu la présence d?esprit de penser que, sans la proverbiale mesquinerie politique et partisane mauricienne, Navin Ramgoolam aurait pu avoir été accueilli, au Québec, par Joseph Tsang Mang Kin et que ce détail aurait fait toute la différence, tant pour nous, Mauriciens, que pour les francophones du monde entier et plus particulièrement pour ceux qui, comme nous, comme les Québécois, comme les Camerounais, doivent défendre leur usage de la langue française, face à un environnement ou à un voisinage anglophone.

Rappelons tristement qu?à la mi-octobre 2004, Business Magazine rappelle, mais en pure perte, au gouvernement MMM-MSM, avec pour Paul Bérenger pour Premier ministre, son devoir, comme celui de toute la nation mauricienne, de soutenir activement la candidature de notre ancien ministre, certes travailliste, des Arts et de la Culture, Joseph Tsang Mang Kin, au poste de secrétaire général de la Francophonie. Faute de l?indispensable soutien de son propre pays et surtout de son propre gouvernement, Joseph Tsang Mang Kin, en dépit de ses nombreuses qualifications professionnelles et aptitudes internationales, dont son mandat de directeur de la Commonwealth Foundation, à partir d?octobre 1983, TMK ne peut empêcher la réélection d?Abou Diouf au poste de SG de la Francophonie.

Certes, Abou Diouf a été un Premier ministre sénégalais et même le successeur de l?inoubliable Léopold Sédar Senghor. Il ne représente toutefois que l?apport africain à la Francophonie. Il en va autrement pour Joseph Tsang Mang Kin. Il maîtrise aussi bien l?anglais que le français, peut disserter avec autant de talent et de réussite sur Racine que sur Shakespeare, sur Verlaine que sur Keats, sur Victor Hugo que sur Walter Scot, sur Zola que sur Dickens. Mieux encore, il est autant chinois et confucéen que chrétien et occidental. Sa vénération pour Jésus Christ n?a d?égale que son admiration pour Siddharta Gautama, l?Eveillé, pour Maître Kung Fu Tseu, pour Lao-Tseu et son Livre de la Voie et de la Vertue ou Tao-to-king, pour la Voie des dieux ou shinto. Et comment l?arrêter quand il commence à disserter sur la littérature et les Beaux Arts chinois... ou encore sur le Grand Chant Hakka.

Joseph Tsang Mang Kin, secrétaire de la Francophonie, aurait été une porte ouverte pour tout le bloc asiatique et pas seulement chinois. Nous pensons également aux peuples de l?ancienne Indochine (Viêt-Nam, Laos, Cambodge) dont certains ne sont plus francophones que de nom. Nous pensons à ces centaines de milliers d?étudiants universitaires chinois, à ces centaines de milliers de diplomates et de fonctionnaires chinois qui maîtrisent parfaitement la langue de Molière. Nous pensons à l?Inde comme au Pakistan, que Joseph Tsang Mang Kin, de par son enracinement mauricien, connaît assez pour être parfaitement à l?aise à Karachi comme à Kolkata, à Islamabad comme à Delhi, à Mumbai comme à Chennai, à Banglore comme à Silicone Valley. Il n?est pas dit que Joseph Tsang Mang Kin aurait fait moins pour le Darfour ou pour Haïti, dévastée à plusieurs reprises par des cyclones les uns plus dévastateurs que les autres ? les cyclones, il en connaît un brin depuis ceux de 1945 ? que n?a fait pour ces pays martyrisés Abdou Diouf, en supposant qu?il ait fait quelque chose pour cette humanité souffrante. Mais un Joseph Tsang Mang Kin, indifférent à l?égard du calvaire des Darfouriens et des Haïtiens (difficilement imaginable, il est vrai), aurait reçu, de ses compatriotes, le coup de pied requis pour devoir se montrer à la hauteur de ses responsabilités internationales et francophones, à assumer pleinement et avec succès. Mais que pouvons-nous faire si nous pensons que la Francophonie, réunie à l?occasion de sa grand-messe biannuelle québécoise, ne lève pratiquement pas le petit doigt pour nos frères et s?urs haïtiens livrés à eux-mêmes, oubliés de tous, à l?heure justement où gronde une crise financière, décuplant les méfaits de la crise alimentaire. Pauvres Haïtiens, déjà réduits, avant la double crise financière et alimentaire, à se nourrir de galettes de... terre.

En octobre 1983, Joseph Tsang Mang Kin prend l?avion, pour Londres, pour aller occuper son nouveau poste de directeur de la Commonwealth Foundation. Nous ne pouvons que conclure que les décideurs du Commonwealth anglophone sont cent fois plus intelligents et plus perspicaces que les décideurs de la Francophonie se voulant pourtant cartésienne. Dure ! Dure !