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J. Tsang Mang Kin, directeur de la «Commonwealth Foundation»

Après un intermède électoral, pour saluer, comme il se doit, l?élection du regretté John Clifford, lors de la partielle municipale, du 30 octobre 1983, dans le 1er arrondissement de Curepipe (voir l?express de vendredi dernier) nous reprenons contact avec Joseph Tsang Mang Kin, que nous avons laissé jeudi dernier (voir l?express de ce jour), prenant l?avion, en octobre 1983, pour aller occuper son nouveau poste de directeur de la Commonwealth Foundation. Avant et après lui, quelques Mauriciens ont également et brillamment occupé des postes au niveau international et même mondial. Ce sera, entre autres, le cas de Régis Fanchette (OIT et ATOI), du Dr Sydney Moutia et de Percy McGaw (OCAM), de Raymond Chasle (ACP/CEE), de Philippe Boullé (ONU) et de Vijay Makhan (UA).

Joseph Tsang Mang Kin ne dissimule pas sa joie de pouvoir effectuer un si long séjour en Grande-Bretagne et connaître plus intimement les habitants, les paysages et les sites historiques du Royaume-Uni. La Commonwealth Foundation c?est la partie non politique et non officielle de cette organisation internationale, regroupant une cinquantaine de pays (généralement d?anciennes colonies anglaises). La Fondation s?occupe davantage des cadres et professionnels et encourage les rencontres entre membres d?une même corporation, venant d?une cinquantaine de pays différents, ayant l?anglais en partage.

TMK est d?origine chinoise. Ses ancêtres sont originaires de Moy-an, province de Canton. Ils appartiennent au peuple Hakka. Ils débarquent à Maurice dans les années 1920 pour échapper aux difficultés locales et espérer améliorer leur sort, en s?adonnant au petit commerce à Maurice. Ils s?adaptent relativement vite aux conditions locales. Le père et l?oncle de TMK parlent même le bhojpuri mieux que le créole. A la question de savoir si TMK est davantage chinois, mauricien ou sino-mauricien, il répond, avec beaucoup de philosophie, qu?aucun homme n?est un point de départ dans la vie mais que nous sommes tous des maillons d?une chaîne, la continuation d?un processus nous précédant et nous transcendant même. La culture chinoise marque toutefois son enfance et son adolescence. Son père ne cesse de lui vanter l?excellence de celle-ci, ses découvertes, ses inventions, ses réalisations. Il s?intéresse toutefois aux autres grandes civilisations humaines, dont celle de l?Egypte des pharaons et celle des Rajahs et des gourous de l?Inde.

TMK est d?abord enseignant au collège Royal de Port Louis, poursuivant ainsi une tradition ancestrale, comptant plusieurs instituteurs de village, des poètes (dont un arrière-grand-père). Il voue une gratitude particulière à Karl K/Nell et à Georges Télescourt qui l?encouragent à profiter autant qu?il le peut de l?éducation primaire et secondaire disponible à Maurice. Il aime enseigner car instruire est pour lui une vocation, un sacerdoce dont il est le premier bénéficiaire car on n?apprend jamais mieux qu?en enseignant autrui.

L?île Maurice, cheminant gaillardement vers son Indépendance, réclame des diplomates, inutiles auparavant, car Maurice n?est que colonie anglaise, soumise aux diktats du Bureau des Colonies, à Londres. Un concours est organisé pour les aspirants diplomates. TMK se présente avec succès en même temps que Nuvin Akaloo et Gian Nath. Il s?en va se former aux Hautes Etudes Internationales à Genève et à la Fondation Carnegie. La formation diplomatique est autant théorique que pratique. Il s?initie aux rouages du droit international, des relations économiques mondiales, des organisations internationales, du droit diplomatique, de l?économie du développement. Il multiplie les stages dans le ministère des Affaires étrangères de plusieurs pays, auprès de la CEE à Bruxelles. La poésie, la culture, les Beaux-Arts passent forcément au second plan, cédant la priorité à la découverte des immenses besoins des pays du tiers monde. Sans le savoir, il ajoute surtout de nouvelles dimensions à sa vocation initiale de poète.

Il comprend d?instinct que le développement réussi de son île Maurice natale passe forcément par le meilleur usage possible des aides internationales disponibles. A l?époque, seuls les plus optimistes prévoient l?entrée inéluctable de la Grande-Bretagne dans la Communauté Economique Européenne et la transformation de l?accord sucrier du Commonwealth en un accord ACP/CEE. TMK a ainsi l?occasion de conseiller Seewoosagur Ramgoolam à négocier au plus vite l?adhésion de Maurice aux différentes instances africaines. A Paris, il a l?occasion de seconder les efforts de Raymond Chasle, avec pour résultats l?adhésion de Maurice, successivement à la Convention de Yaoundé puis à celles de Lomé. Le bilinguisme mauricien lui permet de nouer des contacts fructueux tant avec l?Afrique anglophone, qu?avec l?Afrique francophone. Les Mauriciens, qui comprennent autant les uns que les autres, excellent dans l?art d?arrondir les angles entre différents pays africains. (A suivre)