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Crime à Le Bouchon : « Ene zom sa, line tenté, line fer erreur… »

13 novembre 2010, 00:00

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Crime  à Le Bouchon : « Ene zom sa, line tenté, line fer erreur… »

Fleurino Calou avait aussi l’intention de tuer la petite amie de Cédric Matombé après avoir abusé d’elle. Les proches du voyeur expliquent qu’il a agi sous le coup de la « tentation ». Ils fustigent ces jeunes et moins jeunes qui viennent passer du bon temps sur la plage de Le Bouchon.

Entourée de ses quatre enfants, un couteau dans une main, Sunita Somaroo râpe avec application la lame sur une feuille de cocotier. Ce jeudi 11 novembre, cette femme de 32 ans veut avoir l’esprit ailleurs plutôt que de penser à Fleurino Calou, dit Titole, de trois ans son aîné et qui a été son concubin durant quinze ans. Celui-ci été appréhendé le dimanche 7 novembre pour avoir tué un adolescent de 17 ans à coups de pied de biche (pince servant à enlever les clous) sur la plage de Le Bouchon, afin d’assouvir ses pulsions sur la petite-amie de ce dernier.

Assise sous la varangue de leur bicoque, composée de deux pièces et située non loin de la plage, au fin fond du village de Plaine-Magnien, Sunita n’a qu’un mot à la bouche : « tentation ». Titole, surnommé « Bhai Looké » (argot créole pour désigner un voyeur) s’est toujours montré « respectueux envers les femmes », selon elle.

Elle l’a connu à l’âge de 16 ans. Orpheline, elle s’est amourachée de lui quand il est venu lui faire la cour à Trois-Boutiques, village situé plus loin, et elle a décidé de le suivre à Le Bouchon.

Benjamin d’une famille de cinq enfants, Fleurino Calou, bourru et solitaire, passe la plupart de son temps à la maison avec leurs quatre enfants quand il ne coupe pas la canne à sucre. Son seul défaut, dit Sunita, c’est d’être un cambrioleur.

S’il a commis ce crime odieux et abusé de cette adolescente de 17 ans alors qu’elle flirtait avec son petit-ami sur la plage, c’est qu’il n’a pu retenir ses bas instincts, plaide-t-elle. Il partait à la pêche au « tec-tec » avec sa barre de fer quand il a surpris le jeune couple d’amoureux. 

Sunita Somaroo présente ses excuses les plus plates à la famille des deux victimes. Elle se dit consciente que jamais ce fils ne pourra être remplacé, ni cette fille oublier ce traumatisme. Mais elle répète les mêmes paroles que tout le monde au sein de sa famille : « Ene zom sa, line al tenté, line fer erreur… »

Outre Sunita, la belle-sœur et le frère aîné de Fleurino Calou, insistent sur le fait que bon nombre de couples viennent s’étreindre au vu et au su de tous sur cette plage réputée pour sa beauté sauvage et pour être peu patrouillée par la police. « Bane zeness sauvé college vine fer kiksoz pas bizin en pleine air… Dimoune  âgé aussi mo dire ou, » lâche la belle-sœur qui a côtoyé Fleurino depuis ces vingt dernières années.

Ils tentent d’excuser le geste de Fleurino. La veille au soir, il s’était saoulé et il était encore sous l’influence de l’alcool quand il s’en est pris au couple. Sans en imaginer les conséquences.

Ce dimanche, comme tous les autres, Fleurino a quitté la maison avec son pied de biche alors que Sunita dormait encore. Ce n’est qu’en milieu de journée, que tous ont appris l’impensable. Pour Sunita, il est clair que Fleurino sera absent de sa vie pour un bon bout de temps et elle devra s’appuyer sur l’Etat, à travers des pensions, pour élever ses quatre enfants.

Depuis ce double drame, la peur la tenaille. « Pas kapav sorrti lor coltar. Bane fami garçon la ek tifi la ine menace pou vine craz kot nu. Mo garçon 11 ans ine gagne la fièvre deux jours, li tremblé couma fey. Nou dire zot pardon pou sekine arrivé, nou pane avoye li fer sa, ni moi, ni mo zenfan », glisse-t-elle d’une voix monocorde.

La honte la taraude aussi. Les habitants du village la regardent différemment. « Zot guet ou couma dire pou batte ou. Kan mo mazine sa, mo reproche moi des fois… », avoue Sunita sans en dire plus sur le fond de sa pensée. Ce qu’elle craint par-dessus tout, c’est les moqueries des autres enfants vis-à-vis des siens quand ils reprendront le chemin de l’école.
Les enfants semblent perdus. Ils savent que leur père a commis quelque chose de grave mais il n’y a personne pour les encadrer psychologiquement. Pour leur dire qu’ils n’auront pas à payer pour le crime de leur géniteur. « Depi line allé, couma dire la mort ine sorti kot nou, » s’épanche Sunita.



Il avait l’intention d’étrangler la fille

La prison ne lui a pas du tout réussi. Remis en liberté en décembre dernier pour cambriolage, après une rémission d’un tiers de sa peine de dix-huit mois de prison, Fleurino Calou est bien parti pour quitter Beau-Bassin quand il aura l’âge de la retraite.

Ce dimanche 7 novembre, Cédric Matombé a eu le malheur d’avoir voulu passer du bon temps avec sa petite-amie sur la plage de Le Bouchon. En surprenant le couple vers les 8h30, Fleurino Calou s’est bien rincé l’œil. Comme il l’avoue à la CID de Plaine-Magnien et à la Major Crimes Investigation Team (MCIT), cette scène l’a « excité ». A pas de loup, il s’est approché du garçon par derrière. Armé de son pied de biche, il lui a assené deux coups au niveau des tempes et a assommé la fille. L’adolescent est mort sur le coup. Il l’a traîné vers un monticule de pierres et a dissimulé le corps avec de la paille et des feuilles séchées. Puis, il est retourné vers la fille, l’a réveillée en la giflant avant de la forcer à des sévices.

Fleurino Calou explique dans sa déposition avoir voulu l’étrangler mais qu’à force de cris, elle a attiré des garçons se trouvant sur la plage. Il a alors pris ses jambes à son cou, a jeté le pied de biche sur la plage et s’est caché dans un immeuble en construction. Ce n’est que vers 17h45 que la CID de Plaine-Magnien, à la base de la description fournie par la fille et sur les indications d’un informateur, l’ont débusqué avec l’aide de la MCIT. Toute la division sud de la police s’est mobilisée pour cette affaire, le commissaire de police par intérim, Ravin Sooroojebally étant lui-même descendu sur le terrain pour superviser l’enquête.

D’après l’autopsie du chef du service médico-légal de la police, le Dr Sudesh Kumar Gungadin, Cédric Matombé n’a eu aucune chance de survivre aux coups reçus. Il a eu deux vertèbres brisées au niveau du cou et une fracture du crâne.


 

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