Portrait: et il entend siffler les trains

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Il entend toujours siffler le train. Bercé par cette chanson culte de Richard Anthony, Hyacinthe René, 89 ans, voyage au pays des souvenirs. Les locomotives, l’ambiance qui régnait à la gare, tout revit.

Fils d’un chef de gare, le vieil homme grimpe à bord du train du passé, au temps des Mauritius Government Railways. Il nous parle de son frère, qui était meunier. «Il avait commencé en tant que fireman, c’était celui qui ‘chauffait’ le train. Ma mère avait des appréhensions sur ce métier qu’elle considérait comme dur mais mon frère Paul était passionné par les trains et l’a fait car il avait ce rêve de pouvoir en conduire un.» Un rêve qui s’est concrétisé d’ailleurs : «Paul est mort jeune mais il a pu conduire les locomotives…» Quand son frère était encore en vie, c’était Hyacinthe qui lui apportait à manger quand il s’arrêtait à la gare de Rose-Hill. Il se rappelle encore de l’ambiance qui y régnait. Des gens partout, le bruit des cheminées, de fumée, des échos de «pistas salé…»

La gare était une ruche qui rassemblait une multitude de personnes et de marchands. «Je partais aussi travailler en train. Il y avait environ 70 locomotives. Le plus petit avait été surnommé Cyclope et le plus gros s’appelait Garatt. Celui-là, on l’entendait de loin tellement qu’il était énorme. Il y avait des trains qui transportaient le sucre, d’autres des marchandises, et même des trains qui roulaient pour rendre service. Il y avait aussi des chemins de fer dans le sud du pays à cette époque», se rappelle l’ancien chef dessinateur au Central Electricity Board.

Comme dans les avions, il y avait plusieurs classes dans les trains; première, seconde et troisième. La troisième classe était la plus populaire, dans la seconde il y avait des personnes de la classe moyenne ou les directeurs, alors que la première était réservée aux personnes aisées, aux grandes personnalités, dont les gouverneurs et même la reine. «La différence majeure c’était les sièges : le cuir en première classe, des fauteuils en rotin en seconde et des bancs en bois en troisième.»

Le 31 mars 1956, le dernier train sort de Port-Louis pour se rendre à Curepipe. Un dernier voyage qui attriste de nombreux Mauriciens, dont Hyacinthe, âgé de 27 ans à l’époque. «C’était la fin, d’une époque. Le gouvernement anglais avait décidé de tout arrêter car les locomotives n’étaient pas rentables. Les gens allaient davantage vers les bus, plus modernes en ce temps-là.»

Si les gens boudaient quelque peu le tain à l’époque aussi, c’est à cause des horaires. «Ils ne voulaient plus être ‘esclaves’ des heures de départ et d’arrivée.» Lui leur était fidèle, il adorait ça.

Le 18 décembre, Hyacinthe René fêtera ses 90 ans. C’est avec émotion et curiosité qu’il attend de voyager à bord du tram. Pour lui c’est un nouveau cheminement de «trains modernes» qui commence, 63 ans après les ultimes sifflements du dernier train de passagers… 

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