Monsieur «lamans pios»: dans le jardin secret de Dharam Sewnundun

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Il est chanteur, planteur, jardinier, charpentier. Mais il est surtout fabricant de «lamans pios», métier qu’il a appris de son papa. Sinon, il est également fan de Liverpool… Rencontre fleurie avec celui qui croise souvent la route des abeilles.

Pieter Both est drapé dans un manteau de brume. Au pied de la montagne, des champs de légumes à perte de vue. Dans ce quartier de La Laura, le silence règne en maître, perturbé çà et là par le gazouillis des oiseaux. Dharam Sewnundun, 59 ans, n’hésite pas, lui, à chanter. À tue-tête, même s’il n’est pas dur de la feuille. 

Jhal en main, harmonium désaccordé pour l’accompagner, le fan d’Amitabh Bachchan, de Nargis et de Sophie Marceau, livre un véritable récital. Pour gagner sa vie, il fabrique des «lamans pios». Il est également charpentier, planteur, jardinier ou maçon à ses heures perdues. «Kot éna travay nou trasé.» 

En ce jeudi après-midi, il porte un T-shirt blanc, des savates orange, offre des pamplemousses aux voisins. Dans son petit potager, des attes, de la citronnelle, des herbes aromatiques, son langage épicé. Le Tarzan des temps modernes est nature. 

Il vit avec sa maman, coquette jusqu’aux bouts des ongles recouverts d’un vernis prune. Elle a 88 ans et prend toujours soin de son grand enfant. Dans sa cuisine, elle s’occupe de ses oignons, prépare le dîner. Dharam a lui aussi un fils de 18 ans, qui vit avec sa maman. «Li ena enn car wash li.»

«Mous Zako»

Son fils ne reprendra pas la relève. Comme lui l’a fait, jadis. «Monn aprann travay lamans pios ek mo papa kan mo ti ena 10-12 an.» Chaque matin, il se réveille avant les moineaux. Mowgli version quinquagénaire se promène alors à pas de loup dans les bois, pour chercher des branches de goyavier de Chine, du «bwa zozo» ou encore du privet. 

Parmi ses rencontres marquantes : celle avec le fameux «mous zako», qui a bien failli lui rouler une pelle. «Ayo mama, sa ou bizin galoupé brit sa…» Mais ce ne sont pas quelques méchants bourdons qui lui refileront des coups de cafard. «Abitié sa, nou manz ar li nou.» 

Ses manches, il les revend à Rs 100 environ. Ses clients ? les planteurs de la région. Le business est-il florissant ? «Kapav débat. Mo pa fabrik koumsa sa, bizin gagn komann avan.» 

Le reste du temps, Dharam fait son jogging, joue au foot. Il est fan de Liverpool. «Ounn trouv sa rémonté bann-la inn fer kont Barcelone-la? Mo ti pou zwé, bé mo pa ti krwar momem zot pou resi bat sa lekip-la!» Il ne souhaite de mal à personne, mais il espère que, ce soir, City glissera sur une peau de banane – zinzli ou plantain, peu importe – histoire que les Reds puissent remporter la coupe aux grandes oreilles… 

Dharam balaie du regard son jardin d’Eden tout vert. Qu’importe si la vie lui a mis des coups de râteau, lui en a fait voir de toutes les couleurs il la voit parmi ses roses. «Pa koné ki éna divan mé nou kontign trasé. Pourvi pa pé kokin, non?» 

Quel que soit l’obstacle, il est de ceux qui trouvent toujours une bonne pioche. Et qui gardent toujours la «bêche».

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