Cinéma: «Phoenix Palace» deviendra centre commercial

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Phoenix s’apprête à perdre un de ses patrimoines culturels - son ancienne salle de cinéma. Depuis environ un mois, le nouveau propriétaire, Iqbal Elauhee, a entamé la démolition de Phoenix Palace. À l’avenir, il compte ériger un centre commercial.

En attendant, certains se réjouissent de la destruction de l’horreur visuelle (eyesore) qui abrite des toxicomanes en mal de sensations fortes, alors que d’autres sont attristés par la disparition de ce bâtiment historique. Particulièrement ceux qui y ont passé de bons moments, à l’époque où le cinéma était la seule source de divertissement.
 
Aziz Sheikmahomed, 85 ans, se souvient avoir donné un coup de main à balayer la salle du cinéma lorsqu’il était enfant. Les services de son père, Ahmid, mécanicien, étaient sollicités pour réparer «laparey sinéma». Du coup, il avait libre accès lorsqu’il voulait regarder un film. «À l’époque, le cinéma était très prisé car il n’y avait aucun autre divertissement. Ki ti pou sorti isi ti pou al get séval galoupé.»

Bashir Dowlut, un octogénaire habitant la ville, a fréquenté Phoenix Palace dès l’âge de 12 ans. «Avec des amis, on allait regarder des films en cachette. On payait 50 sous pour trois films en français, ou deux films bollywoodiens. Des fois, on n’avait qu’un ticket. L’un d’entre nous parlait au portier alors que les autres en profitaient pour se faufiler à l’intérieur. Lorsque les rouleaux tardaient à venir, les gens criaient ‘ta, to pé gayn somey.’» Pour la petite anecdote, il se rappelle aussi que certains se retrouvaient avec des rats dans les poches...

Pour sa part, Mahmood Pirbacosse, 71 ans, se remémore toujours le premier film qu’il avait été regardé, Picnic. Il se souvient de la configuration de la salle, soit des bancs au premier rang, et des sofas sur le balcon, mais aussi des punaises dans la salle. «C’était vers 1956 ou 1957. J’étais parti avec mon oncle paternel. Sauf que je n’ai pas eu accès car c’était un film Visa X. À l’époque, cette classification n’était pas ce qu’elle est maintenant. Enn ti sen... Je suis resté à l’extérieur. Par contre, plus tard, j’ai regardé beaucoup de films.»

Non seulement les clients fidèles, mais aussi les anciens employés sont affectés par la démolition de Phoenix Palace. Saheed Domah, 68 ans, a travaillé comme assistant opérateur avant de devenir opérateur suite au décès du titulaire. «J’avais dix ans lorsque j’ai commencé à travailler. C’était en 1960. Faute de moyens, j’avais mis un terme à ma scolarité. Mon père était peintre et ma mère bonne à tout faire. Des métiers qui rapportaient alors entre Rs 10 et Rs 15. Mes parents avaient sept enfants. J’étais l’aîné de la fratrie», relate cet habitant de St-Paul. 

Phoenix Palace lui a non seulement donné du travail, mais aussi un père adoptif en la personne de feu Hassen Nubheebucus, le deuxième propriétaire du cinéma (voir encadré). «En juin 2011, il m’a appelé chez lui et m’a annoncé que le cinéma allait mettre la clé sous le paillasson. On a pleuré dans les bras de l’un et l’autre. Et maintenant qu’on va démolir le vieux cinéma, leker fermal», confie ce père de deux enfants.

Aboo Bakar Mangoo Ballam, fils d’Abdool Latif, un des trois premiers propriétaires du Phoenix Palace, se souvient qu’il y passait son temps après les heures de classe, alors qu’il était enfant. Et lorsqu’il est devenu adulte, cet ancien instituteur, âgé aujourd’hui de 82 ans, allait prêter main-forte à son père et ses oncles paternels. Les films les plus prisés étant les films d’action. «Je me souviens de Chandralekha, dans lequel l’actrice s’était munie d’une épée. Les gens avaient beaucoup aimé ce film.» Il raconte «qu’on ne jouait pas que des films, mais aussi des concerts tels que celui de Serge Lebrasse, des prestations de magie ou encore la célébration des mariages». Sa belle-soeur Farida ajoute que son mariage était le premier célébré dans ce cinéma. C’était en 1967.

Né il y a 83 ans

En 1936, «Phoenix Palace» ouvre ses portes, raconte Aboo Bakar Mangoo Ballam, fils d’un des propriétaires du cinéma. C’est en 1973 que le cinéma a été vendu à Hassen Nubheebucus, un habitant de Camp-Fouquereaux. En décembre 2011, il cesse ses opérations. Et six ans plus tard, «Phoenix Palace» est vendu à Iqbal Elauhee, un entrepreneur habitant Mesnil. Encore une fois en raison d’un partage d’héritage.

«Je compte construire un centre commercial. Mais cela prendra du temps. Pour le moment, je n’ai fait que démolir la structure existante car les habitants se plaignent souvent de la présence de drogués dans ce bâtiment abandonné», affirme Iqbal Elauhee. De son côté, Farhad Dowlut, le maire de Vacoas-Phoenix, laisse entendre que la mairie va suivre ces développements pour assurer la sécurité de tout un chacun.

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