Saint-Valentin: ensemble depuis 60 ans, à l’amour, à la mort

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À une époque où le taux de divorces grimpe en flèche, il y a de ses histoires qui font croire en l’amour, le vrai. Comme celle d’Yvonne et Claude, qui sont ensemble depuis six décennies. Malgré des hauts et des bas, ils n’imaginent pas la vie l’un sans l’autre. Rencontre, les yeux dans les yeux.

Cela fait 60 ans qu’ils se sont dit oui et rien n’a changé depuis. Ils se sont connus quand ils étaient ados mais ce n’était pas qu’un amour de jeunesse car vents et marées, maladies et difficultés, ils les ont tous bravés ensemble. C’est l’histoire de Claude et d’Yvonne Marie, deux Chagossiens faits l’un pour l’autre.

Ils se sont rencontrés sur les îles Salomon. Ils ont grandi ensemble sous les cocotiers et devant une mer turquoise. C’est à l’âge de 15 ans qu’Yvonne apprend que Claude est amoureux d’elle. «Tout a commencé quand ma tante a eu un bébé. Je souhaitais devenir la marraine de l’enfant et Claude, qui avait 18 ans à l’époque, devait être le parrain. Sauf que, quand je me suis proposée, ma tante m’informe que si je le devenais, Claude a dit qu’il n’acceptera pas d’être le parrain parski li kontan mwa», raconte Yvonne avec tendresse et sur un ton moqueur. En fait, les Chagossiens avaient une tradition : deux personnes ne peuvent s’unir s’ils ont baptisé un enfant ensemble. C’est à partir de là que la romance débute. Les tourtereaux commencent à se fréquenter et se marient deux ans plus tard, en 1957.

«Lontan, 21 an ki ti marié, mé vu ki mo ti éna 17 an e ki Claude ti éna 20 ans, nou mama inn bizin dibouté pou nou mariaz», se rappelle Yvonne en souriant. Ils étaient des ‘poussins’ certes, mais ils avouent n’avoir jamais senti qu’ils n’avaient pas assez profité de leur jeunesse, car ils l’ont vécue ensemble. «Lamour-la ti pli for et li ankor for», déclare Claude en regardant sa femme avec des étoiles dans les yeux. De leur union, sont nés quatre enfants. Onze ans plus tard, toute la famille embarquait pour Maurice, contre son gré…

«Zamé nou pann gagn problem ek nou kamarad. Nous avons toujours été unis. Mé an 1971, kan nounn déporté, la nou finn travers enn périod difisil… » avoue Yvonne. Une fois à Maurice, Claude a du mal à trouver du travail et n’a d’autre choix que de partir à St.-Brandon pour être pêcheur.

Il doit alors se séparer de sa bien-aimée et de ses enfants, qui restent à Maurice. «C’était dur, nous étions loin l’un de l’autre. Mais je devais envoyer de l’argent pour subvenir aux besoins de nos enfants. Bondié kinn tini nou for», lâche Claude avec émotion. Heureusement, la déchirante séparation ne durera que six mois. À son retour, Claude trouve enfin un travail à Maurice et a sept autres enfants avec Yvonne. Oui, ils ont 11 enfants ensemble.

Ne se sont-ils jamais vraiment lassés l’un de l’autre ? Le non est catégorique. Pour eux, l’amour ne s’en est jamais allé. Le secret, c’est qu’il n’y a pas de secret; la clé d’un mariage, d’une relation solide, c’est la communication. «Lamour ki nou ti éna inn toulétan res parey. Apré, zamé nounn res ennta zour san kozé, ninport ki problem nounn éna. Si li ena tor, li aksepté vinn demann mwa exkiz e kan mo mo éna tor, mo fer parey», admet Yvonne.

Ils n’ont aussi jamais baissé les bras et ont toujours su être le soutien dont l’autre avait besoin. En 2009, Claude apprend qu’il doit se faire amputer du pied droit à cause du diabète. Il est découragé et sa femme Yvonne ne peut retenir ses larmes. Mais au final, cela n’a fait que renforcer leur relation. «Mo lipié inn koupé mais nou lamour li, li ankor parey !»

Pour le mari et la femme, le mariage est quelque chose de symbolique et de sérieux. Ils estiment que si les couples ne marchent pas aujourd’hui, c’est parce que les gens sont trop superficiels et vont trop vite en besogne. «Zot guet labiyman. Zot pa guet seki ena andan... Apré koutim lontan ek koutim aster pa parey. Bann zeness zordi zour ena tandans ale tro vit kan frekanté em. Zot pa pran létan pou dékouver personalité lot dimounn-la…»

Claude et Yvonne profitent désormais ensemble de leurs vieux jours. Ils comptent à ce jour 29 petits-enfants et 19 arrière petits-enfants. Toujours dans la simplicité, ils passent leurs journées à discuter, à se rappeler les beaux souvenirs et à profiter ensemble de la joie que la famille. Dorénavant, chaque jour compte. «Kot inn arivé-la ziss lamor ki pou separ nou. Pa koné kisanla pou al avan selma…»

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