Jassen Antoine: l’artiste qui fait le tri dans un dépotoir

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Il est monté plusieurs fois sur scène lors de différentes éditions du Festival kreol. Puis il est tombé dans l’oubli. Aujourd’hui, pour gagner sa vie, il trie les déchets. Et vit à quelques pas d’un dépotoir…

Le mercredi 24 octobre, la région périphérique de la capitale. L’odeur nauséabonde chatouille les narines, les mouches forment un comité d’accueil. Les chiens errants remuent la queue, leur museau renifle avec délectation le tas d’ordures. Bienvenue au dépotoir de Roche-Bois.

Tout au long du chemin jonché de saletés, des bicoques délabrées, où habitent des familles entières, dont des enfants. Les détritus sont devenus leur gagne-pain.

Des gamins s’amusent à trier les papiers, les bouteilles et autres trésors qu’ils trouvent çà et là. Leurs parents, bottes de fortune aux pieds, sont à la recherche d’un morceau de ferraille, de contenants en verre, bref, tout ce qu’ils pourront troquer contre quelques sous. Qu’importe si le tri de déchets dans un dépotoir est considéré comme étant illégal.

Parmi, Jassen Antoine. Cette «activité», il la pratique depuis qu’il a 16 ans, histoire de «gagn enn lavi». Le jeune homme de 25 ans a participé à la première, à la deuxième et à la troisième édition du Festival kreol. Mais il est retombé dans l’oubli. Sa scène, désormais, c’est le dépotoir.

«J’ai commis quelques erreurs que je regrette amèrement», confie Jassen Antoine. De mauvais choix qui l’ont mené «là». Quelles que soient les circonstances actuelles, il garde espoir qu’un jour, il pourra remonter la pente, et sur scène. Car l’inspiration, le slammeur, grapheur, auteurcompositeur l’a toujours en lui.

En attendant, tous les matins depuis 9 ans maintenant, il se réveille à 5 h 30, «ek met lor porté». Il se rend au dépotoir pour faire le tri et peut y rester jusqu’à 19 heures. Les choses qui rapporteront de l’argent : les métaux, le cuivre rouge, le cuivre jaune, l’aluminium, le plastique, du carton tout comme de la nourriture jetée pouvant servir à nourrir les animaux. «Personn pa pay nou pou fer triyaz. Bann lizinn ek ki nou vann bann zafer ki nou gagné ki donn nou kas. Ena fwa nou kapav gagn zis Rs 100 kouma ena zour si lasans bon, nou kapav gagn ziska Rs 500.»

Un slam improvisé plus tard, Jassen, dont le nom d’artiste est SonJah, admet que le tri ne leur rapporte pas que des pépètes, il y a également des pépites. «Nou kapav gagn linz ankor bon pou meté, bann zwé pou zanfan ou bien bal diri…»

Des regards «bizarres», il y a souvent droit, pendant que d’autres «lev néné» à son passage. Jassen ne le prend pas mal, tout en se disant qu’il se salit les mains pour pouvoir survivre, subvenir aux besoins de son épouse et de sa fille en bas-âge. Il est maintenant immunisé contre le regard des autres, mais aussi contre les microbes, à force de les côtoyer. «Lontan nou la… ek si tir nou la bizin ena lot opsion pou nou, lerla nou kav alé…»

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