Adieu Monsieur le ferblantier

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À China Town, un autre commerce ferme ses portes. Jacques Eckloy, le ferblantier de la rue Emmanuel Anquetil, part à la retraite. Avec lui, un pan de l’histoire de la capitale se referme.

Après 62 ans passés dans son atelier l’homme à l’allure de papi gâteau tire sa révérence dans quelques semaines. «J’ai commencé en tant qu’apprenti à l’âge de 15 ans. Aujourd’hui, j’en ai 77. Il est grand temps pour moi de raccrocher le tablier.»

Mais avant, le septuagénaire s’affaire, il veut honorer toutes les commandes. Elles sont nombreuses. «Nous avons des clients dèles, qui reviennent depuis des dizaines d’années. Nous fabriquons des moules à gâteaux, pour la fabrication de ‘poutou’ des ustensiles de cuisine, des pelles, des arrosoirs. Tout ce que les gens nous demandent.» 

Avant, se remémore-t-il en réajustant ses lunettes, les gens lui commandaient des seaux, pour aller chercher de l’eau, ou encore des gobelets pour les fameux «lotel dité» de Port-Louis.

Jadis, l’atelier était en bois, avec un toit en tôle. Petit à petit, le béton a tout envahi. Dans les années 60, l’atelier de ferblantier se retrouve à l’angle des rues Emmanuel Anquetil et Ven Pin. De l’extérieur, la structure a gardé son apparence d’antan. Le mur n’a pas vu de peinture fraîche depuis des lustres, les volets et la porte auraient leur place dans un musée. Bientôt, l’atelier cédera sa place à un magasin. 

«Cet atelier existe depuis 1942. C’est, si je ne me trompe, le premier atelier de ferblantier de Port-Louis. Bien sûr ça me fait mal au cœur de devoir fermer. Mais je me fais vieux, c’est aux jeunes désormais de travailler.»

Les jeunes, justement, ne veulent pas faire ce métier. Jacques Eckloy ne le sait que trop bien. «Mo’nn pran boukou zénes kouma apranti. Mé zot problem zis kas. Zot pa kontan apran travay.» Surtout que tout se fait à la main, avec amour et patience. «Nous avons les mêmes outils depuis 1942. Ils viennent d’Angleterre, pas les trucs en toc qu’on retrouve partout de nos jours.»

Et puis, du ferblantier, il n’en reste que le nom. La tôle et l’aluminium ont remplacé le fer-blanc. Qu’importe, «un travail qui sort de cet atelier sera de qualité, il durera plus longtemps que ce qu’on fait à la machine, ou du Made in China».

Une fois à la retraite, Jacques, lui, n’ira pas visiter l’Empire du Milieu, mais l’Europe. «Tous les membres de ma famille sont là-bas. Mon ls est en France, j’irai le voir, passer de vacances bien méritées auprès de mes proches.» Dans ses bagages, les souvenirs des années passées dans son petit atelier.

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