Ancien combattant: Soopaya Murden, soldat en temps de paix

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Soopaya Murden tient à son idée. Il veut absolument envoyer une série de photos à «Sa Majesté». Qui voudrait contrarier cet ancien combattant de 92 ans ? Sur les photos, Henri – c’est son «ti nom gaté» qui lui vient de sa mère – pose dans plusieurs uniformes.

En sus des photos, il conserve précieusement une copie jaunie de description sommaire des principaux monuments du Musée du Caire. C’est tout cela et bien plus encore que Soopaya Murden, président de l’Union of War and Peace Time, l’une des associations d’anciens combattants, souhaite transmettre à la postérité.

Il se dit d’ailleurs «bien kontan» qu’une galerie des deux guerres mondiales soit aménagée au premier étage du musée de Port-Louis. Avant de regretter la démolition éventuelle des locaux du Mauritius Ex-Services Trust Fund, le bureau où les anciens combattants touchent leur retraite, à la Rue Sir William Newton, à Port-Louis.

Mais quelle était la mission de Soopaya Murden, soldat en temps de paix, en Égypte entre 1949 et 1957 ? Soit après la fin de la Seconde Guerre mondiale de 1939- 1945. Le ton affirmatif, il dit : «Nou ti dres tou partou.»

Presque comme un défi : «Je suis né le 30 mars 1926.» Son père est un planteur de légumes de Saint-Martin. Quand il échoue la sixième, Soopaya Murden quitte l’école pour «travay dan karo» avec son père. C’est l’époque des «saret bef, saret poné». Soopaya Murden vit au rythme des récoltes jusqu’à l’âge de 20 ans. Il travaille aussi dans la tabagie de son père. Devenu adulte, il décide de s’éloigner de ce père «à manies».

Des copains lui disent : «Pourquoi ne pas entrer dans l’armée ?» Justement, les Anglais recrutent à Bell-Village. Soopaya Murden est enrôlé dans le Royal Pioneer Corps et reçoit une formation en télécommunications. «On a installé un câble dans le Canal de Suez qui allait jusqu’en Palestine.» Il déroule des câbles jusqu’à bord des avions de la Royal Air Force. «Pran difil zété dépi avion dan dézer.»

Il sera aussi affecté au déminage. Soopaya Murden est dans l’équipe envoyée pour retrouver des bombes, vestiges de la Première Guerre mondiale, enfouies dans le désert. Avec pudeur, il dit seulement avoir vu des gens «soté».

C’est dans l’armée que Soopaya Murden – qui jusque-là ne connaissait pas l’alcool – découvre la bière. «Après le simoun (NdlR, vent chaud, sec et violent du désert), les Anglais donnent l’ordre de boire. Dir bwar ‘porter’ pou tir sa disab la. Oblizé bwar.» De la discipline, Soopaya Murden en dit le minimum. Si ce n’est le réveil tous les matins à 5 h 30. Le «molleton» qu’il faut plier au carré. Les objets personnels qu’il faut faire briller. Les chaussures – et tout le reste – qui sont inspectées. Démonter, nettoyer puis remonter un fusil fait partie de la routine, tout comme les exercices militaires. Et la paie ? «Ayo, enn ti kas.» Selon lui, la solde était d’une livre sterling par mois.

À son retour d’Égypte, il est parmi les anciens combattants qui sont engagés dans la police. Soopaya Murden garde surtout le souvenir des bagarres raciales. Posté à Rose-Hill, il est envoyé en renfort à Port-Louis. Gardien de prison, officier de la Central Investigation Division, il passe par diverses unités. À la retraite, pas question de rester inactif. Soopaya Murden sera agent de sécurité dans une société d’agroalimentaire jusqu’à ses 70 ans passés.

Galerie des deux guerres mondiales

Une galerie des anciens combattants verra le jour d’ici mars, à l’étage du musée de Port-Louis. Un appel à la population pour vendre ou faire don d’objets liés aux deux guerres mondiales est en cours. Il faut pour cela s’adresser au «Mauritius Ex-Services Trust Fund».

Disparition inéluctable

Selon les chiffres du «Mauritius Ex-Services Trust Fund», des 38 000 Mauriciens enrôlés lors de la Seconde Guerre mondiale, il en reste 1 204. «Leur moyenne d’âge est de 85 ans. Environ 300 à 400 d’entre eux disparaissent par an.»

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