Arrestation de Ramgoolam : un an plus tard…

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Soixante-cinq jours après les élections générales – soit le 6 février 2015 – l’arrestation de Navin Ramgoolam choquait, secouait tout le pays. En voyant les «tribulations» de l’ancien Premier ministre, certains croyaient qu’il s’agissait d’un feuilleton télévisé. Les coffres, les billets, les valises, les devises, tous les ingrédients du polar étaient réunis. Sauf que tout cela était bien réel. Alors que l’on attend toujours la suite de cet épisode, nos interlocuteurs reviennent sur quelques-unes des séquences-phares. Et s’improvisent scénaristes.

Pour Shafick Osman, observateur politique, l’arrestation de Navin Ramgoolam était la suite logique des événements, après l’écrasante victoire de l’alliance Lepep, le 11 décembre 2014. Mais, ce qui a marqué les esprits – et qui restera gravé dans la mémoire des Mauriciens pour longtemps encore – selon lui, ce sont les coffres-forts et les liasses de billets découverts chez l’ancien Premier ministre. Des images fortes que les adversaires politiques du Parti travailliste (PTr) utiliseront allègrement comme «une arme» au cours des années à venir.

Justement, Navin Ramgoolam peut-il effectuer un come-back au pouvoir ? «Il ne faut jamais dire jamais», rappelle Shafick Osman. «Navin Ramgoolam a toujours des partisans, même si l’on ne sait pas encore quel est le pourcentage de l’électorat qui le soutient.»

D’autant que, depuis 2013, le leader du PTr a perdu une bonne dose de crédibilité à cause de l’affaire Soornack. Ce qui est choquant, estime Shafick Osman, c’est que malgré une défaite des plus sévères des Rouges lors des élections générales de 2014 et une défaite personnelle, Navin Ramgoolam n’a pas songé à se retirer de la scène politique.

Chose qui nuit à l’image du parti, poursuit l’observateur politique. Car, si «plusieurs partisans rouges ont encore le sang rouge», ils n’ont plus, en revanche, une bonne opinion de Ramgoolam. Autre facteur important, qui sera déterminant pour l’avenir politique de ce dernier ainsi que pour celui du PTr : la décision de la justice par rapport à Pravind Jugnauth, leader du MSM…

En attendant, même si le PTr et le MMM avaient contracté une alliance, Ajay Gunness, le secrétaire général des Mauves, l’affirme haut et fort : «Nu pa finn sagrin pou truv li arété. Personn pa o-dessi la zistiss, mé la fodré pa tardé pou fer enn kase formel.» Selon lui, l’arrestation de celui que l’on surnommait le Roi Lion a certainement surpris la population. «C’était du jamais-vu, surtout les coffres-forts et l’argent qui s’y trouvait», se remémore Ajay Gunness.

C’est pour cela que le MMM a toujours insisté pour qu’il y ait une loi sur le financement des partis politiques. Navin Ramgoolam est-il toujours considéré comme un adversaire politique pour les membres du MMM ? Qu’il soit leader du PTr ou pas, cela ne concerne pas le MMM, soutient Ajay Gunness. Et d’ajouter : «Navin Ramgoolam ne relèvera pas la tête de sitôt.» Quid d’une future alliance avec le PTr ? «Avec Navin Ramgoolam à la tête de ce parti ? Jamais !»

Autre témoignage, autre perspective. L’arrestation de l’ancien Premier ministre n’a pas été une surprise pour Mahen Jhugroo, député du MSM. Car pour lui, «sa 10 dernié lané-la, nu finn viv dan enn léta koronpi. Zamé mo pafinn sirpri kan monn truv kof-for». Il n’est pas surprenant non plus, selon lui, que les rouges crient à la vendetta politique. «Mais comment expliquer la provenance des 220 millions de roupies retrouvées dans les coffres-forts et surtout celle des devises étrangères ?» Le député du MSM dit espérer que les enquêtes seront menées à bien.

Quant à un éventuel retour de Navin Ramgoolam, Mahen Jhugroo est catégorique. «La population a vu tout ça et je me demande qui voudra encore de Navin Ramgoolam à la tête du pays. Seki pansé li pu revinnpremyé miniss kapav kontignrevé !» Quant au PTr, le parti est condamné, aussi longtemps que Navin Ramgoolam sera aux commandes. «C’est dommage que personne n’ait le courage de lui demander de step down. Mwa, lontan mo ti pu dir li lev pake alé !»

Justement. Il avait été le premier, au sein du PTr, à prendre position, pour demander au leader de céder sa place. Mais aujourd’hui, Arvin Boolell est d’avis que l’ancien Premier ministre occupe ce poste à juste titre, malgré les déboires cumulés par ce dernier. Selon Arvin Boolell, «bizin guet the bigger picture. Pa parski ena provisional charges ki bizin fer bann zizman. Nu lor enn pant asandan, ena enn desepsyon total de la popilasyon, sé lintéré péi ki pass avan tou. Nu pe travay an etrwat kolaborasyon.»

Il ajoute que c’est après mûre réflexion, et après avoir consulté les autres membres du parti, qu’il s’est retiré en tant que porte-parole du PTr. «J’ai eu une longue discussion avec Navin Ramgoolam, nous sommes revenus à de meilleurs sentiments. La priorité, c’est d’assurer la pérennité du parti.»

L’arrestation de Navin Ramgoolam a été un moment difficile pour le parti, poursuit l’ancien député rouge, qui ne s’attendait pas que les choses prennent une telle tournure. «Une foule hostile s’était massée à la rue Desforges, tout cela était prémédité», estime l’ancien ministre des Affaires étrangères. Il déplore également la façon de faire des forces de l’ordre et la façon dont l’ancien chef du gouvernement a été traité.

Sinon, quand il ne fait pas de la politique, qui est Navin Ramgoolam ? «Sé enn dimunn ki ena boukou rezilians. Si ti enn lot dimunn, li pa ti pou kapav pran sa fardo kinn met lor li-la. Mo pa la pou pran so par, lwin de la. Me bizin konsidéré ki li enn fighter…»

Et le «fighter» serait dans un «fighting mood»

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