Danielle Selvon: «Est-ce que c’est vraiment à moi de démissionner?»

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La goutte de trop, confirme-t-elle, a été le Good Governance & Integrity Reporting Bill. Et après sa démission du gouvernement, Danielle Selvon prévoit de poursuivre son parcours  politique en indépendante pour l’instant. Cela, même si elle se dit ouverte au dialogue avec l’opposition…

Depuis votre démission du gouvernement, vous êtes actuellement la seule femme députée dans les rangs de l’opposition. Qu’est-ce que cela vous fait ?

Je trouve que c’est positif qu’il y ait une femme dans les rangs de l’opposition, déjà que nous n’avons pas suffisamment de femmes au Parlement. C’est une heureuse coïncidence que cela soit arrivé.

Qu’est-ce qui vous a poussé à finalement démissionner ?

C’est surtout l’amendement à la Constitution et les deux lois que veut apporter le ministre Bhadain. C’est une loi qui touche à la Constitution et il aurait fallu qu’il y ait une consultation élargie avec l’opposition, le barreau et même le public. Parce que cela touche à la vie de tout le monde. On va de l’avant avec une loi qui préconise que c’est le ministre qui va nommer le directeur de l’Integrity Reporting Services Agency. C’est-à-dire que l’on donne au ministre tout le pouvoir qui appartient au Directeur des poursuites publiques, le garant de la Constitution. Ce pouvoir sera dans la main d’un politicien.

Si demain, il y a un changement de régime, cette loi pourra être utilisée par méchanceté ou par vengeance. Ce n’est pas une loi qui vise précisément les gros requins ou les trafiquants de drogues. C’est une loi contre le peuple. Il suffit qu’une personne vienne, sur les bases d’une allégation non fondée, accuser une autre personne et la police viendra donner 21 jours à cette personne pour qu’elle produise tous ses reçus des sept dernières années, sinon, c’est la prison et Rs 50 000 d’amende. Comment est-ce qu’un gouvernement du peuple peut venir de l’avant avec une loi pareille ? C’est purement une loi dictatoriale.

Tout comme vous, il y a d’autres membres du gouvernement qui ne sont pas d’accord avec ces lois…

Tout à fait, il y a même un Senior minister qui a parlé dans la presse. Il a dit que les investisseurs vont quitter Maurice si cette loi est votée. C’est ce que je pense aussi.

Pensez-vous que d’autres députés du gouvernement vous suivront ?

Je ne saurai vous dire si le courage est donné à tout le monde. En tout cas, ils m’ont appelée pour saluer le mien. Il y a des choses que je ne peux pas dire. Peut-être qu’à l’avenir, ces députés le diront eux-mêmes.

Vous avez fait comprendre que la loi du ministre Bhadain n’est que la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Quand est-ce que les choses ont commencé à mal tourner pour vous ?

Le malaise a éclaté avec la loi Bhadain. Cette loi est une insulte envers le peuple. Mais il y a d’abord eu la censure de mes questions parlementaires à plusieurs reprises. Les quelques fois où j’ai obtenu une explication, c’était pour me dire qu’il y avait une party line et qu’il fallait la respecter et être disciplinée. D’accord, j’ai compris. Je me suis dit que c’est normal, lorsqu’on est dans un parti, d’adhérer à la party line. Mais lorsque l’on touche à des thèmes pareils ou à la Constitution ou encore mettons que l’on parle de la peine de mort, il y aura toujours des gens pour et d’autres contre au sein d’un parti. Comment on fait ? Dans les cas pareils, il faut laisser le député libre de voter en son âme et conscience.

En parlant de conscience, je voudrais ajouter que lorsque le leader Pravind Jugnauth vient demander à Danielle Selvon de démissionner en tant que députée, je voudrais répondre que Danielle Selvon ne s’en ira pas. Je suis la députée du nº 1 et c’est le peuple qui m’a mise là et ma place est légitime. Je suis députée de toute l’île Maurice. Je vais d’abord poser une question. En 2011, lorsque le MSM a démissionné du gouvernement, qui a quitté le Parlement ? Quant à une seconde question, je laisse au peuple le soin de répondre. Est-ce que c’est vraiment à moi de démissionner ?

Dans une déclaration à la presse, vous dites que vous estimez Paul Bérenger. Est-ce que cela veut dire que vous allez bientôt le rejoindre ?

Je suis pour le moment indépendante, mais je suis ouverte au dialogue avec tout le monde et avec l’opposition. Pour l’instant, la question d’adhérer à un autre parti ne se pose pas. Je dois avoir ma liberté de parler. J’ai démissionné pour le pays. Je n’accepterai jamais d’intégrer un autre parti où l’on me dira : «Danielle tu ne dois pas parler.» Je dois pouvoir m’exprimer.

Quelle a été la réaction du parti lorsque vous avez fait valoir votre point de vue ?

Je n’ai même pas eu le temps de dire ma position. Le Premier ministre avait déjà dit qu’il fallait se plier à la ligne du parti. C’était sûr qu’on aurait eu à voter. On nous aurait forcé la main pour voter.

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