Affairisme d'Etat: duel animé entre Meetarbhan et Deerpalsing

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«Notre but n’était pas de faire un coup médiatique, mais de traiter une question qui relève de l’intérêt public.» Raj Meetarbhan, le rédacteur en chef de l’express, a été très clair lors de son intervention dans l’émission radiophonique «Le grand journal» sur Radio Plus, ce mardi 19 août. Invité à commenter la publication de photos du Premier ministre en compagnie de Nandanee Soornack dans l’express, il a précisé que celles-ci «n’étaient qu’un petit éclairage visant à prouver de graves dérives de l’Etat». Il a parlé notamment de «petits copains», de «favoritisme» et d’«inégalités des chances» à propos de contrats juteux octroyés à des «personnes très proches du pouvoir».

Il était face à la députée rouge Nita Deerpalsing, qui a défendu bec et ongles «son» Premier ministre. «Merci ‘lookpress’ d’avoir ouvert les yeux des gens. La grande majorité de la population n’est pas d’accord avec la publication de ces photos», a-t-elle lancé en préambule. Elle a soutenu, en outre, que l’express «déguise un intérêt public en intérêt commercial», s’attaquant au passage au Board of Directors de La Sentinelle.

Le présentateur de l’émission, Nawaz Noorbux, a eu beaucoup de mal à contenir les ardeurs de la députée rouge, qui s’est acharnée à demander à Raj Meetarbhan de dévoiler la composition de ce Board, en parlant notamment d’«oligarchie sucrière».

De son côté, le rédacteur en chef s’est attelé à expliquer le pourquoi de la publication de ces clichés. «Grâce aux photos, nous avons démontré qu’une personne a des relations très proches avec le Premier ministre. Et dimanche, nous avons démontré qu’en six ans, cette personne a connu une ascension fulgurante dans le monde des affaires», a-t-il fait valoir.

Pour Nita Deerpalsing, cela «ne prouve rien». Elle a affirmé que ces accusations de trafic d’influence ne sont basées que «sur des présomptions et des palabres. Est-ce que c’est vrai? Personne ne le sait». La députée estime, en outre, que l’express aurait dû publier «des preuves» à propos des faveurs dont aurait bénéficié Nandanee Soornack à travers sa relation avec le Premier ministre. Elle en a profité pour défier le journal de publier des preuves de ce qu’il avance.

«Nous ne sommes ni la police, ni la justice», a répondu Raj Meetarbhan. Selon lui, les journalistes n’ont pas les moyens légaux de la police ou de la justice de prouver de telles choses. Il a ensuite expliqué que la presse est un moyen de pression. En cas de fortes suspicions de corruption, par exemple, les médias indépendants «se doivent d’en faire état, pour que cela amène les institutions concernées à enquêter à ce propos». Et d’ajouter que c’est «notre mission, notre devoir d’en informer le public».

Reprenant la parole, Nita Deerpalsing s’est attaquée de manière virulente à la ligne éditoriale de l’express, expliquant par exemple que l’affaire MCB n’a pas été couverte par le journal ou que les réponses du Premier ministre au Parlement concernant l’affaire Soornack n’ont pas été relayées dans le quotidien. «Nos lecteurs savent que tout cela est complètement faux», a simplement rétorqué Raj Meetarbhan.   

Comparant cette histoire à celle de François Hollande et de Julie Gayet, ce dernier a déclaré qu’il n’est pas d’accord avec la publication des clichés du président français et de l’actrice dans le magazine Closer. «Cela ne concerne nullement l’intérêt public, a soutenu le journaliste, contrairement à l’affaire Soornack».

Raj Meetarbhan explicitant la position de l’express sur l’affairisme d’Etat et la vie privée sur le plateau de Radio Plus.

La bouillante députée a ensuite accusé l’express d’avoir un «agenda caché» et de faire tout pour faire capoter l’alliance PTr-MMM. Elle a, dans la foulée, nié catégoriquement que les travaillistes aient quelque chose à voir avec la disparition de l’express dimanche des points de vente dimanche matin. «Est-ce que le MSM a acheté tous ces journaux pour s’en servir par la suite? Le Sun Trust a assez d’argent pour le faire», s’est-elle interrogée.

Elle a par ailleurs garanti qu’il n’y aura «aucune représaille» contre les journalistes de l’express et sa direction suite à cette histoire. «Au contraire, je suis très satisfaite parce que jamais les partisans du Parti travailliste n’ont été autant solidaires et mobilisés autour de leur leader», a-t-elle indiqué.

Enfin, Raj Meetarbhan a confié que l’express détient d’autres éléments concernant cette soirée de danse au domicile de Nandanee Soornack, dont des vidéos. «Nous avons estimé qu’il n’est pas nécessaire de publier les vidéos, a-t-il précisé. Nous devions publier les photos pour faire le lien. Le point a été prouvé.» Cependant, outre les vidéos, le rédacteur en chef a expliqué que la rédaction du journal a «d’autres éléments». «Nous procédons actuellement à un exercice de contre vérification, et nous les publierons quand le temps viendra», a-t-il conclu.

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Au cœur de cette affaire sous les feux de l’actualité: des photos. Celles de Navin Ramgoolam dansant avec Nandanee Soornack, une activiste rouge, publiées en Une de l’express durant le week-end du 13 au 14 septembre. Depuis, les réactions se sont succédé. A commencer par la conférence de presse du PTr condamnant le groupe La Sentinelle.

Cette affaire dépasse le cadre d’une simple danse entre un PM et une activiste. Pour mieux en comprendre les implications, voici une compilation des articles publiés. 

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