Dirty tricks au PMO: Ken Arian trahi par son écriture analysée par un graphologue réunionnais

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«Mo’nn gagn enn let ki kontenir bann grav alegasyon kont Madam Gurib-Fakim ek monn refer sa l’ICAC», disait Pravind Jugnauth le 23 mars 2018, quelques heures après la démission d’Ameenah Gurib-Fakim de la présidence de la République. Celle-ci était alors dans un cyclone provoqué par les révélations de l’express sur le fait qu’elle ait utilisé une carte de crédit Platinum mise à sa disposition par le Planet Earth Institute, dirigé par le controversé Alvaro Sobrinho. Face au refus d’Ameenah Gurib-Fakim de démissionner comme le souhaitait Pravind Jugnauth, un bras de fer sans précédent s’était installé au sommet de l’État. Ameenah-Gurib Fakim avait tenté de rester en poste en instituant une commission d’enquête. Au final, elle a dû plier bagages et a elle-même fait face à une commission d’enquête.

Pendant que tout cela se tramait et que les festivités des 50 ans d’Indépendance du pays étaient gâchées, Pravind Jugnauth avait reçu une lettre anonyme. Cette lettre, à proprement parler, n’a eu aucune incidence technique sur la chronologie des événements car les révélations de l’express étaient elles-mêmes soutenues par une documentary evidence indéniable, notamment les relevés bancaires de la présidente.

Une ébauche de la lettre anonyme remise au Premier ministre. Les annotations et corrections manuscrites ont été comparées à d’autres documents dont une lettre officielle de Ken Arian.

Un des documents de comparaison d’écriture : une lettre officielle de Ken Arian aux actionnaires d’Airport Holdings Ltd.
Une des 22 pages du rapport d’analyse graphologique.

Mais bizarrement, Pravind Jugnauth y avait accordé une grande importance. Le Premier ministre en révèle l’existence le 23 mars, le jour où Ameenah Gurib-Fakim quitte définitivement la State House. Puis il renchérit le 27 mars lors de la Private Notice Question du leader de l’opposition, en disant à Xavier-Luc Duval que lui aussi devrait en avoir une copie ; ce que le leader du PMSD avait nié. «Je peux la déposer», avait alors dit Pravind Jugnauth. Ce qu’il n’a jamais fait jusqu’ici. Ce qui a entretemps fait dire à Ameenah Gurib-Fakim, dans quasiment toutes ses interviews, «le Premier ministre a parlé d’une lettre anonyme contenant de graves allégations contre moi ; or je n’ai jamais vu cette lettre, et je ne connais pas son contenu».

Dans cette vidéo réalisée par TopFM, l'importance qu'accorde Pravind Jugnauth à la lettre «anonyme» est frappante.

La main d’Arian

Aujourd’hui le contenu de cette lettre éclate au grand jour. Des sources fiables nous ont fait parvenir une ébauche rédigée sur ordinateur et imprimée, contenant des corrections manuscrites. Soupçon- nant que ce soit l’écriture de Ken Arian, elles ont demandé l’avis d’un expert-graphologue réunionnais. Celui-ci, du nom de Patrice Balletti, l’a comparé avec un document officiel que signe et date Ken Arian, et une autre lettre que ces mêmes sources attribuent au conseiller du PMO à l’époque. L’avis de l’expert est sans appel : «Tous les manuscrits ont été rédigés de la même main.» C’est donc Ken Arian qui a écrit la fameuse lettre anonyme à laquelle Pravind Jugnauth a accordé tant d’importance. Informée de cette révélation hier, Ameenah Gurib-Fakim s’est demandé s’il a agi seul. «Est-ce qu’un conseiller du Premier ministre prend sur lui pour rédiger une lettre contre la présidente de la République ? Ken Arian avait-il des complices ? À partir du moment où la lettre est remise au Premier ministre, n’y a-t-il pas là complot ?» renchérit-elle.

Extrait du rapport d’analyse graphologique. Les conclusions de l’expert Patrice Balletti sont sans sans équivoque.

Dans le fond, si cette lettre n’a joué aucun rôle dans la démission d’Ameenah Gurib-Fakim (elle date du 20 mars, alors que la présidente a soumis sa lettre de démission le 17 mars) l’effort consenti par Ken Arian trahit les dirty tricks au PMO suivant les révélations de l’express. Nous avons écrit à Ken Arian hier avec des questions précises sur le but de cette lettre. Il nous a répondu par message WhatsApp «Can I call you later?» Ce qu’il n’a pas fait jusqu’ici.

Voici l’intégralité du rapport du graphologue Patrice Balletti.

Ce qui est sûr, c’est que Ken Arian est en mauvaise posture. Alors que Lakwizin est en mode «jubilation» parce qu’elle est sûre que le jugement dans la pétition de Suren Dayal sera en faveur de Pravind Jugnauth, celui-ci a prévu deux sorties publiques. Sa réponse à la question «saviez-vous que cette lettre a été rédigée par Ken Arian» est à double tranchant. S’il répond par oui, il se fait complice. S’il répond par non, cela voudrait dire que Ken Arian, conseiller du Premier ministre, a utilisé des dirty tricks dans le dos de celui qu’il était censé conseiller, pour qu’il agisse contre la présidente de la République. Pas sûr qu’à partir de là, Ken Arian soit toujours apte à assumer les responsabilités qui lui ont été confiées. 

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