Révélations de Sherry Singh: amours et désamours

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La flamme ne s’éteint pas. Au contraire, elle semble même s’emballer à chaque prise de parole. Entre le PM qui nie à moitié, ses ministres qui volent à son secours et le spectre d’un espion externe qui plane, ce n’est certainement pas dans un futur proche que la poussière s’estompera autour de cette polémique. Retour sur un projet technique attribué à la cuisine, et les marmitons qui y œuvrent.

Pravind Jugnauth nie à demi-mot

La réplique du Premier ministre face aux allégations de Sherry Singh a été simple. «Qu’il aille à la police» a-t-il dit lorsqu’il a été questionné hier à Bois-Marchand alors qu’il participait à la célébration de la journée des Coopératives. Il a cependant affirmé «li koz menti» sans pour autant préciser où se situe le mensonge. Est-ce que l’appel que l’ancien CEO de Mauritius Telecom a évoqué a bien eu lieu ? Est-ce que le Premier ministre a demandé à Sherry Singh de donner l’accès aux données à une third party ?

Pravind Jugnuth a répété que ces allégations sont graves et Sherry Singh ne bluffe pas, il faut qu’il aille à la police. Il a expliqué par ailleurs avoir appris la démission de l’ex-CEO, son ami durant les 15 dernières années, à travers les médias. À quand remonte la dernière conversation entre les deux anciens amis ? À bien longtemps, a simplement répondu le Premier ministre. En revanche, Pravind Jugnauth a plusieurs fois répété qu’il compte déballer les raisons, selon lui, pour lesquelles celui qu’il appelle le Maharaja a fait ces allégations. Pour quand ? «Atann ou pou gété». Questionné sur l’implication de son épouse, le ton est monté d’un cran. «Je suis le Premier ministre. Que l’on m’attaque mais que l’on ne s’en prenne pas à mon épouse et mes enfants.»

En «kwizinn» sans l’ex-Top chef !

Il a lui-même fait partie de cette «kwizinn». Et pas des moindres puisqu’il a longtemps porté la toque de Top chef. Maintenant que le torchon brûle entre le Premier ministre Pravind Jugnauth et lui et qu’il a rendu son tablier de CEO de Mauritius Telecom, Sherry Singh n’y est pas allé avec le dos de la cuillère et il a déballé, sur Radio Plus, vendredi, l’identité et le rôle de chacun de ses anciens compères, de la maestro jusqu’aux seconds couteaux. Mettons un visage sur les membres de ce club très sélect de conseillers de Pravind Jugnauth tel que dévoilé par Sherry Singh. Paroles de l’ex-Top chef…

Kobita Jugnauth, la «Lady Macbeth»

Discrète lors de ses sorties publiques, l’épouse du chef du gouvernement, en kwizinn, est qualifiée de «leader supremo» mais surtout de «Lady Macbeth» par son ex-ami de longue date Sherry Singh.

Ken Arian, le gestionnaire et responsable de «zet labou»

Il a beau ne plus avoir de bureau au PMO. Ken Arian est le «gestionnaire hors pair qui a géré l’affaire Wakashio tellement bien», a ironisé Sherry Singh, avant d’alléguer qu’il est aussi «responsable de tou bann coups bas ek zet labou lor ban anti-MSM»

Kishen Padayachy, le trésorier

«Trésorier ek le res zot koné». C’est ainsi que le ministre des Finances Renganaden Padayachy, Kishen pour ses intimes, est présenté. Il arrive en deuxième position sur la liste de Sherry Singh. Un rang qui doit en grande partie être lié à sa nomination comme trésorier du parti soleil depuis février 2020.

Zouberr Joomaye, le plus fidèle des MSM

Le candidat battu aux législatives de 2019 et Senior Advisor on Strategic Matters à titre bénévole au PMO, a pris son envol dans lakwizinn depuis le premier confinement en mars 2020. Pour Sherry Singh, le porteparole du gouvernement sur le Covid-19 mais surtout ancien militant mauve, est «en ce moment le plus fidèle des MSM tan ki ena enn oportunité bizness a koté».

Rakesh Gooljaury, «Monsieur merveille-recruteur»

L’ancien homme de confiance de Navin Ramgoolam, occupe désormais «un rôle prépondérant dans plusieurs démarches tels que responsable du recrutement de membres du MMM, PTr et plusieurs partis».

Sarah Currimjee, l’assistante-laisser-passer

Une «assistante extrêmement compétente qui décide qui a accès au PM». C’est Sherry Singh qui le dit encore une fois.

Prakash Maunthrooa, celui dont les Jugnauth, père et fils, n’ont pas pu se passer

Il se passe de présentation, comme l’a résumé l’ex-CEO de MT.

Bassoodeo Seetaram, spécialiste de «fishy business»

Il arrive en tête de ceux qui «pé fer enn travay enorm dan lomb», toujours selon l’ex-Top chef. Le spécialiste de «fishy business», a d’abord déclaré Sherry Singh, avant de tempérer en parlant de «business poisson». Bassoo Seetaram, «garde du corps privé» du Premier ministre, toujours selon Sherry Singh, aurait intimidé des cadres de MT après que des employés auraient accordé leur soutien à l’ex-CEO à son départ.

Les seconds couteaux «ki osi pé fer enn dézord inkroyab»

Ils ne détiennent pas nécessairement des qualifications mais sont, d’après Sherry Singh, très actifs et des hommes de main «importants dans le système»

Loveish Ramnochane

Il a cité Loveish Ramnochane, soit l’agent politique et conseiller au PMO qui avait dans une déposition au CCID, fin décembre 2020, démenti avoir une voiture rouge dans laquelle il aurait transporté Soopramanien Kistnen de La Louise à Telfair, le jour de sa disparition.

Jimmy Appadoo

Ensuite, Jimmy Appadoo, le photographe attitré du Premier ministre mais également «grand stratège qui donnerait même un coup de main à écrire des discours», devons-nous apprendre lors du grand déballage.

Hans Puttur

Avant de boucler la boucle avec Hans Puttur, «enn kamarad ki monn bien edé kinn retournn so vess». Celui-ci directeur de l’agence de pub Grey Mauritius et de Happy Frog qui a une dette de Rs 2,5 millions envers la MBC pour l’émission Qui Veut Gagner des Millions, a démenti fournir ses services au Premier ministre dans nos colonnes le 14 juin dernier, est selon Sherry Singh, le chargé de communication de Pravind Jugnauth. Un rôle clairement affiché dans les photos publiées dans l’express où il préside la logistique pour les messages télévisés du PM, alors que le directeur général de la MBC Anooj Ramsurrun semble être au second plan.

Par amour pour Sherry !

Sherry Singh semble avoir bien gâté ses employés de Mauritius Telecom (MT). Une personnalité du gouvernement nous faisait remarquer d’ailleurs, jeudi, que «l’ex-CEO aura fait perdre beaucoup d’argent à MT et par conséquent les dividendes au gouvernement en dépensant trop sur les employés et les évènements». Les syndicats de MT étaient d’ailleurs les premiers à être «loyaux» et ne critiquaient ni la direction, ni Sherry Singh en particulier. Bien au contraire.

Quand ils s’exprimaient à la presse, c’était toujours pour dire tout le bien qu’ils pensent de leur Sherry Singh. Cette façon de faire se démarquait totalement de celles ayant cours avant son arrivée. On se rappellera Raj Ragoonauth, ancien syndicaliste mis hors circuit. Selon nos informations, le «maharaja» de MT accordait généreusement des augmentations et hésitait toujours à sévir dans des cas d’indiscipline. Sauf bien sûr dans le cas de syndicalistes récalcitrants. Résultat : des employés visiblement heureux dont une partie. dit-on, ne font pas grand-chose. D’ailleurs, beaucoup d’opérations ont été externalisés et les employés de MT se retrouvaient avec beaucoup moins de travail, depuis quelques années, toujours selon nos sources. On parle aussi d’une autre générosité envers des employés partis en pré-retraite en touchant leur pactole et ensuite réembauchés sous contrat.

Une direction plutôt soft. Comme on nous l’a fait remarquer. En tout cas, il était «très différent de ses prédécesseurs» dans son approche envers ses employés. Il disait toujours bonjour ou namasté à tous ceux qu’il croisait, peu importe leur poste, diront certains. On avance même qu’il passait tellement de temps à bavarder avec des employés que l’on se demandait s’il n’avait pas assez de travail. Un seul syndicaliste, Sooraj Ray, a montré ouvertement son hostilité envers Sherry Singh, le jour même de son départ. Ce syndicaliste n’a pas manqué de flatter le nouveau membre de la direction, Prakash Maunthrooa.

D’ailleurs, lors de son départ jeudi, nous avons pu recueillir quelques témoignages d’employés qui s’étaient massés devant Telecom Tower à Port-Louis. Azad a parlé d’un CEO qui n’a jamais délaissé son personnel et qui a toujours «amenn boukou fami lakaz dan la zoi» avec des promotions. Il estime que la contribution de Sherry Singh est énorme et que personne ne peut dire le contraire, «Li ti enn dimounn droit et mo bien sagrin.» Alors que d’autres ont soutenu que Sherry était une «fierté pour eux et le pays», ajoutant que lui a toujours été à l’écoute des besoins de la compagnie. «Lui, c’est Sherry Singh», diront-ils à plusieurs reprises. Visiblement, Sherry Singh était lui très ému de son accueil à sa sortie des locaux de la rue Edith Cavell. Son remplaçant sera-t-il aussi apprécié ? Attendons voir...

Dominique Raya, maquilleuse de Sherry Singh : «Je n’ai jamais caché mes revendications contre un système qui ne marche pas»

Son prénom a été cité deux fois dans l’entretien de Sherry Singh à Nawaz Noorbux, sur Radio Plus, vendredi. D’abord, par la ministre Kalpana Koonjoo-Shah qui, en donnant la réplique au CEO démissionnaire de MT, suivant ses allégations contre le chef du gouvernement, Pravind Jugnauth, l’a mentionnée comme une invitée dans la villa de luxe de Sherry Singh.

Puis par Sherry Singh, lui-même, qui l’a présentée comme sa camarade et maquilleuse pour répondre à une question sur sa relation avec Bruneau Laurette.

«Pa avek li (NdlR : Bruneau Laurette), ki mo ena enn relasion. Enn bann zafer ki zot per sé ki mo kamarad avek kompagn Bruneau Laurette ki mo makiyeuz. Par lefet ki li mo makiyeuz li poz problem MSM. Enn fwa enn dimounn vinn dir mwa mo pa kapav frekant enn dimounn koumsa. Mo papa mo mama, mo madam pa dir mwa ki sann-la mo bizin frekante aster bann-la. Mo konn li avan Wakashio. Kan so kompagn ena enn combat mo aret kamarad ek li?», a affirmé Sherry Singh.

Elle, c’est Dominique Raya, créatrice de la gamme de maquillage naturel Raya Cosmétiques. Sollicitée, vendredi soir, elle confirme être, depuis trois ans, la maquilleuse de Sherry Singh mais aussi de son épouse. «Un jour, Karishma Beeharry ( NdlR: chargée de communication à MT) m’a appelée pour mes services. Elle m’a présentée au CEO et par la suite j’ai rencontré madame (Varsha Singh) qui fait beaucoup de travail social dans l’ombre», confie-t-elle. Après un test réussi, démarre alors une «relation purement professionnelle qui dure toujours malgré la démission du CEO puisqu’il ne m’a pas mis à la porte encore», poursuit-elle.

Dominique Raya, qui a maquillé d’autres CEO, mais du privé, est comme elle le dit, «la seule maquilleuse engagée à titre personnel» de Sherry Singh pour toutes ses sorties publiques tout comme pour tous ses shootings pour les magazines et rapports annuels.

Toutefois, Dominique Raya fait ressortir que ceux qui ont retenu ses services savent qu’elle est engagée en politique. «Je n’ai jamais caché mes revendications contre un système qui ne marche pas. Mais, jamais je ne mélange ma vie professionnelle et ma vie politique.»

Elle, qui rappelle venir d’une famille qui s’est toujours intéressée à la politique, s’est jetée dans l’arène, après le naufrage du Wakashio. Compagne de Bruneau Laurette, elle a démarré comme présidente de Linion Sitwayin Morisien. Aujourd’hui, elle est active au sein de Linion Pep Morisien.

Comment a-t-elle réagi en apprenant le départ du no 1 de MT ? «Au départ j’ai été choquée mais je trouve qu’il a bien réfléchi et pris une bonne décision. Sherry Singh est quelqu’un de très bien qui faisait du bon travail. D’ailleurs, on échange beaucoup sur le social».

Celle qui a auparavant opéré dans l’évènementiel aux côtés de son cousin, le chanteur Bruno Raya, a aussi eu un parcours dans l’hôtellerie de luxe en Grèce et en France pendant 12 ans. Elle a notamment travaillé comme Executive Assistant de Grace Hotels avant de regagner Maurice en 2017.

Kalpana Koonjoo-Shah et la leçon d’amitié

Lorsque Kalpana Koonjoo-Shah est intervenue sur le plateau de Radio Plus vendredi pendant l’interview de Sherry Singh, elle a bien précisé que c’était en tant que citoyenne et membre du cabinet qu’elle le faisait, et non comme porte-parole du PMO mandatée par le Premier ministre. Brisant le silence qu’elle a religieusement gardé pendant le défilé de parents des victimes de l’école des sourds à la police pour porter plainte après le scandale d’agressions sexuelles, la ministre de l’Égalité du genre a volé au secours de Pravind Jugnauth. Ignorant les explications de Sherry Singh au début de l’émission sur le fait qu’il n’ait pas porté plainte, la ministre a fait ressortir qu’en cas de malversations, c’est à la police et non sur les radios qu’il faut se rendre. Pour rappel, au début de l’émission, le CEO de Mauritius Telecom a expliqué qu’il n’a pas porté plainte car il n’a reçu que des instructions, mais que l’acte illégal dont il parlait – mettre en place un système de surveillance – ne s’est pas concrétisé.

En 2014, Sherry Singh n’avait pas «a pot to piss in», a poursuivi la ministre. Elle s’est donc demandé d’où il avait amassé assez de biens pour acquérir des propriétés valant des millions et séjourner dans des villas de luxe «avec Dominique et qui d’autre». Par la suite, elle a fait un émouvant discours sur l’amitié, l’amour, l’éthique ; et la députée et ministre néophyte, élue pour la première fois en 2019, a déclaré avec assurance que Pravind Jugnauth est le Premier ministre le plus accessible qu’elle ait connu. La citoyenne Kalpana KoonjooShah a conclu sur une brève histoire du Mahabharat, épopée de la mythologie indienne sur l’amitié et l’ego. Pour l’affaire des enfants victimes d’abus sexuels ou de grossesses précoces révélées récemment et tout autre matière concernant son ministère, il faudra repasser…

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