Hubris

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Dans la Grèce antique, l’hubris se référait aux outrages qui incluaient l’humiliation de ses victimes, le vol de biens publics ou religieux et certaines formes d’attaques sexuelles. L’hubris se voulait être tout à l’avantage et la gratification de son auteur et aux dépens complets de la victime. L’hubris était donc perçu comme un «zero sum game» des puissants.

Dans sa forme plus moderne, l’hubris dénote un excès de confiance, de la présomption, de la suffisance et un manque d’humilité patent. L’archétype plus récent de celui qui se laisse détruire par l’hubris nous est fourni dans le Paradis Perdu de Milton, ou l’ange Lucifer, le pouvoir lui étant totalement monté à la tête, demande aux autres anges de le vénérer. Il finira par être rejeté par ses pairs, en enfer ! On pourrait aussi décrire l’hubris comme la vague d’orgueil qui évacue la raison et qui précède la chute.

«Si le gouvernement n’a pas encore dépensé environ Rs 40 milliards qui se retrouvent dans les Special Funds, ces sommes ne devraient-elles pas être retournées à la BoM illico presto pour éviter à ce même gouvernement de mettre la main à la poche pour recapitaliser la BoM comme il se doit ?»

L’attitude du ministre des Finances et de son gouvernement face au Fonds monétaire international est, à mon sens, de l’hubris. Car nous faisons partie d’un système international et nous avons choisi, depuis longtemps déjà, d’en suivre les règles plutôt que de les défier. Évidemment que suivre les règles comporte des inconvénients. L’Argentine, par exemple, a plusieurs fois cru que l’endettement international n’était pas son problème, mais plutôt celui de ses créanciers. Résultat ? Quand ce pays a besoin d’emprunter pour garder la tête hors de l’eau, on lui fait payer plus cher sur les marchés obligataires, y compris des primes d’assurance. Le président Macri avait peut-être l’oreille attentive de Trump, mais l’Argentine, qui s’est retrouvée dans l’incapacité de repayer ses dettes internationales 9 fois déjà et qui a dû frapper à la porte du FMI 22 fois en tout pour régler l’état de ses caisses, paie toujours le prix de son comportement passé, quel qu’ait pu être le leadership politique à tout moment… Pour illustration, l’Argentine a actuellement un taux directeur de 52,0 %, un taux d’inflation de 51,7 % et vient de rééchelonner 44 milliards de dettes dues au FMI, sur 266 milliards de dette extérieure totale, soit 68 % du PIB de 2020. L’Argentine a pourtant, contrairement à nous, une balance commerciale qui est souvent (et actuellement) positive ! Pour compléter l’équation, il fallait 10 pesos pour un dollar en 2015. Il en faut 123 aujourd’hui ! Quand Macri est arrivé au pouvoir pour mettre de l’ordre à la suite des Péronistes, c’est apparemment par fierté mal placée qu’il n’a pas voulu alors se rapprocher du FMI. Son successeur n’y a pas échappé. Les leaders changent, mais ceux qui paient restent les mêmes, c’est-à-dire les contribuables. Ça n’arrive pas qu’aux autres ! (*)

Notre gouvernement ayant choisi de voter un des 4 programmes fiscaux les plus chers de la planète pour affronter la pandémie (32 % ou 37 % du PIB…) aura, coincé par des endettements déjà lourds et d’autres dépenses promises mais pas couvertes, comme la CSG, choisi de faire la Banque centrale supporter tout le fardeau et ce, malgré certains avis contraires. Après les Rs 18 milliards empruntées lors de la réalisation mal ficelée du groupe BAI, le gouvernement pompait Rs 60 milliards directement à son budget, puis encore Rs 25 milliards via la MIC en décembre 2021. Les règles du FMI et de la BM sont pourtant très claires et elles se n’appliquent non pas seulement au centre du monde qu’est l’île Maurice, mais à tous les pays indistinctement ! La MIC doit donc être la responsabilité directe du gouvernement et les Rs 60 milliards de 2020 ne peuvent pas être toutes comptabilisées comme des dons. Le gouvernement, ministre des Finances en tête, mais avec la BoM en chambre d’écho, défie cependant le FMI, refuse d’obtempérer et croit avoir découvert, contrairement au reste de la planète, une formule ‘magique’ et ‘hors cadre’ pour dépenser encore plus ! Si le gouvernement n’a pas encore dépensé environ Rs 40 milliards qui se retrouvent dans les Special Funds, ces sommes ne devraient-elles pas d’ailleurs être retournées à la BoM, illico presto, pour éviter à ce même gouvernement de mettre la main à la poche pour recapitaliser la BoM comme il se doit ?

«Si le gouvernement n’a pas encore dépensé environ Rs 40 milliards qui se retrouvent dans les Special Funds, ces sommes ne devraient-elles pas être retournées à la BoM illico presto pour éviter à ce même gouvernement de mettre la main à la poche pour recapitaliser la BoM comme il se doit ?»

Défier le FMI, c’est de l’hubris ! Si, à la cadence où nous allons, nous finissons effectivement un jour sur les genoux, avec une inflation en roue libre, un endettement qui dérape – dont surtout la partie en devises – vu la pression continue sur la roupie, si la balance des comptes courants ne retrouve pas son équilibre, que les mesures populistes enflent comme prévisible et que le déficit budgétaire se creuse encore derrière des écrans de fumée ; nous aurons peut-être un jour besoin de l’intervention du FMI pour stabiliser les systèmes et renflouer la confiance ? Qui peut croire que, dans de telles circonstances, il y aura une alternative au FMI et qu’elle pourrait être indienne ou chinoise ou européenne ? La défiance et la suffisance mauricienne passée nous mèneront-elles à une porte de sortie plus facile à enjamber, vous croyez ? Même si les responsables ne sont plus là ? D’ailleurs, à bien voir, ne serait-ce pas logique de prendre sa potion amère dès maintenant plutôt que d’attendre la dernière limite et de se retrouver en chimiothérapie, voire de se faire enlever une partie de son gros intestin ?

Les propos du PM au Parlement à propos des courses hippiques relèvent de l’hubris aussi. Les discussions récentes où le gouvernement croyait pouvoir imposer sa volonté à Emirates relève du même plan mental. Le MSS est-il, selon la formule du PM, un autre ‘État dans l’État’ qu’il faut absolument dénoyauter, sans consultation ? Les exemples de ce genre sont multiples. Serait-il, dès lors, déraisonnable de conclure que plus les patates seront chaudes, plus l’hubris sera de circonstance pour tenter de masquer les faiblesses et de démontrer «ki nou» ?

(*) Si un propriétaire de tabagie, un avocat ou un orthophoniste a besoin d’une licence pour opérer, à quand la licence pour les politiciens ? Et pour bonne mesure, les ministres ne devraient-ils pas accéder à leur poste seulement quand ils auraient souscrit une police d’assurance, style Professional Indemnity Insurance, pour protéger les contribuables contre les conséquences de leurs mauvaises décisions, voire de leurs malversations ?

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