Carburants: l’Inde baisse le prix de l’essence Maurice fait le contraire

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L’Inde a toujours été un modèle pour le gouvernement, mais il ne lui a pas emboîté le pas cette fois-ci. Les dirigeants étrangers ont tous noté que vendre l’essence et le diesel trop cher par rapport aux salaires de leurs citoyens provoque un fort taux d’inflation. Pas ceux de Maurice.

La ministre des Finances indienne, Nirmala Sitharaman, a annoncé pendant le week-end que la taxe sur le prix de l’essence et du diesel allait être réduite par Rs 8 et Rs 6 indiennes respectivement. Cette mesure, explique-t-elle, soulagera les plus vulnérables et ceux de la classe moyenne en dépit du gros manque à gagner que cette baisse occasionnera pour le gouvernement. «Today’s decisions, especially the one relating to a significant drop in petrol and diesel prices will positively impact various sectors, provide relief to our citizens and further ‘Ease of Living’», a ajouté le Premier ministre, Narendra Modi. Cette décision du gouvernement indien est survenue cinq jours après que Pravind Jugnauth a décidé de majorer le litre de l’essence et de diesel, vendu respectivement à Rs 74,10 et Rs 54,55.

Plusieurs pays européens avaient pris la même décision. L’Allemagne baisse le litre d’essence par 30 centimes d’euro et le litre de diesel par 14 centimes à partir du 1er juin. Un spécialiste en produits pétroliers affirme que les dirigeants étrangers ont tous noté que vendre l’essence et le diesel trop cher par rapport aux salaires de leurs citoyens provoque un fort taux d’inflation. «Ils sont conscients que baisser la taxe sur les prix des carburants aura un impact positif sur toute la population, pas uniquement sur les automobilistes. Vendre l’essence trop cher engendre un effet cascade.»

La décision du gouvernement indien a été prise à la veille d’une sortie du Premier ministre, à Triolet, où il a vivement critiqué ses opposants. «L’opposition a l’habitude de comparer, mais elle ne compare pas le prix de l’essence à d’autres pays. En Angleterre, elle est à Rs 88,53. Plus près de chez nous, aux Seychelles, elle est vendue à Rs 80,58. Encore plus près, à La Réunion, elle est à Rs 80,58. L’opposition a l’habitude de comparer avec Singapour. Dans ce pays, l’essence se vend à Rs 96,58.»

L’opposition argue que le salaire minimum est plus élevé dans les pays cités par le Pre- mier ministre. Aux Seychelles, le salaire minimum est d’environ Rs 16 000. De plus, l’opposition affirme que, malgré l’analyse du Premier ministre, Maurice demeure parmi les pays qui vendent l’essence le plus cher au monde. Le député du Parti travailliste (PTr) Ritesh Ramful a fait une comparaison d’après le site Global Petrol Prices, qui répertorie systématiquement le prix du litre d’essence vendu à travers le monde. Dans son dernier rapport, alors que l’essence se vendait toujours à Rs 67,40, l’on note que le litre d’essence à Madagascar est à Rs 44,53, en Afrique du Sud, à Rs 59,12 et Rs 52,62 au Mozambique. Dans d’autres pays africains comme le Bots- wana, le litre d’essence vaut Rs 50,07. Aux Maldives, il coûte Rs 41,07.

Le député du PTr estime qu’avec le litre d’essence à Rs 74,10, Maurice est descendu très bas dans ce tableau et l’essence est aussi chère qu’en Ukraine, où il est à Rs 74,23. «Maurice est parmi les pays où l’essence est la plus chère au monde. Si nous analysons le rapport financier de la State Trading Corporation (STC) sorti en 2020, nous constatons qu’à l’époque où il y avait le confinement, cet organisme a collecté Rs 6,8 milliards pour le gouvernement grâce aux taxes et aux contributions tandis que la consommation était la plus basse. Maintenant, pendant une période où les activités économiques tournent, sans compter que le gouvernement a introduit deux nouveaux items à la structure de prix, soit la contribution pour l’achat des vaccins et le Covid-19 Solidarity Fund et que la taxe sur la valeur ajoutée a augmenté, la STC a dû amasser de Rs 9 à 10 milliards pour le gouvernement. Comme le gouvernement ne peut prendre des emprunts ou puiser l’argent des corps-paraétatiques, il fait de l’argent grâce à l’essence et au diesel.» Ritesh Ramful affirme que le gouvernement doit emboîter le pas de l’Inde en réduisant les taxes et en annulant certaines contributions, pour soulager la population.

Au cours d’une sortie publique durant la semaine, Pravind Jugnauth a expliqué qu’il n’a pas eu d’autre choix que d’approuver cette hausse afin d’empêcher la STC de faire faillite. Hier, lors d’une conférence de presse pour lancer une marque de riz basmati importée par cette société publique, son directeur général, Rajiv Servansingh, a déclaré que la STC perdait Rs 7 sur chaque litre d’essence avant la dernière révision de prix.

Un membre de l’opposition affirme que l’explication du chef du gouvernement et celle du patron de la STC ne tiennent pas. «Si la STC a les caisses vides, ce n’est pas la faute des consommateurs. Le gouvernement a pris l’argent de la STC pour payer Betamax et pour financer le Budget 2021-2022.» Commentant la somme de Rs 7 que l’organisme perdrait sur chaque litre d’essence, ce membre de l’opposition affirme que c’est une «perte artificielle». Pour étayer ses dires, il rappelle qu’avant la dernière hausse de prix, le litre d’essence avec le CIF (cost, insurance and freight) était de Rs 37,20, mais il était vendu aux consommateurs à Rs 67,40. «Donc, la STC vendait l’essence plus chère que le CIF.Ils ne peuvent pas parler de pertes, à moins que tout l’argent payé par les consommateurs soit versé dans les caisses du gouvernement.»

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