À mi-mandat: ces promesses électorales difficiles à tenir

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Le gouvernement avait promis trois forêts endémiques… le compte n’y est pas.

Le gouvernement avait promis trois forêts endémiques… le compte n’y est pas.

Remportant haut la main la joute électorale du 7 novembre 2019, le gouvernement actuel est entré en fonction le 12 novembre de la même année. Et il y a quelques jours, cette alliance gouvernementale est arrivée à mi-mandat. 

Que dire de ces 30 derniers mois en termes de bilan pour ce gouvernement dirigé par Pravind Jugnauth ? Des 15 mesures phares annoncées dans son manifeste électoral, le gouvernement en a encore une bonne demi-douzaine à appliquer. Quelques-unes n’ont pas été mises en oeuvre comme attendu. Il reste au gouvernement deux ans et demi pour exécuter les autres mesures. Elles sont quand même difficiles à appliquer. Il faut tenir compte que quand ce manifeste électoral a été préparé, nul ne savait que le monde entier allait être frappé par cette pandémie qui a évidemment affecté l’économie mauricienne. 

Le gouvernement auraitil fait mieux durant ces 30 derniers mois ? «Il a fait ce qu’il a pu», répond Yvan Martial, journaliste et historien. Il tient à rappeler que le monde entier fait face à deux crises, la pandémie et la guerre en Ukraine, qui déstabilisent l’économie mondiale. Il trouve que le gouvernement a bien géré la crise de la pandémie en sauvant des milliers d’emplois. «Qu’aurait fait l’opposition si elle était à la place du gouvernement ?» se demandet- il. «Bien sûr que c’est facile de critiquer mais il faut venir avec des alternatives crédibles.» 

Sur le plan économique, même si l’endettement est lourd, il estime que les notations des institutions étrangères ne sont pas si mauvaises, à en croire certains économistes. Il est d’opinion qu’il n’y a pas l’unanimité parmi les économistes car chacun interprète à sa façon les indicateurs économiques. «Tout comme c’est le cas pour le port du masque. Des médecins sont pour et d’autres contre.» 

Sur le plan de la démocratie, Yvan Martial est d’opinion qu’il faut bien faire la différence entre les journaux et ce qui se publie sur les réseaux sociaux. «Il y a beaucoup de danger sur les réseaux sociaux. Néanmoins, quand on parle de la liberté de la presse, le média doit reconnaître aussi ses erreurs.» Il a préféré ne pas dire grand-chose sur le déroulement des travaux parlementaires et trouve dommage que ceux qui ne peuvent pas suivre les travaux en direct ne puissent trouver un résumé impartial. «Ce n’est pas à travers le résumé de la MBC qu’on apprendra ce qui s’est réellement passé lors des travaux parlementaires.» 

Pour la deuxième partie du mandat du gouvernement, Yvan Martial estime que l’alliance au pouvoir bénéficiera grandement du métro. «Ce sera nettement en faveur du gouvernement, avec l’entrée en opération de plusieurs lignes.» Il estime que la reprise économique, surtout avec le secteur touristique, l’alliance gouvernementale permettra au gouvernement de s’en sortir. «La majorité gouvernementale est solide comme un roc et je ne vois aucune défection pour les prochains 30 mois.» 

Pour les prochaines législatives, les électeurs ruraux pourront faire pencher la balance vers l’actuelle alliance. D’autant plus que l’opposition peine à s’unir et le problème de leadership reste entier. Yvan Martial n’écarte pas que New Delhi puisse tout changer au niveau électoral. Dans ce cas, le tandem Navin-Pravind pourrait être au pouvoir. Reste à trouver les modalités.

Les mesures phares

● La pension de vieillesse à Rs 9 000 et qui atteindra Rs 13 500 (oui, elle est passée à Rs 9 000 en décembre 2019, mais depuis aucune augmentation. Les Rs 13 500 seront payées à ceux âgés de 65 ans ou plus en 2023).

● Salaire minimum révisé (il l’a été).

● Le rapport du PRB prendra effet à partir de janvier 2020 (non, il a pris effet à partir de janvier 2021).

● Création de 100 000 emplois dans le secteur public et les compagnies privées bénéficieront de mesures fiscales pour favoriser l’emploi des jeunes diplômés (il reste beaucoup à faire par rapport à cette promesse).

● Manuels scolaires gratuits jusqu’au Grade 9 (promesse tenue).

● Police d’assurance pour les membres de la force policière et promotion automatique jusqu’au rang de sergent après 20 ans de service (pas de plan d’assurance et la promotion est partiellement applicable surtout ceux qui comptent beaucoup plus de 20 ans de service).

● Grant de Rs 100 000 aux propriétaires de taxis (c’est fait même si c’est la taxe sur la valeur ajoutée qui a été supprimée jusqu’à une valeur de Rs 100 000 sur l’achat d’un véhicule).

● L’allocation pour les traitements médicaux passera de Rs 800 000 à Rs 1 million (pas encore applicable).

● Suppression de la taxe immobilière municipale (pas encore).

● Combattre le trafic de drogue (il y a combat mais il reste beaucoup à faire).

● Politique de zéro tolérance et de corruption (aux lecteurs d’en juger !).

● Création d’une Land Division à la Cour suprême (mise en application).

●Création de dix parcs de 20 arpents pour des activités de nature et de trois forêts endémiques (beaucoup de terrain à parcourir).

● Politique de zéro plastique jusqu’à 2030 (sur la bonne voie).

● Youth Empowerment Council au PMO (reste beaucoup à accomplir).

Bilan économique à mi-mandat

● Quelques indicateurs économiques mais il faut prendre en considération que pendant deux ans, soit en 2020 et 2021, Maurice a subi l’effet économique du Covid et, depuis fin février, celui de la guerre russo-ukrainienne avec la hausse de prix des matières premières et des carburants :

● La dette publique, à laquelle les spécialistes font toujours référence, est passée de 65,3 % du Produit intérieur brut (PIB) en décembre 2019 à 88,6 % du PIB en mars 2022, une hausse de plus de 35 %. Une nouvelle fois, il faut préciser qu’il y a eu, entre-temps, le passage de la crise pandémique.

● Le taux de chômage, autre indicateur important, était de 6,7 % de la population active en décembre 2019 à 7,9 % de la population active aujourd’hui.

● L’inflation globale qui était de 1 % à la fin de 2019 est passée à 7,7 % aujourd’hui alors que l’inflation en glissement annuel (year-on-year) a atteint 11 % en avril.

● Le déficit du compte courant s’est creusé davantage entre 2019 et 2022, passant de 5,4 % du PIB à plus de 14 % du PIB.

● La roupie a poursuivi sa chute libre, son taux de change se dépréciant de 18 % contre le dollar américain depuis décembre 2019.

● La croissance, qui était de 3 % en 2019, passerait à 6,2 % en 2022, selon les statistiques officielles.

Milan Meetarbhan: «À mi-mandat, il est encore temps de se ressaisir»

Pour l’observateur politique Milan Meetarbhan, même si on est à mi-mandat de la présente législature, le gouvernement MSM est au pouvoir depuis sept ans et le Premier ministre actuel occupe ces fonctions depuis cinq ans. Selon lui, à l’amorce de la dernière partie de son deuxième mandat, le gouvernement compte un certain nombre de mesures sociales, dont l’impact reste quand même à être évalué. «Il a également, dans certains cas, assuré la continuité en maintenant, par exemple, la stratégie de son prédécesseur par rapport aux Chagos.» 

Toutefois, Milan Meetarbhan est d’avis que l’économie se portait déjà mal avant la pandémie et elle n’a cessé de se détériorer avec les secousses externes. Il soutient que la gestion des fonds publics donne lieu à de nombreuses interrogations. «Les institutions sont plus faibles que jamais. Les régulateurs ont abdiqué de leur indépendance. Les scandales se sont succédé à un rythme sans précédent et dans bien des cas, les enquêtes piétinent. Le népotisme et le clanisme, l’opacité dans les allocations de contrats publics, le fonctionnement du Parlement sont autant d’autres facteurs qui ont éclaboussé le régime.» 

Pour notre interlocuteur, les débats sur la motion de censure auraient pu être l’occasion offerte au pouvoir par l’opposition de montrer, tout en dressant le bilan de ce qu’il considère être ses réalisations, «que le gouvernement doit être conscient des dysfonctionnements et de corrections de tir qu’il compte apporter et aussi, dresser les grandes lignes de sa stratégie pour que le pays puisse faire face aux grands défis économiques, sociaux et climatiques à l’horizon». 

Il est d’avis que c’était l’occasion pour le gouvernement de convaincre la population que le pays est entre de bonnes mains et que le gouvernement a un plan de sauvetage solide et crédible. «Mais en fait, il y a eu beaucoup de piques politiques, des règlements de compte et des membres du gouvernement qui se sont autocongratulés.» À mi-mandat, estime Milan Meetarbhan, le régime dispose théoriquement d’un peu plus de deux ans pour qu’il puisse remettre le pays sur les rails. «Je dis théoriquement car des élections peuvent se tenir bien avant. À mi-mandat, il est encore temps de se ressaisir.»

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