Réclamations de Rs 56 millions à l’état: Il passe près de 500 jours en prison pour un produit qui n’est finalement pas de la drogue

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Shah Baaz Choomka, 27 ans, qui voulait passer un moment tranquille, se plaint d’arrestation illégale et de brutalité policière.

Shah Baaz Choomka, 27 ans, qui voulait passer un moment tranquille, se plaint d’arrestation illégale et de brutalité policière.

L’histoire est digne d’une série à rebondissements. Tout commence quand Shah Baaz Choomka, 27 ans rencontre une femme… Comme les deux veulent passer du bon temps en privé, il se rend avec elle dans une guest house, à Trou-aux-Biches, le 13 juin 2020. «Vers 10 h 30 alors que j’étais seul avec elle, on frappe à la porte et comme je trouve cela bizarre, je demande qui c’est. Une femme me répond :‘Misié ouver laport, ounn bliyé pran savonet ek serviet.’ Pourtant, j’avais bien demandé à pas être dérangé et j’avais apporté ma serviette et ma savonnette», raconte Shah Baaz Choomka, qui a servi par le biais de Me Sanjeev Teeluckdharry, une mise en demeure à l’État, au commissaire de police et à deux officiers de l’Anti-Drug and Smuggling Unit (ADSU) pour des dommages. Vous allez comprendre pourquoi…

Quelques secondes plus tard, la porte de la chambre est enfoncée. «Dix individus, certains encagoulés, ont fait irruption dans la chambre et m’ont m’agressé. J’ai reçu plusieurs gifles au visage, de nombreux coups de poing et de pied à la poitrine et au ventre. C’était interminable et j’ai même eu mes lunettes brisées», poursuit cet habitant de Pointe-aux-Piments. «Pendant que j’appelais à l’aide, les individus m’ont indiqué que de la drogue avait été retrouvée dans le sac de la femme qui m’accompagnait. Abasourdi et terrifié, je ne m’attendais pas que ce bon petit moment vire au cauchemar et pour couronner le tout, j’ai été taxé de ‘trafiquant’. Ces hommes m’ont aussi torturé sur mes parties privées à coups de torche électrique.»

Toujours selon ses dires, le pire était à venir. «Ils m’ont plongé la tête dans la cuvette des toilettes et ont tiré la chasse plusieurs fois», déplore le jeune homme, actuellement au chômage. Menotté, l’ex-étudiant de BSc Accounting with Finance, dit avoir été conduit aux Casernes centrales, où il allègue avoir été de nouveau torturé à l’aide d’un taser et une matraque. Il affirme aussi avoir été contraint de chanter une chanson et de faire des bruits bizarres pendant qu’une woman constable filmait la séance lors du trajet au poste. «Les deux officiers de l’ADSU m’ont demandé de les divertir et c’était une situation très humiliante.» Ensuite, il a été placé en cellule où l’un des officiers de l’ADSU l’aurait agressé avec une serpillière pour qu’il ‘avoue’. Forcé de le faire avant sa comparution en cour, les officiers lui auraient dit : «To anvi gagn kout tors ankor ?»

Coup de théâtre !

Traduit devant la Bail and Remand Court (BRC), le 14 juin 2020, sous trois accusations provisoires de ‘trafic de drogue’, pour possession de 48.73g d’héroïne valant Rs 730 950, possession de 49,50g d’amphétamine valant Rs 222, 750 et possession de 9.53g de synthétique valant Rs 29 650, il a aussi comparu, le 15 juin, au tribunal de Pamplemousses. La police avait objecté à sa remise en liberté et il avait transféré à la prison centrale de Beau-Bassin. «C’est après une entrée faite par mon père que j’ai été autorisé à donner ma version des faits où j’ai expliqué que je n’étais pas le propriétaire de la drogue saisie dans le sac de cette femme. C’était à elle de répondre et pas moi», fustige-t-il, ne comprenant pas pourquoi la police l’avait arrêté et pas la femme. La BRC ayant refusé de lui accorder la liberté, Shah Baaz Choomka fait alors appel en Cour suprême, où les juges Maghooa et Lau Yuk Poon, ont réclamé, le 1er mars 2021, que sa motion de remise en liberté soit de nouveau entendue.

Le 24 septembre 2021, le rapport du Forensic Scientific Laboratory sur la drogue saisie se révèle négatif... Il s’agissait, en fait d’une autre substance. La plainte ne précise pas de quel produit il s’agissait. «J’ai passé 467 jours en détention dans des conditions inhumaines et non-hygiéniques. Ma famille et moi sommes stigmatisés et une nouvelle accusation de de possession de drogue a été déposée contre moi en mars cette année,» précise le plaignant qui du coup, réclame des dommages de Rs 56 700 000 aux parties défenderesses. Sollicité sur ces allégations, le Police Press Office cite les faits. «Il a été arrêté après que la drogue dure a été retrouvée en sa possession. C’est sa version contre celle de la femme et il a tous les droits de porter plainte à l’Independent Police Complaints Commission et une enquête peut être initiée. D’ailleurs, pourquoi vient-il avec ces allégations deux ans après les faits ?» se demande le préposé qui compte vérifier les faits de son arrestation, en ajoutant : «Pourquoi ne s’est-il plaint à la magistrature pour brutalité policière alléguée ?»

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