«Dubai Uncovered»: l’opacité du centre financier révélée

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(De g. à dr.) Le ministre Renganaden Padayachy, le ministre Alan Ganoo et Sayukta Roopun, épouse du président de la République, sont allés visiter l’Expo de Dubaï à la mi-mars à la recherche d’investisseurs, a assuré le ministre des Finance.

(De g. à dr.) Le ministre Renganaden Padayachy, le ministre Alan Ganoo et Sayukta Roopun, épouse du président de la République, sont allés visiter l’Expo de Dubaï à la mi-mars à la recherche d’investisseurs, a assuré le ministre des Finance.

Une enquête du journal français «Le Monde» révèle que le centre financier de Dubaï, tant vanté par les autorités mauriciennes, n’attire pas que les grosses fortunes du monde des affaires mais également des gens trempés dans des activités illégales.

Alors que l’Economic Development Board (EDB) a multiplié ces dernières semaines son opération de charme envers Dubaï à la faveur de l’Expo 2020, déroulant le tapis rouge aux potentiels investisseurs séjournant dans le «paradis terrestre», mobilisant d’ailleurs une cohorte de ministres aux frais des contribuables, les réalités sur le terrain de son centre financier donnent une tout autre image. Celle d’une juridiction foncièrement opaque au sein des Émirats arabes unis pour l’argent sale. Comme une récente enquête du quotidien français Le Monde l’a révélé dans son édition du mercredi 4 mai.

L’enquête du Monde porte sur une base de données révélant l’identité de 274 000 propriétaires de 800 000 biens immobiliers situés à Dubaï. Les infos, émanant d’un think tank américain, le Center for Advanced Defense Studies (C4ADS), ont été compilées sur les données cadastrales de 2020 et servant de base à l’enquête connue comme Dubai Uncovered, réunissant une vingtaine de médias internationaux sous la direction du média financier norvégien E24.

En effet, selon Le Monde, la liste des propriétaires immobiliers montre qu’il n’y a pas seulement de grosses pointures du monde des affaires venues jouir du dynamisme économique du petit émirat et de ses largesses fiscales. Mais aussi des personnes impliquées dans des activités criminelles (fraude, corruption, trafic de drogue…), ciblées par des enquêtes judiciaires ou sous le coup de sanctions internationales.

Palm Jumeirah, symbole de l’opulence de Dubaï dont le centre financier attire également de l’argent sale, selon une enquête du «Monde»

Ainsi, sur la base du travail du consortium d’investigation Organized Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP), partenaire de l’enquête, deux responsables politiques russes de haut rang, ciblés par des sanctions internationales, ont pu être identifiés. Il s’agit de puissants richissimes oligarques russes comme Alexandre Borodaï, autoproclamé Premier ministre de la République populaire de Donetsk par les séparatistes prorusses dans le cadre du conflit dans l’est de l’Ukraine. Il a acquis un somptueux appartement dans le complexe résidentiel Grandeur ResidencesMaurya, situé à Palm Jumeirah. Son collègue, le député Roman Liabikhov, possède un appartement de 109 mètres, considéré comme étant plus modeste, évalué à 430 000 dollars.

L’enquête du Monde s’arrête aussi sur le cas de Daniel Kinahan, ex-promoteur de boxe irlandais, soupçonné de trafic de cocaïne et d’appartenance à une organisation criminelle internationale. Il est présenté comme le propriétaire d’un bureau de 115 mètres carrés, situé dans la tour Jumeirah Bay X3, acquis entre le printemps 2017 et janvier 2018.

Refuge pour criminels ?

Sur la liste de Dubai Uncovered d’autres profils ont fait surface, comme le Tchèque Tibor Bokor, directeur exécutif d’une Bourse de cryptomonnaies, sanctionnée par le Trésor américain en 2021, propriétaire de trois appartements à Dubaï, ou encore l’ancien avocat et homme d’affaires slovaque Miroslav Vyboh, recherché pour corruption, qui possède un appartement à 2,7 millions de dollars dans l’émirat

Dubaï est-il en train de devenir un refuge pour criminel ? se demande Le Monde qui cite Tax Justice Network, soulignant que «Dubaï a une approche de la réglementation commerciale et financière, ainsi que de la criminalité financière étrangère, qui consiste à ne pas poser de questions et à ne pas voir le mal». Tandis que pour que pour le gouvernement de Dubaï, «les Émirats arabes unis appliquent un cadre réglementaire clair, qui est conforme aux lois et aux standards internationaux visant à lutter contre la criminalité financière».

Toujours est-il que l’enquête Dubai Uncovered s’appuie sur ses données cadastrales pour évaluer à au moins 146 milliards de dollars la valeur des biens immobiliers détenus par des étrangers à Dubaï. Ce qui représente près du tiers du marché de l’immobilier de cet émirat.

Pour les économistes et autres spécialistes de la finance offshore qui ont analysé ce phénomène, quelque 27 % des biens immobiliers recensés à Dubaï appartiennent à des étrangers, faisant ainsi de cet émirat de 3 885 kilomètres carrés et de 3,3 millions d’habitants, l’un des plus gros centres immobiliers offshore de la planète.

C’est la première fois que nous dis- posons d’informations aussi détaillées sur la richesse immobilière offshore», note, de son côté, M. Zucman, cité dans Le Monde. Il a notamment travaillé par le passé sur les scandales fiscaux des Swiss Leaks ou des Panama Papers. Le risque, souligne le directeur de l’Observatoire de la fiscalité de l’Union européenne, est que l’immobilier à Dubaï remplace le compte en Suisse comme stratégie d’évasion fiscale ou de dissimulation de patrimoine.

L’enquête du Monde rappelle également que certaines nationali­ tés sont surreprésentées parmi les propriétaires immobiliers à Dubaï comme les ressortissants indiens, qui concentrent 20 % du total des biens détenus. Idem pour les ressor­ tissants européens où on relève que 3 256 Français (sportifs, hommes d’affaires, grandes fortunes, etc.), possèdent un peu moins de 5 000 propriétés, d’une valeur moyenne de 400 000 dollars.

Reste à savoir, s’interroge Le Monde, si sur la base de cette fuite de données, l’argent qui a servi à investir a pu être exempté d’impôt en France ou si les biens soumis à l’impôt sur la fortune immobilière ont ou non été déclarés par les résidents fiscaux français.

Une enquête qui donne froid dans le dos, interpellant des observateurs économiques qui aiment comparer Maurice à Dubaï quant à sa politique d’ouverture aux expatriés ou encore à l’EDB et à Mau- ritius Finance qui sont dans une démarche de promouvoir le centre financier de Maurice auprès d’investisseurs étrangers. L’enquête de Dubaï Uncovered a tous les ingrédients pour servir de wake-up call aux autorités mauriciennes.

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