Singes capturés│À Vallée-Pitot: soulagement et grimaces

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La capture de primates à Vallée-Pitot depuis plus d’un mois suscite des interrogations de plusieurs habitants. D’autres parlent de dernier recours car ces animaux étaient devenus une véritable nuisance. De leur côté, les autorités soulignent que cela est tout à fait légal.

Une grosse cage en métal a été mise en place sur un terrain au pied d’une colline à proximité des maisons à Vallée-Pitot. À côté, une tente également aménagée pour le gardien des lieux. Son travail : tirer sur une corde reliée à la porte de la cage, une fois les singes à l’intérieur. Pour appâter les animaux, des cannes à sucre et autres feuillages sont disposés à l’intérieur. «Kouma zot vini lerla la portla ferm lor zot», expliquent ceux qui s’élevent contre cette pratique qu’ils jugent barbare. Ils soutiennent que certains jours, une dizaine de singes sont capturés et emportés par des camions. Ce n’est pas humain, disent-ils. «Bann dimounn vinn aranz lakaz lor montagn apre zot dir ki zako pe deranz zot ? Ce n’est pas normal», se défendent-ils.

Sur place, vendredi, l’on explique que pour cesser cette activité, des organisations internationales comme Action for Primates ont été alertées. «Le poste de police de Vallée-Pitot a été sollicité plusieurs fois, mais ils n’ont pas pu faire grand-chose.» On dénonce également le fait que le nombre de singes en ces lieux diminue drastiquement. Et l’on soutient que l’on craint que bientôt, il n’en reste plus un. «Kan nou vinn la nou abitié trouv plin lor bann pié, lor brans, aster pena mem. Il y a des jours où nous n’apercevons même pas un. C’est un crime.»

Ci-dessus la tente aménagée pour le gardien et ci-dessous la grosse cage où les singes sont capturés.

En revanche, une partie des habitants sont pour la capture de ces animaux. Car ils seraient une nuisance pour les humains, étant en surpopulation en ces lieux. «Ils font énormément de dégâts matériels. Ils abîment les toitures des maisons qui commencent à fuiter en cas de pluie, ils volent dans les maisons, ils sautent sur les fils électriques dans la région et les cassent privant parfois les habitants d’électricité», explique un des ceux exaspérés par la situation. Il renchérit que ce problème ne date pas d’hier mais qu’enfin il y a eu une solution. Selon leurs témoignages, cette cage de la discorde a pu finalement être installée sur les lieux après une demande au ministère de l’Agro-Industrie. «Tout est légal et les personnes qui ne sont pas d’accord ne vivent pas au pied de cette colline, donc ils ne savent pas ce que nous vivons au quotidien. Nou koné ki bann zako la pe et pri en sarz par enn kompagni.»

Ainsi ledit terrain où a été construite la cage appartient à Asgar Ally Beegun. Ce trentenaire, qui habite et possède un terrain agricole à Vallée-Pitot, explique qu’il a fait appel à une firme d’élevage de singes, par le biais du ministère de l’Agro-industrie car les singes lui rendaient la vie impossible. Il déclare que non seulement les singes saccagent les habitations avoisinantes mais ils détruisent aussi ses plantations. «Depuis le dernier confinement, j’ai commencé à faire des plantations et les singes m’ont fait perdre beaucoup. Ils sont de véritables nuisances. Le ministère de l’Agroindustrie nous a donc mis en contact avec Bioculture. Il fallait vraiment trouver une solution. On nous juge mais personne ne sait à quel point c’est devenu invivable ici à cause de ces animaux.»

S’en servir pour la recherche

En effet, c’est Bioculture, la firme d’élevage et d’exportation de singes, qui s’occupe de la capture de singes à Vallée-Pitot. «La capture non létale des singes dans cette région est complètement légale. Cela fait suite à de nombreuses plaintes des habitants des environs. Nous avons donc été contactés pour les capturer», soutient Nada Padayatchy, Operations and Substainability Manager à Bioculture. Les macaques capturés sont ensuite transportés dans le centre d’élevage de Bioculture. Nada Padayatchy explique que 50 % seront utilisés pour l’élevage et 50 % pour l’exportation. En effet, certains laboratoires acceptent des singes capturés dans la nature, qui sont passés par une quarantaine de vétérinaire et une période d’acclimatation dans une firme d’élevage. «Au lieu de les abattre, ce qui est totalement illégal à Maurice, nous nous en servons pour la recherche.»

Il faut savoir que la population de macaques à Maurice ne cesse de s’agrandir, détruisant donc nos forêts et affectant aussi la conservation de la faune et la flore endémiques. C’est pour cette raison que le ministère de l’Agro-industrie et le National Parks and Conservation Service (NPCS) délivrent des permis à des firmes d’élevage et d’exportation de singes à Maurice pour les capturer. Selon une source du ministère, certaines firmes s’occupent de les capturer pour les relâcher ailleurs mais cela ne réglerait pas le problème de surpopulation ; donc les firmes d’élevage ont l’autorisation de s’en servir pour l’élevage et l’exportation. Bruno Julienne, président de la Cyno Breeders Association à Maurice, confie pour sa part qu’il est très facile de faire la différence entre les captures légales et illégales de macaques à Maurice. «Ceux qui ont des permis pour le faire, installent des cages professionnelles et pas les petits pièges en bois.»

Selon certaines sources, il y au- rait des captures illégales de singes pour la consommation ou encore la vente. Cela est punissable par la loi car l’abattage de singes est interdit à Maurice et une personne n’a le droit de soigner qu’un seul singe comme animal domestique, sans chaîne et avec un suivi vétérinaire. Lorsqu’une personne a plus d’un singe, elle est considérée comme un éleveur et doit avoir un permis de la NPCS.

Tamarind Falls : «Action for Primates» tire la sonnette d’alarme

Dans une vidéo publiée le 11 mars, l’ONG internationale «Action for Primates» a tenu à dénoncer la capture de macaques à longue queue dans des cages artisanales à Tamarind Falls. Elle demande aux autorités de prendre les actions nécessaires pour les protéger. Elle souligne qu’à Maurice, les singes ne sont pas protégés. Ils sont piégés pour de nombreuses raisons, notamment pour être mangés ou gardés comme animaux de compagnie ou exportés vers des laboratoires ou utilisés pour l’élevage et leur progéniture exportée, ou ils sont simplement tués parce qu’ils sont considérés comme une nuisance.

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