Dr Vasantrao Gujadhur: «La seule solution est un ‘lockdown’»

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Quel est votre bilan de la pandémie ? Quand atteindrons-nous le pic ?

C’est encore tôt pour le dire car des cas sont recensés et il n’y a aucune restriction proprement dite, si ce n’est redire l’importance du port du masque et du gel hydroalcoolique, de la distanciation physique et d’éviter la foule. Sans restriction, le virus continuera de circuler. Les gens sont partout. Fin novembre et demain, ce sera le Black Friday, beaucoup auront déjà reçu leur bonus, imaginez la foule. On dit aux gens d’aller travailler. Qui sont ceux qui empruntent les transports en commun et les taxis ? Y a-t-il un contrôle des food courts et supermarchés ?

N’avons-nous pas atteint l’immunité collective ?

Je le répète sans cesse, l’immunité collective n’existe pas. Le gouvernement l’avait évaluée à 60 % quand le vaccin n’est pas efficace à 100 %. Le vaccin ne vous empêchera pas d’être infecté ou de transmettre le virus aux autres. Selon les chiffres, au 21 novembre, 882 240 personnes avaient reçu leur deuxième dose alors que 916 308 en étaient à leur première. Ceux qui ont un schéma vaccinal complet représentent 68 % d’une population de 1,3 million. 98 % de la population adulte est vaccinée mais des cas ont été recensés. L’efficacité des vaccins s’amenuise avec le temps. J’avais dit de vacciner un maximum de personnes ino- culables. À Singapour, par exemple, 80-85 % de la population est déjà vaccinée, y compris les jeunes de 12-15 ans. À Maurice, seuls 67-68 % de la population l’est. Ce n’est que maintenant que nous parlons de vacciner les enfants.

 Demander de l’oxygène à La Réunion. N’est-ce pas le témoignage d’une situation critique ? S’agit-il vraiment d’une préparation ?

Non, ce n’en est pas une. Les 750 lits dans les hôpitaux ne sont plus disponibles. 90 % des hôpitaux sont remplis de personnes symptomatiques avec des comorbidités. La consommation d’oxygène est énorme. Pourquoi le CGSBarracuda est allé deux fois à La Réunion pour récupérer de l’oxygène ? C’est parce que notre consommation a augmenté. Les producteurs locaux n’arrivent plus à répondre à la demande. La lettre du ministère disait clairement qu’il y avait urgence et que 20 tonnes d’oxygène étaient indispensables pour une consommation de deux jours. Nous sommes dans une situation critique. La députée réunionnaise (NdlR: Nadia Ramassamy) dans une lettre au Premier ministre français, Jean Castex, a tiré la sonnette d’alarme sur la situation critique à Maurice. Il y a un épuisement des ressources.

 Quel est le besoin quotidien en oxygène d’un patient positif ?

Cela dépend de la gravité de la maladie. Les besoins varient de cinq à 40 litres par minute. Cela dépend de l’état de ses poumons. S’ils sont affectés, la consommation en oxygène sera beaucoup plus importante.

 Demander du personnel spécialisé de La Réunion, cela indique-t-il que nous n’avons pas suffisamment de spécialistes à Maurice ?

On demande des spécialistes en réanimation. Mais n’y a-t-il pas eu de formation depuis un an ? Le personnel de réanimation n’a-t-il pas été formé ? Dans la lettre, le ministère recherche un réanimateur et une infirmière senior pour appuyer l’équipe de l’hôpital ENT et effectuer un audit des pratiques. Qu’est-ce qui a été fait depuis ? Le décès de ces 25-30 patients au quotidien est-il justifié ? Cette lettre démontre que la situation est très grave. Les indicateurs sont nombreux. Il y a une pression sur la Santé, le personnel médical est débordé. Certains sont contaminés, d’autres décédés. Il y a un manque de personnel. Les vacation leaves sont annulés par manque de staff. Il n’y a pas assez de personnel à laDomiciliary Monitoring Unit. Ils sont dépassés. 90 % des lits dans les hôpitaux sont occupés. Les lits en soins intensifs sont remplis. Plus de place dans les hôpitaux régionaux. Dans l’ICU d’un hôpital, patients positifs et négatifs sont mélangés. Le nombre de décès augmente. Il n’y a pas assez de transport. Il faut attendre deux jours pour qu’un corps soit transporté au cimetière. Il y a trop de cas positifs, la consommation d’oxygène double, voire triple. Il y a un manque de respirateurs. Nous en avons une centaine. Nous avons fait une demande auprès de La Réunion.

 Quid des tests ?

Les résultats des tests antigéniques ne sont pas communiqués. Seuls ceux des tests PCR le sont. Les chiffres varient. Certains jours, on recense 195 personnes. 97, lundi. Parfois, 138, 139 ou encore 167. Si les gens ne se font pas dépister, il y aura moins de tests. Le nombre de tests PCR positifs reflète-t-il vraiment la situation à Maurice ? Non. Les gens doivent se faire dépister. Il n’existe aucune surveillance active. Maurice compte 350 pharmacies. Si chacune d'elles effectue 20 tests par jour, cela fait 7 000 tests. Si 10 % sont positifs, cela représente 700 personnes. Combien diront qu’ils sont positifs ? Six à sept compagnies importent des kits de test du Covid. L’un d’eux en a importé 100 000. Ils ont tous été vendus en dix jours. Notre taux de positivité est au-delà de 20 %. Ce qui signifie que le virus circule beaucoup. Pour qu’une épidémie soit sous contrôle, il doit être en dessous de 5 %.

Pensez-vous que les transports en commun sont de grands foyers de contamination ?

Le Premier ministre dit qu’il faut casser la chaîne de transmission. Comment se protège-t-on dans le bus ? Comment respecter la distance quand le bus est bondé ? Mais il ne s’agit pas uniquement des bus; les supermarchés et les lieux de travail sont aussi des foyers de contamination. 1 500 personnes s’auto-isolent chaque jour. Au bout de 10 jours, ils représentent 15 000 cas. Combien restent chez eux durant cette période ? 98 % des jeunes sont asymptomatiques. Pouvez-vous les contrôler ? Qui supervise ? Y a-t-il des restrictions sur la route ? Tout le monde est libre de sortir. Beaucoup d’employés empruntent le bus. Les Health Care Assistants qui travaillent dans les salles de Covid voyagent par le bus. N’y a-t-il pas de risque dans les bus ? Le gouvernement peut-il me garantir qu’en sortant de chez moi, malgré toutes les précautions que je prends, je ne serais pas contaminé. L’OMS indique que notre niveau de contamination dans la communauté est de 4, soit très élevé .

 Pourtant, le Premier ministre ne veut pas de «lockdown». «Pas enn badinaz», selon lui. Maintenezvous qu’il en faut un ?

L’OMS et tous les indicateurs indiquent qu’à un niveau 4, réduire la transmission dans la communauté est challenging. Il faut une restriction de mouvement strict et réduire les rencontres entre individus. On doit trouver le juste milieu entre l’économie et la santé. De quelle économie parle-t-on quand tous les secteurs travaillent au ralenti ? Les employés vont travailler avec la peur au ventre, beaucoup sont décédés. Pourront-ils être plus productifs ? Le gouvernement met l’accent sur le tourisme alors que nous faisons face à une hécatombe. Nous nous retrouvons avec des orphelins, des veufs, des veuves... Il y a même eu deux décès dans une maison. Nous sommes en état de guerre. La seule solution est un lockdown pour deux semaines. Nous pourrons ainsi contrôler le virus. Nous ne pouvons vivre avec le virus que s’il est sous contrôle et que le taux de positivité descend en dessous de 5 %. Avec ce genre de risque, on ne peut vivre avec le virus.

 Pensez-vous qu’un retour à l’ordre alphabétique dans les supermarchés soit impératif, la période des fêtes approchant ?

Le variant Delta circule dans le pays. Son taux de transmission est élevé. Avant d’instaurer les sorties par ordre alphabétique, il faut un lockdown. Il faut restreindre ces endroits aux moins de 18 ans, à ceux âgés de plus de 60 ans et ensuite instaurer l’ordre alphabétique. Il y aura moins de monde en circulation. Il faudra également limiter le nombre de WAP aux services essentiels. Pas 600 000 WAP.

 Devons-nous nous attendre au pire dans les prochains jours ?

Les cas sont en hausse. Il n’y a pas de tendance bais- sière. Le nombre de cas par PCR est en baisse car les tests ne sont pas faits comme il faut. Le ministre de la Santé a indiqué 20 372 cas depuis mars 2021. Du 1er octobre au 14 novembre, il y a eu 35 904 cas après de tests antigéniques. Lundi, il y a eu 20 469 cas après des tests PCR. L’OMS a indiqué qu’il faut comptabiliser les deux résultats, soit 56 373 cas. Combien de personnes sont guéries ? On ne nous donne pas les chiffres réels. On nous montre des chiffres artificiels pour nous dire que tout va bien. Je le redis : sel solisyon pa vaksinasion mé lockdown.

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