Le Dr Rajah Madhewoo, soldat des droits humains, perd la guerre contre le Covid-19

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«Tou sa malad Covid monn soigné zot inn byen, mwa mo pa pé byen». Ces propos du Dr Mahajarah Madhewoo résonnent encore dans la tête de son ami Soobash Hurree.

Également travailleur social, il a été aux côtés de celui qui était plus connu comme Rajah ou "dokter" pendant ses derniers instants. 
Soobash Hurree que nous avons joint au téléphone ce jeudi 25 novembre confie que le Dr Rajah Madhewoo traînait une toux depuis deux semaines et qu'il se soignait sur les conseils d'un de ses amis médecins. 

«Un test PCR a trouvé qu'il était positif. Ses amis et ses proches ont insisté pour qu'il aille à l'hôpital mais il refusait toujours. D'abord, il en garde un mauvais souvenir puis il disait garder de la place pour les autres malades», raconte Soobash Hurree. 
Mercredi de la semaine dernière, c'est inconscient que le Dr Madhewoo a été transporté par trois de ses amis à l'hôpital Wellkin. 
«Nous avons appelé avant d'aller à Wellkin et on nous a dit de l'emmener pour constater son état de santé. Sur place, on a testé son taux d'oxygène qui était entre 32 et 34. Sauf que le médecin qui l'a ausculté nous a répondu sur un ton autoritaire qu'il n'y avait pas de place. J'ai insisté. Après coup, il nous dit de mettre notre hasard et de le conduire au plus vite à l'hôpital  A. G Jeetoo qui est le plus proche», relate notre interlocuteur. 

À l'hôpital, le Dr Madhewoo a été tout de suite pris en charge aux urgences où on lui a administré de l'oxygène. En un quart d'heure, son taux est passé de 38 à 75. 

Toutefois, au moment de son admission, il n'y avait pas de place à l'unité des soins intensifs.
«J'ai appelé un ami et c'est après le décès d'un patient qu'un lit s'est finalement libéré à l'ICU. Nous avons appris que le soir, le taux d'oxygène de "dokter" était monté jusqu'à 90 mais le médecin qui le suivait nous avait dit que ses poumons ne fonctionnaient plus normalement. Vendredi, "dokter" a été transféré dans une salle Covid», poursuit Soobash Hurree. 

Mardi, soit la veille du décès du Dr Madhewoo, le personnel soignant a changé son traitement «car celui administré depuis son admission n'a pas fonctionné». 

Ce même jour, le Dr Madhewoo a eu des complications de santé et a dû être intubé. 

Il s'est éteint en début de soirée hier, mercredi 24 novembre, une semaine après son hospitalisation. Il était âgé de 67 ans. 

«Parey kouma mwa "dokter" pa ti vaksiné. Li pa ti kont vaksin mé li ti kont Consent Form ek a koz vaksin touzour experimental. Si li ti aksepté al lopital ou klinik boner li ti pou korek», souligne, éprouvé, Soobash Hurree. 

Le Dr Rajah Madhewoo, 67 ans, est un des activistes ayant farouchement milité contre les conditions exigées pour l’obtention de la carte biométrique.

Peu après son décès hier, plusieurs de ses amis ont rendu hommage au vaillant soldat sur les réseaux sociaux. 
Ses funérailles devraient se tenir en fin de week-end au retour de son fils de l'Angleterre. 

Le Dr Rajah Madhewoo n’a pas eu la vie facile. Ayant émigré au Royaume-Uni, il y a vécu 35 ans. La vie ne l’a pas toujours gâté. Dans une interview à l’express en 2017, lorsqu’il avait eu une amende de Rs 100 000 pour refus de fournir ses empreintes digitales en vue de retirer sa carte biométrique, il avait confié qu’entre 1997 et 2009, il avait été obligé d’endosser la veste d’une mère, en sus de la sienne, car sa femme était morte deux mois avant la date prévue pour l’accouchement de leur fils et il avait dû alimenter le nourrisson à la seringue. Il s’était par la suite remarié et sa seconde femme et lui avaient élevé trois enfants. Rajah Madhewoo, psychologue de formation, qui avait regagné Maurice dans le but d’aider gratuitement ses compatriotes, trouvait que les Mauriciens avaient tendance à considérer les politiciens comme des Dieux. C’est pour cette raison qu’il aspirait à s’engager en politique pour faire la différence. Il s’est opposé à la carte biométrique avec acharnement, allant jusqu’à saisir le Human Rights Committee des Nations unies pour obtenir un avis. Il a d’ailleurs obtenu gain de cause le 21 juillet dernier. Ce comité a conclu que la National Identity Card Act était une violation du droit à la vie privée des Mauriciens. Cet homme, qui ne baissait jamais les bras et qui admirait «a Reine des bandits» et politicienne indienne Phoolan Devi, parce qu’elle s’était battue pour ses droits jusqu’à la mort, a malheureusement passé l’arme à gauche, mercredi soir.

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