Un gouvernement qui dépense encore… … sans emprunter ?

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Le Premier ministre, annonçant la mise en œuvre du PRB dans sa totalité la semaine dernière, choisissait cependant de ne pas suivre une seule des recommandations faites. En effet, le rapport du PRB avait préconisé de payer les arrérages à partir de janvier 2021 en deux tranches plutôt qu’en une seule fois. Les rédacteurs du PRB, qui sont tenus à prendre en compte la «capacity to pay» du gouvernement, avaient cru cela raisonnable. Le gouvernement, bravache, y a fait fi. Mieux, il souligne qu’il ne lui faut même pas emprunter pour payer, ni les Rs 6,5 milliards du départ, ni les Rs 4,3 milliards additionnelles qui vont désormais s’ensuivre chaque année.

Comme message de ‘normalité’, on ne peut faire mieux, le gouvernement disant, ce faisant, que même après le ‘trou’ additionnel qui sera causé par la CSG (*) ; que même après le WAS et les autres coûts de la pandémie, que même après Betamax (Rs 5,7 milliards) et Air Mauritius (Rs 12 milliards) ; que même après le paiement de la pension universelle à Rs 9 000, alors que Rs 6 710 étaient tout ce que le ministre des Finances en selle en 2019 avait trouvé supportable pour son Budget, à la veille des élections ; tout semble être pour le mieux : on paiera donc en une tranche et on n’empruntera pas ! Alléluia !

«On semble jouer au sourd, mais il faut quand même réaliser que nous n’aurons plus le choix si nous sommes, demain, poussés vers les comptoirs du FMI !»

En fait, la pandémie a été une occasion en or pour le gouvernement de masquer certaines vérités. Personne ne peut dire comment le Budget 2020-21 aurait résorbé, entre autres, la promesse électorale gagnante de Rs 9 000 de pension, alors qu’il fallait encore prendre compte du plafond de 60 % du PIB sous le Public Debt Management Act, mais la Covid-19 ouvrait la voie au Quarantine Act, à la disparition du plafonnement de la dette publique, à des ajustements permettant l’utilisation du Special Reserve Fund de la Banque centrale dans une opération de Rs 60 milliards certifiée «one-off» et à la création de Special Funds qui se montaient cumulativement à Rs 35 milliards au 30 juin 2021. Ce faisant, l’endettement national passait de 60 % à 100 % du PIB ! Or, 40 % du PIB de 2019, c’est Rs 200 milliards de DÉJÀ empruntées, desquelles on a fait les dépenses nécessaires post-Wakashio et celles découlant des lockdowns, tels le WAS et le SEAS ; ainsi que les dépenses bien moins nécessaires de Betamax, de Pack & Blister, de pensions électoralement généreuses, de Liverpool, d’Air Mauritius, nous menant jusqu’aux dépenses actuelles du PRB…

Dans un document méticuleusement ancré dans les faits et les chiffres, M. Sushil Khushiram, économiste averti, démontre, la semaine dernière dans l’Express, combien nous prenons des risques avec un endettement national qui n’est soutenable qu’à l’hypothèse que les taux d’intérêt restent éternellement bas, qu’il n’y ait plus jamais de chocs fiscaux pour le pays après cette pandémie et que la glissade de la roupie et l’inflation ne viennent pas corser l’addition.

En effet, comparé à nos pairs Baa, selon l’annotation de Moody’s, la moyenne d’endettement de ces pays et gouvernements par rapport au PIB était de 54 % en 2020 et était projeté de progresser à 58 % en 2022. Maurice en était déjà à 90 % à juin 2021 ! Pour l’endettement public, qui comprend les entreprises paragouvernementales, on en était à 99 % du PIB ! Il faut noter que ces chiffres précèdent la récente dépréciation matérielle de la roupie (**), ce qui va gonfler nos endettements en devises, que l’on a pendant longtemps maintenus au strict minimum, mais que l’on a un peu laissés filer plus récemment (Inde, AFD, Japon, Chine, BAD, entre autres) pour leur apport en devises.

Rappelons-nous que le FMI ne voit pas d’un bon œil le maintien de la MIC sous la responsabilité de la Banque centrale et qu’elle en souhaite une prise en main dans le budget gouvernemental. Pour le moment, on semble jouer au sourd, mais il faut quand même réaliser que nous n’aurons plus le choix si nous sommes, demain, poussés vers les comptoirs du FMI ! Il est vrai que pour le moment, nous n’avons consommé qu’environ le quart des Rs 80 milliards mobilisées, mais c’est encore un peu plus que 4 % du PIB estimé pour 2021. Il faut aussi noter que toute la stratégie du gouvernement pour faire éventuellement baisser le ratio de l’endettement national dépend d’un taux de croissance des plus optimistes et plutôt improbable de 9 % en 2021-22, 6 % en 2022-23 et encore 6 % en 2023-24 et qu’il reste, de plus, la question de renflouer d’immenses déficits sur des fonds de pension de certains corps paraétatiques qui n’auront pas encore fait le nécessaire pour remplacer et/ou compenser les Defined benefit schemes par des Defined contribution schemes. Espérons que les transfusions monétaires vers Air Mauritius ou la NIC ou la WMA sont terminées…

Au-delà de ces risques réels de taux d’endettement encore plus élevés, il faut aussi se dire que les finances publiques n’ont plus de marge de manœuvre pour le moindre ‘macadam’ d’une certaine taille. Un nouveau lockdown est impossible à envisager (ce qui pose d’ailleurs la question pertinente suivante : Était-il donc vraiment judicieux d’assumer autant de coûts avec 18 mois de fermeture de l’aéroport et du tourisme si, de toute façon, il nous faudra maintenant ‘vivre avec’ la Covid-19 ?). Autrement dit : aurions-nous mieux fait de faire comme les Maldives et les Seychelles, plutôt que la Nouvelle-Zélande puisque le ‘zéro-Covid’ est, à la fin, impossible à garantir ? N’évoquons même pas une nouvelle pandémie d’un autre virus, un nouveau scandale qui ferait saigner l’offshore en notre défaveur, un mauvais cyclone paralysant ou une détérioration de la situation sociale qui mènerait à l’explosion et à une nouvelle tétanisation de l’économie…

«Il faut rapidement des réformes structurelles, de la consolidation fiscale, maîtriser les dépenses, réduire le gaspillage, renverser les tendances sur le népotisme et la corruption, injecter de la rigueur et de la discipline, ranimer la productivité et l’efficacité de nos services, parler le langage de la vérité et de l’effort partagé»

«Gouverner, c’est prévoir !», disait-on avant le coronavirus.

Si c’est encore le cas, je rejoins évidemment la conclusion de M. Khushiram. Il faut rapidement des réformes structurelles, de la consolidation fiscale, maîtriser les dépenses, réduire le gaspillage, renverser les tendances sur le népotisme et la corruption, injecter de la rigueur et de la discipline, ranimer la productivité et l’efficacité de nos services, parler le langage de la vérité et de l’effort partagé. Il faut se recréer des marges de manœuvre, quoi !

Alternativement, on pourrait continuer avec notre approche de ‘normalité retrouvée’ et repousser les questions difficiles à… après-demain. Aux risques et périls de ceux qui vont nous suivre et à qui on va alors devoir, au minimum, de très sérieuses explications…

(*) Par contre, pour les budgets jusqu’en 2023, veille des prochaines élections, l’État encaisse les contributions CSG, sans payer quoi que ce soit ; les Rs 4 500 surgissant à partir de 2023/24.

(**) De janvier 2020 à ce jour, le dollar américain passe de 36,87 à 43,05 (-16,8 % !). Pour un euro, il fallait 41,16 en janvier 2020 et 50,04 maintenant (- 21,6 % !). Pour les importations, on va en baver. Profiterons-nous au niveau des exportations ?

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