Pêche en eau profonde: le projet du gouvernement d’inviter des compagnies étrangères intrigue

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Judex Rampaul confirme qu’il ne reste pas beaucoup de poissons dans nos eaux.

Judex Rampaul confirme qu’il ne reste pas beaucoup de poissons dans nos eaux.

Après nos lagons, nos îles éloignées, le gouvernement veut-il autoriser les compagnies étrangères à prendre tout ce qui reste ? Au fait, ce projet est-il destiné à la pêche ?

Selon le site de l’IFREMER, la pêche en eau profonde ou demersal fishing concerne la prise d’«espèces démersales vivant au-dessus du fond. Ces espèces sont très mobiles mais très dépendantes du fond d’où elles tirent leur nourriture. Parmi elles, on trouve la dorade, le merlu, le merlan, la morue». Dans notre Zone économique exclusive (ZEE), on peut trouver, selon le président de l’Association des pêcheurs de Maurice, Judex Rampaul : Berry, Capitaine, Vielle, Vacoas, Sacré-Chien mais aussi langoustes, poulpes, seiches et calmars.

Or, un expert en pêche que nous avons contacté dit ne pas comprendre comment le communiqué du Conseil des ministres peut parler des poissons démersaux pêchés dans des «lagoon, shallow waters», alors qu’ils se trouvent en eau profonde. Ce qui est pour lui contradictoire. «Qui est cette personne qui a conseillé le ministre de la Pêche ?» voudrait-il savoir.

Bien qu’il soit d’accord que l’on puisse trouver des poissons démersaux sur les fishing bank, il affirme «qu’ils ne sont pas en quantité suffisante pour son exploitation commerciale, que ce soit à Agalega, St-Brandon, Nazareth ou Saya de Malha !» Si cette pêche commerciale est autorisée, «quel genre de techniques sera utilisé ?» s’interroge notre interlocuteur, car les techniques normalement en usage pour ce genre de pêche ne sont pas respectueuses de l’environnement et causent beaucoup de dégâts en raclant les fonds marins et sont responsables de prises accessoires (bycatch). «Ces techniques ne sont normalement pas autorisées par notre Fishing Act», affirme-t-il.

Pêche aux sous-marins

Pas de poissons en quantité suffisante, pas de démersaux dans les lagons et eaux peu profondes. Mais que nous cache-t-on derrière ce projet ? Notre expert se demande s’il n’y a pas un agenda caché derrière ce projet. Lequel ? lui avons-nous de- mandé, inquiets. «S’il n’y a pas suffisamment de poissons à prendre, les compagnies étrangères qui décrocheront ces permis ne les utiliseraient-elles pas pour surveiller des sous-marins ou autres choses ?» s’interroge-t-il en guise de réponse.

Judex Rampaul confirme : il ne reste plus beaucoup de poissons dans nos eaux. Et mis en concurrence avec des compagnies de pêche internationales, nos compagnies locales pourraient se retrouver hors de la course. Est-ce pour autre chose que cet appel à manifestation d’intérêts a été lancé ? «Tout est possible dans ce pays.»

Son association compte bientôt parler plus longuement de ce projet du gouvernement sur la pêche démersale mais aussi au sujet des opérateurs étrangers qui pillent selon lui nos ressources. Cela, alors que le gouvernement n’aide pas les pêcheurs locaux. «Sur 1200 pêcheurs locaux dans les années 90, il ne reste qu’une centaine. Et l’École des Pêcheurs qui ne fonctionnent pas comme il faut…»

Sylvio Michel, ancien ministre de la Pêche, rejoint Judex Rampaul. Il regrette que notre stock de poissons s’amenuise de jour en jour.

On noie le poisson

Pour Fabrice David, député du Parti travailliste, en charge du dossier de l’économie bleue, les lagons mauriciens ainsi que nos eaux peu profondes doivent être réservés uniquement aux pêcheurs mauriciens. En ce qui concerne nos 2,3 millions de km2 de ZEE, «son exploitation doit en priorité être donnée aux bateaux de pêche et aux pêcheurs locaux. Ces derniers doivent être formés, équipés et accompagnés par le gouvernement pour développer notre industrie de la pêche et notre économie bleue.»

Au sujet de la décision du Conseil des ministres du 8 octobre de lancer une Expression of Interest ouverte aux entreprises internationales, il pose les questions suivantes : Y a-t-il eu une évaluation des ressources en poissons face à la capacité de pêche mauricienne et dans un contexte de changement climatique qui menace la durabilité des stocks de poissons ? Com- bien de licences d’exploitation sont prévues pour les entreprises de pêche étrangères et avec quels quotas ? Comment et avec quels moyens se feront les contrôles sur la pêche des opérateurs étrangers dans notre ZEE ? Comment le gouvernement mauricien compte-t-il garantir que tous les poissons pêchés dans notre ZEE seront débarqués à Port-Louis pour être «processed» localement ? «Je demande au ministre de la Pêche de rendre publics les conditions et les détails de ce projet sans chercher à noyer le poisson !»

Raj Kishore Bunjun, le secrétaire permanent au ministère de la Pêche, n’est pas revenu vers nous. Ni le ministre de la Pêche, Sudhir Maudhoo.

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