Se préparer à danser la valse de l’inflation…

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Avec l’envolée des prix de l’énergie tout comme ceux des métaux, des matières premières agricoles ou du fret maritime à l’échelle mondiale, les appréhensions d’une résurgence inflationniste sont aujourd’hui bien réelles. Certains experts parlent même d’un grand retour avec plus de 5 % aux États-Unis, où le taux a navigué à 2 % pendant des années, 4 % en Europe et plus de 3 % en Asie. Une situation qui pourrait affecter Maurice, avec un taux de 5,4 % enregistré le mois dernier contre 2,6 % en septembre 2020. Faut-il tirer la sonnette d’alarme ou relativiser ce phénomène ?

Pour le moment, les banques centrales, tout comme les analystes financiers, sont divisés sur le choc inflationniste. Sera-t-il transitoire ou est-il condamné à perdurer et à résister ainsi aux pressions d’un durcissement de la politique monétaire si la menace inflationniste persiste ? Sameer Sharma, consultant à la Bank of America et ex-haut cadre de la Banque de Maurice (BoM), affecté jadis à la gestion des réserves, pousse la réflexion plus loin et s’interroge sur les raisons de cette poussée inflationniste. «À long terme, la principale raison justifiant cette tendance haussière de l’inflation, contrairement aux 20 dernières années, s’explique par le fait qu’il y a une masse d’argent qui a été imprimée mondialement dans le sillage de la pandémie mais aussi des dettes qui devraient être monétisées.»

Mais il y a mieux : les banques centrales mondiales n’éprouvent aucune crainte de dépasser les objectifs fixés en termes d’inflation, ce qui signifie, dit-il, qu’elles sont plus accommodantes aujourd’hui qu’elles ne l’étaient auparavant sur la politique monétaire à adopter. Par conséquent, les attentes du marché conduiront inexorablement à une inflation plus élevée. «Dans certains cas, je m’attends à ce que l’inflation mondiale soit entre 1 % et 1,5 % supérieure à son taux des deux dernières décennies», ajoute Sameer Sharma.

Son analyse rejoint celle d’Imrith Ramtohul, consultant en investissements. «Si on s’appuie sur les prévisions de l’OCDE, on peut affirmer que l’inflation continuera à grimper durant les deux prochaines années. Le Covid-19 aura été le déclencheur de ce phénomène, provoquant des pénuries de matières premières et entraînant un renchérissement des cours.» Il cite à cet effet le S&P GSCI Index, indice analysant les marchés des matières premières, qui a augmenté de 60 % (en dollars) au 30 septembre 2021. Idem pour le prix du pétrole qui a littéralement explosé, plus de 92 % pour la même période.

Politique monétaire

À Maurice, le renvoi de la réunion du 6 octobre du Comité de politique monétaire de la BoM, un parmi tant d’autres ces derniers mois, est loin d’envoyer des signaux positifs à la communauté des affaires, encore moins à l’ensemble des stakeholders du pays. D’autant plus que la BoM a pour mandat d’assurer la stabilité des prix tout en luttant contre les dérapages inflationnistes, généralement qualifiés de néfastes pour le portemonnaie des économiquement faibles. D’ailleurs, le gouverneur, Harvesh Seegolam, ne voit pas l’urgence d’un changement de politique monétaire face aux risques inflationnistes, soutenant à l’agence Bloomberg en août, que la position accommodante de la banque sera maintenue aussi longtemps que cela sera nécessaire à l’économie. «Any normalization will take place when we have concrete data to show that economic activities have picked up in a significant and sustainable manner, and have gained momentum for the medium-term.»

Sameer Sharma se demande si la BoM a un vrai cadre quantitatif de politique monétaire pour s’attaquer aux problématiques de l’inflation. Il note que ce n’est malheureusement pas le cas, l’institution n’ayant pas «de régime de ciblage quantifiable pour l’inflation, pour le taux de change comme pour la politique monétaire». Mais au-delà, il trouve que Maurice est engagé dans un processus de désendettement qui durera neuf à dix ans et que, compte tenu du niveau d’endettement élevé tant du gouvernement que du privé, il faudra accepter des taux élevés d’inflation. «Nous ne faisons rien pour encourager les entreprises à avoir recours au marché boursier pour se recapitaliser. Il est évident que quelqu’un doit mettre la main à la poche car il n’y a pas de free lunch», analyse le consultant de la Bank of America. Il plaide dans la foulée pour une roupie faible. «Nous devons permettre aux revenus gouvernementaux en roupies et ceux du privé d’augmenter pour permettre la monétisation de leurs dettes. Cette notion, qu’on appelle debt trap, sera en conflit avec tout cadre que la BoM souhaiterait mettre en place pour juguler l’inflation.»

Pour autant, certains spécialistes ne voient pas l’inflation dépasser les deux chiffres à court et moyen termes. Elle pourrait osciller entre 5 % à 7 %, explique Imrith Ramtohul, avant que la situation se stabilise et l’économie mondiale se normalise. «Une situation inflationniste qui pourrait perdurer une année encore affectant les coûts des matières premières et par ricochet la profitabilité des entreprises et autres sociétés cotées en Bourse dans les mois à venir.»

Anthony Leung Shing, Country Senior Partner chez PwC, appréhende, lui, d’autres effets négatifs de possibles dépréciations de la roupie si les secteurs d’exportation sont lents à se remettre. Toutefois, face à la stabilité du billet vert au troisième trimestre 2021 et l’affaiblissement du taux de change de l’euro et de la livre sterling de 2,4 % et 2, 8 % respectivement, face à la monnaie locale pour la même période, les pressions inflationnistes pourraient être contenues, remarque Imrith Ramtohul.

Toujours est-il que les économistes et autres spécialistes se retrouvent à l’échelle mondiale dans deux camps, ceux qui se disent «rassuristes», visiblement majoritaires, expliquant que cette hausse des prix ne peut être qualifiée comme une source inflationniste, vu qu’elle n’est pas généralisée mais limitée à certains secteurs. Elle disparaîtra, disent-ils, dès que l’activité économique retrouvera sa vitesse de croisière ; à l’opposé, les alarmistes prônent un durcissement de la politique monétaire face à un renchérissement du coût de la vie.

À Maurice, les premiers signes sont, en revanche, bien là, en attendant qu’on se mette en position pour danser la valse de l’inflation…

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