Soupçons de «drogue plantée»: l’affaire John Brown tourne au cauchemar pour l’ADSU

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John Brown n’avait pas de sac à la main à quelques secondes de son arrestation. L’affaire sera appelée le mois prochain et l’ADSU doit absolument contourner cette vidéo si elle ne veut pas à son tour se retrouver sur le banc des accusés.

John Brown n’avait pas de sac à la main à quelques secondes de son arrestation. L’affaire sera appelée le mois prochain et l’ADSU doit absolument contourner cette vidéo si elle ne veut pas à son tour se retrouver sur le banc des accusés.

L’arrestation, la main dans le sac, d’un présumé trafiquant de drogue est ce qu’il y a de plus courant pour la brigade anti-drogue (ADSU). Mais l’affaire John Brown – de son vrai nom John Brant Vivien – est en train de se transformer en une affaire des plus palpitantes, dont l’issu est en train de tourner en cauchemar pour l’ADSU. Pour certains aux Casernes centrales, la seule question qui subsiste : jusqu’où dans la hiérarchie en ressentira-t-on les séquelles ?

Le 29 avril 2020, Louis John Brant Vivien, alias John Brown, 38 ans, est arrêté chez lui à Résidence Sainte-Claire, Goodlands, lors d’une opération musclée montée par l’ADSU de Flacq, et à laquelle le Groupement d’intervention de la police mauricienne (GIPM) a également participé. Selon la déposition des policiers, John Brown avait, au moment de son arrestation, un sac en plastique dans la main. Dans le sac dont il aurait officiellement tenté de se débarrasser : 69,9 grammes d’héroïne et 69 grammes de drogue de synthèse. Le tout valant Rs 1,3 million.

Sauf que l’on se souviendra qu’un mois après cette opération, les images d’une caméra CCTV ayant filmé toute la scène avaient circulé. Et coup de théâtre : sur les images, John Brown n’avait pas de sac à la main au moment de son arrestation, et il n’a jamais tenté de jeter quoi que ce soit. L’affaire était tellement embarrassante à l’époque que la police, sous pression, n’avait même pas objecté à la remise en liberté conditionnelle de John Brown, le 4 juin 2020.

Extrait des court records officiels : «S. Counsel Glover states that he has just been apprised of stand.» Même l’avocat semblait surpris, le 4 juin 2020, que la police ne résiste pas à la motion de remise en liberté conditionnelle.

«Plus d’un million de roupies de drogue et la police ne s’oppose pas à la bail motion ? C’est du jamais-vu dans les annales du judiciaire et du trafic de drogue» commente un avocat. D’ailleurs, selon les court records officiels, il est écrit que l’avocat de l’accusé «ne s’attendait pas à ce que la police n’objecte pas à la remise en liberté sous caution (voir fac-similé)». Entre-temps, John Brown a porté plainte au CCID, qui enquête sur cette opération de l’ADSU.

Des policiers se baladent avec Rs 1,3 M de drogue

Plus d’un an après, l’heure des comptes approche. Le Forensic and Scientific Laboratory a terminé ses analyses sur les pièces à conviction – saisies ou plantées chez John Brown – et son verdict est clair : il s’agit bien de la drogue. Et, pour une fois, ce n’est pas une bonne nouvelle pour l’ADSU. Car si ces pièces à conviction, désormais officiellement de la drogue, ont été plantées chez l’accusé, cela voudrait dire que des policiers se baladaient, le 29 avril 2020, avec plus d’un million de roupies de drogue ! À un moment, John Brown craignait même un complot pour que les pièces à conviction ne soient pas analysées comme de la drogue et il avait, en mai dernier, officiellement demandé qu’elles soient placées en lieu sûr. Visiblement ses craintes ne se sont pas avérées.

L’affaire (celle où le DPP poursuit John Brown) sera appelée en cour le mois prochain et personne ne sait comment l’ADSU compte contourner les images compromettantes de la CCTV. À un moment, elle avait songé à arguer que l’angle n’était pas net, mais un autre enregistrement pris d’un autre angle confirme la véracité des images.

Les avocats de la défense eux continuent à mettre la pression. Il y a quelques jours, Rouben Mooroongapillai, un des avocats, a rencontré le commissaire de police pour demander que l’enquête change de main et faire le point sur celle du CCID (qui enquête sur l’ADSU). Il a également accompagné John Brown qui a donné une énième déposition mardi dernier, cette fois pour forgery contre les éléments de l’ADSU qui sont venus l’arrêter.

En effet, Brown croit savoir, en s’appuyant encore sur les images CCTV que le policier Adhin qui prétend lui avoir mis la main dessus en premier – et qui a affirmé en écrit qu’il tenait un sac en plastique contenant de la drogue – n’est pas en fait celui qui l’a immobilisé. Dans sa déposition, Brown a même soumis des photos du policier Adhin qu’il a comparées avec l’homme sur les images CCTV.

Un autre élément pourrait surgir dans les jours qui suivent : le reward money. Cet argent est censé récompenser l’informateur qui a permis à l’ADSU d’arrêter John Brown. Or, si tout a été fabriqué comme arguent Brown et ses avocats qui s’appuient sur les images cruciales des CCTV qui contredisent la version écrite des policiers, qui a touché le reward money dans cette affaire ?

Tout cela pourrait remonter jusqu’à très haut dans la hiérarchie de l’ADSU car l’opération menant à John Brown avait même mobilisé l’hélicoptère de la police. Qui était dans l’appareil pour suivre une opération où l’ADSU allait – selon les avocats de la défense et selon la tournure des événements – planter de la drogue chez un suspect ?

Après un an de silence sur l’affaire John Brown, les prochaines semaines vont être très chargées.

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