Promotion: Ken Arian, d’agent de check-in à super CEO de l’Airport Holdings

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Dev Manraj et Ken Arian, respectivement président et CEO de l’Airport Holdings.

Dev Manraj et Ken Arian, respectivement président et CEO de l’Airport Holdings.

Mardi 7 novembre 2017. Le Premier ministre, Pravind Jugnauth, reçoit à son bureau, le directeur des publications de La Sentinelle, Nad Sivaramen, et le journaliste Axcel Chenney. Ces derniers avaient sollicité cette rencontre pour lui exposer une vidéo filmée en caméra cachée. Sur les images, on voit Showkutally Soodhun tenir des propos à fort relent communal pouvant inciter à la haine raciale. Un quatrième homme assiste à cette rencontre, discret, presque timide. Il prend quelques notes et ne dit pas grand-chose; il semble être captivé par Pravind Jugnauth dans ce grand bureau. C’est Ken Arian.

Svelte, le crâne dégarni, le sourire facile, Ken Arian, ancien étudiant à l’université de Maurice et ancien steward à Air Mauritius (MK), est une vieille connaissance des journalistes. Il a toujours été passionné par la politique et voulait être de ceux qui vont apporter le changement, afin que les dynasties ne règnent plus. «Je suis ici pour aider à mieux faire connaître le Premier ministre et à quel point il travaille dur. Il n’y a aucune comparaison avec l’ancien PM (Navin Ramgoolam)», nous dit-il pour expliquer sa présence au PMO; présence qui nous avait surpris.

Car quelque temps avant, il était à La Réunion, avec Nilen Vencadasmy et Manisha Dookhony, entre autres, pour voir le fonctionnement de l’équipe En marche, pendant la visite d’Emmanuel Macron. D’ailleurs, c’est non sans fierté que Arian et Vencadasmy avaient envoyé leur photo avec Macron pour que l’express répercute l’info et l’image – c’était à l’époque où ils avaient besoin de notre journal pour se faire connaître. «Le changement se fera avec Pravind Jugnauth. Vous allez voir que ce sera la politique autrement, comme Macron en France», nous explique Ken Arian en ce mois chaud de novembre 2017, après notre rencontre avec Pravind Jugnauth, dans l’un des couloirs du PMO, où était inscrite, par coïncidence, «kitchen» – c’était une officine où l’on faisait du thé pour les employés et les visiteurs. On lui avait montré le signe. Il avait souri…

Ken Arian a toujours aimé la proximité avec le pouvoir. Quand il était à Air Mauritius (il y était entré comme check-in officer ou passenger handling service provider, avant d’intégrer le cabin crew. Puis il y gravit les échelons, quand Dass Thomas, proche de Navin Ramgoolam, devient chairman. D’ailleurs, quand Dass Thomas quitte Air Mauritius pour Harel Mallac, Ken Arian le suit fidèlement. Aujourd’hui, avec son accession à la tête d’Airport Holdings, Ken Arian a été propulsé à une altitude à laquelle il n’était sans doute pas préparé…

Puissance Ken

Un véritable tour de passe-passe pour l’agent de check-in passé steward après une vacance interne chez MK. Ceux qui se souviennent du bref passage de Ken Arian comme steward ne peuvent s’empêcher d’évoquer son alter ego. D’ailleurs, ce dernier, toujours employé par MK, au département ground operations à l’aéroport, clamerait à qui veut l’entendre qu’il faut passer par lui pour rencontrer Puissance Ken. À l’époque, les deux hommes étaient proches du directeur des cabin services, un Singapourien. Est aussi évoquée leur proximité avec un ancien Executive Vice-President de la compagnie nationale, aujourd’hui senior adviser d’un ministère clé. D’ailleurs, Ken Arian et lui entretiendraient aussi des liens fraternels. L’autre proximité est celle avec un syndicaliste réputé pour ne pas avoir sa langue dans sa poche mais qui se fait de plus en plus discret sur MK depuis les déboires du transporteur national.

En regardant dans le rétroviseur, la nomination à la présidence d’AML, le 1er février 2018, de celui qui est vite devenu l’ombre de Pravind Jugnauth, un an après l’installation de ce dernier au PMO, est loin d’être anodine. En étendant ses tentacules sur la présidence d’ATOL, celle d’Airport of Rodrigues, du MFDP et du Rodrigues Duty Free Paradise, Ken Arian avait déjà une main mise sur toutes les opérations aéroportuaires. Le seul joujou qui manquait sous le sapin était le transporteur national. Là aussi, nul besoin d’attendre la sortie de MK de l’administration après la watershed meeting prévue le 27 septembre. Ceux qui ont pris goût à la réponse toute faite – «MK est cotée en Bourse» – pour esquiver les interrogations préoccupantes du personnel portées au Parlement, ne trouvent, bien entendu, rien à redire ici.

«Qui est Ken Arian?» se demande un ex-cadre d’Air Mauritius et petit actionnaire de la compagnie, Raj Ramlagun. «Je l’ai connu comme check-in officer et il était comme un non-entity à Air Mauritius. Comment peut-il aspirer à être DG d’Air Mauritius. Avec ce genre de népotisme, comment voulez-vous que des lauréats reviennent au pays ?» D’autres à MK, persuadés que la nomination d’Arian à la tête de la mégastructure de l’aviation est «un moyen déguisé pour se débarrasser de lui au PMO», sont d’avis que celui qui a été préféré à Sherry Singh, ne tiendra pas longtemps. Le temps nous le dira.

Premières loges

En tout cas, en prenant le contrôle d’Airport Holdings, Ken Arian perd, sur le papier, ses fonctions de super conseiller du PM. Ça doit certainement se bousculer au portillon pour lui succéder au National Environment Fund, à l’Information and Communication Technologies Committee du Human Resource Development Council et au conseil d’administration du Central Electricity Board où il empochait, tout compris, quelques dizaines de milliers de roupies d’argent de poche.

Lui, le même Ken Arian qui, à la tête de Key Edge Consultants, avait raflé un demi-million de roupies pour faire la communication de Metro Express en septembre et octobre 2017. Ou qui avait claqué Rs 859 534 des contribuables en billets d’avion, en sus d’on ne sait quoi d’autre, lors d’un voyage aux États-Unis. C’est un fait que la proximité du neveu des frères Sivom (Parsuramen) et Nanda Arian de Telfair, Moka, deux amis proches du défunt Soopramanien Kistnen, avec le MSM est payant. À son nouveau poste, sera-t-il toujours aux premières loges lors des réunions politiques du MSM au Sun Trust ? Rien n’est impossible lorsqu’on est au service de Lakwizinn.

Airports Holdings Ltd : Un monstre créé pour quoi faire ?

Trois compagnies profitables, AML, ATOLL et MDFP, et une compagnie déficitaire, Air Mauritius, rassemblées sous un même holding. Cela provoque des réactions. Le président de la Federation of Civil Service and Other Unions (FCSOU), Narendranath Gopee, ne comprend pas les raisons d’un tel mélange. «Après avoir presque mis la SBM à genoux avec des pertes de plusieurs milliards, le gouvernement veut-il maintenant faire les poches de cette nouvelle vache à lait créée de toutes pièces ? Ou veut-il cacher les pertes de MK dans ce conglomérat ?» se demande-t-il. «Si c’était pour réduire les coûts, je comprendrais, mais là, il y aura plusieurs boards, dont les directeurs sont déjà grassement rémunérés, qui survivront. Au contraire, il y aura une nouvelle entité, l’Airport Holdings Ltd, qui aura son propre board où des copains seront casés plus un CEO de Lakwizinn.»

Le syndicaliste rappelle aussi qu’AML, ATOLL et MDFP font régulièrement des bénéfices, étant en situation de monopole, alors qu’Air Mauritius, elle, subit la concurrence parfois déloyale des compagnies d’aviation internationales et régionales. «À moins que ce ne soit pour récolter l’argent de ces trois compagnies profitables pour payer les administrateurs !» s’exclame-t-il. Il s’insurge aussi contre le fait que cette décision a été prise avant la prochaine watershed meeting, sans consulter les syndicats de ces quatre entités et les actionnaires de MK qui est cotée en bourse.

Concernant la nomination annoncée de Ken Arian à la tête de ce holding, Narendranath Gopee pose les questions suivantes : «Si Ken Arian est aussi compétent, pourquoi ne l’avoir pas nommé à la place de Sherry Singh, dont le ‘transformation plan’ a été un échec retentissant ? Pourquoi ne pas l’avoir désigné à la place des administrateurs qui n’en finissent pas d’administrer ?» D’ailleurs, le syndicaliste se demande quelles sont les qualifications et compétences de Ken Arian «à part d’être un membre de Lakwizinn». Alors que, martèle-t-il, un professionnel du gabarit de Megh Pillay, qui a fait ses preuves surtout en termes d’indépendance et d’efficacité est laissé de côté.

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