Paiement de la pension retardée: nos aînés grincent des dents

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À partir du 1er jour ouvrable du mois, les pensionnés peuvent toucher leur dû dans les bureaux de poste.

À partir du 1er jour ouvrable du mois, les pensionnés peuvent toucher leur dû dans les bureaux de poste.

Retraités, il va falloir vous armer de patience. À partir de février 2022, la pension de vieillesse ne sera plus versée en banque le premier jour ouvrable du mois – à ne pas confondre avec le 1er du mois – mais le quatrième jour ouvrable. Derrière cette décision : la chasse aux montants reversés aux morts et aux absents.

Grincements de (fausses) dents. Nos aînés digèrent mal l’annonce du retard dans le paiement de la pension de vieillesse. Vendredi, le Conseil des ministres a indiqué que le versement en banque de la retraite (basic retirement pension) ne se fera plus le premier jour ouvrable du mois (first working day) – à ne pas confondre avec le 1er du mois – mais le quatrième jour ouvrable du mois.

Inutile de vous précipiter à la banque. Cette décision ne prend pas effet tout de suite, mais dans cinq mois, c’est-à-dire à partir de février 2022. Raison donnée par le Conseil des ministres : réduire les paiements en excès de la pension de retraite aux bénéficiaires morts.

Les pensionnaires – bien vivants ceux là – et leurs proches n’ont pas attendu février de l’année prochaine pour réagir vivement à cette annonce. Et mettre en lumière les nombreux inconvénients que cela va leur poser. Bianca Camalboudou s’emporte : «Pa fasil sa. Akoz zot enn bann vié dimounn minister fer saki zot anvi. Ki zot pansé ? Bann personn azé pa bizin manzé, pey zot lwayé ek bill ?»

Si certains n’y voient qu’un «simple» changement d’habitudes, Mahen Seewoogolam s’inquiète, comme tant d’autres des répercussions sur les factures et les crédits à payer. Il lance : «Les ministres alors, vous prenez votre salaire à partir du 5 de chaque mois ?» Ce à quoi Natis Naz propose de «demander à la banque d’aligner les dates des standing orders comme pour le repaiement des prêts».

Roseline Decotter tente, pour sa part, de rationaliser en rappelant que «tout est mis sur l’ordinateur de nos jours. Si le travail est bien fait, il n’y aura pas de over-payment. Que la ministre revoit ce problème, car cela va importuner les retraités». Il y a aussi la question pour un champion posée par Jeanine Coutet : «Quelle est la moyenne de retraités qui décèdent sur trois jours ?» Dans la foulée, elle se demande : «Combien va-t-on économiser ?» Mais surtout, «combien de difficultés et de soucis seront causés à tous ces vieux qui n’ont que leur pension comme revenus ?»

De son côté, Caroline Wan Woon Lam trouve que c’est «cynique» de prendre ce type de décisions. Surtout, «à un moment où l’île Maurice a le moral au plus bas face à la crise qui nous affecte tous». En attendant février prochain, certains font preuve d’humour noir : «Merci de casser votre pipe entre le 1er et le 4 pour que le pays fasse des économies.»

Bien plus que des économies, cette mesure vise surtout à mettre le holà au gaspillage d’argent public. Car le paiement de la pension de retraite à des gens qui sont morts ou à des bénéficiaires qui sont absents du pays depuis plus de six mois a été souligné plusieurs fois dans le rapport de l’Audit.

Paiement en excès

Sortez les calculatrices. Au 30 juin 2018, la somme payée en excès sur les pensions par le ministère de la Sécurité sociale était de Rs 104 millions. En l’espace d’un an, au 30 juin 2019, le montant payé en plus par le même ministère aux retraités a augmenté par Rs 10 millions, pour passer à Rs 114 millions. À décembre 2019, un montant de Rs 117,1 millions est toujours dû. Ce qui représente des excès de paiements sur une période de 27 ans allant de 1992 à 2019.

À qui profite le crime ? Le rapport de l’Audit 2018- 2019 cite plusieurs raisons : les paiements à des pensionnaires décédés que ce soit à Maurice ou à l’étranger. Mais aussi les pensions qui continuent d’être versées aux pensionnaires absents du pays depuis plus de six mois. Autant de circonstances qui font dire à l’Audit que durant l’année financière 2018-2019, des nouveaux cas de paiement en excès ont été détectés. Des nouveaux cas qui ont coûté Rs 50 millions à l’État. Des fonds publics, qui, cette année-là n’avaient été récupérés que partiellement.

En 2018-2019 déjà, l’Audit avait recommandé de durcir les contrôles sur les paiements de la pension de vieillesse. Dans le cas des pensionnaires absents du pays, le ministère de la Sécurité sociale avait répondu qu’une surveillance des mouvements des bénéficiaires âgés de plus de 60 ans est exercée en collaboration avec le Passport and Immigration Office.

Cette année, parmi les amendements aux lois contenues dans la Finance Act, il y en a qui concerne les Mauriciens décédés à l’étranger. Si le défunt a déjà été enterré ou incinéré ailleurs qu’à Maurice, le conjoint ou les héritiers ont un délai de deux mois après le décès pour en informer le bureau de l’État civil. Faute de quoi la famille risque une amende ne dépassant pas Rs 5 000.

Pour sa part, l’analyste financier Imrith Ramtohul justifie cette décision en se basant sur le constat du directeur de l’audit à ce sujet. Selon lui, le gouvernement peut s’appuyer sur cette mesure pour faire des économies. La demande pour plus d’informations auprès du ministère de la Sécurité sociale est restée vaine.

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