Rama Sithanen: « Le ministre des Finances fait tristement preuve du ‘window dressing’ »

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L’ex-ministre des Finances et l’économiste, Rama Sithanen dénonce la manipulation des chiffres autour du déficit budgétaire de 2020-21 de Renganaden Padayachy après son grand oral du vendredi. Et déplore son optimisme disproportionné en misant sur une croissance de 9% en juin 2022.

Les commentaires des spécialistes comme des politiciens ont été nombreux après la présentation du Budget 2021-22, notamment ceux portant sur la manipulation des chiffres du déficit budgétaire par le ministre des Finances. Quelle est votre analyse sur la question ?

Si le ministre des Finances estime qu’il a réalisé un miracle en atteignant un déficit budgétaire de 5,6% du PIB à l’issue de l’année fiscale 2020-2021, c’est qu’il fait tristement preuve du ‘window dressing’.

Pour preuve, il suffit de parcourir les divers documents liés aux Budget Estimates rendus publics vendredi pour se rendre compte que  Renganaden Padayachy a manipulé les chiffres du déficit budgétaire. A vrai dire, il s’est livré à un exercice de ‘colourable device’ en maquillant le chiffre réel de cet important indicateur macroéconomique.

J’estime  que le ministre aurait pu dire la vérité sur l’état de l’économie du pays sur la base d’une  contraction de 15% de son PIB l’année dernière. La population aurait compris et accepté son langage de vérité.

Ce qu’il n’a pas fait en se livrant à un exercice comptable pour camoufler la taille réelle du déficit budgétaire ?

C’est que   je trouve dommage car personnellement, je ne suis pas obsédé par le déficit budgétaire dans le contexte actuel mais je pense que dans le cas présent, une lecture attentive de la Statement of Governement Operation aurait montré que le déficit fiscal pour l’année 2020-21 a dépassé largement  le montant qui est effectivement mentionné, soit Rs 24,5 milliards ou 5,6% du PIB.

Or, le ministre a carrément comptabilisé comme un item de revenu les  Rs 60 milliards  transférés de la Banque de Maurice au Trésor public l’année dernière alors que c’était purement un financement. Et comme vous le savez, ce  montant était réparti à hauteur de  Rs 33 milliards au budget courant et Rs 27 milliards  au budget  de développement.

Du coup, la taille réelle du déficit budgétaire, excluant les Rs 60 milliards, serait  de 19,7% du PIB  incluant les 5.6 %. Plus élevé encore si  on inclut  les  financements hors du budget comme les fonds spéciaux ou encore d’autres astuces comme les prêts aux corps paraétatiques traités comme des investissements de  l’Etat .

Et quid du Budget 2021-22 ?

C’est le même modus operandi pour masquer l’ampleur du déficit budgétaire.

Nous avons eu droit à une augmentation substantielle de transferts budgétaires aux  fonds spéciaux, passant de Rs 15 milliards à Rs 31,7  milliards. Ce qui lui permettra d’entamer la prochaine année fiscale avec des revenus de Rs 35,37 milliards  soit 7% du PIB. Un montant lui permettant de financer ses largesses fiscales en dehors du Consolidated Fund.

Par ailleurs, comme  souvent the devil is in the details, les Budget Estimates montrent comment le ministre  aura également recours à des réserves de quatre State-Owned Enterprises (SOE), dont le CEB, la STC, la MPA et la FSC totalisant Rs 9 milliards et 1.8 % du PIB . Du jamais vu.

Des critiques ont été formulées contre l’estimation de croissance de 9% pour l’année fiscale 2021-22. Des économistes indépendants comme des porte-parole économiques des partis politiques s’étonnent de cet optimisme disproportionné du ministre.  Vos commentaires ?

Il est clair que le ministre a surestimé sa projection de croissance et s’attend dans la foulée ce  que les dividendes de cette croissance générèrent une hausse de 33% des recettes fiscales. De la même manière, on  peut s’interroger comment la TVA, si on se base sur les  projections budgétaires, va augmenter de 41% et ce même avec une dépréciation accélérée de la roupie.

Le ministre des Finances s’appuie également sur une hausse de 45% de la Corporate Tax. Or, on ne comprend pas son raisonnement quant cet impôt est  payé sur les profits engrangés l’année dernière par les entreprises alors qu’on sait très bien que  la grosse majorité de sociétés ont subi soit  des pertes ou des profits  négligeables suivant l’effet économique du Covid .

Ce qui m’amène à souligner  que Renganaden Padayachy n’atteindra pas malheureusement son objectif de croissance ou encore moins celui de  revenus. Cependant, de telles projections lui permettent en revanche de gonfler artificiellement ses revenus et son PIB, ce qui réduit forcément  le déficit fiscal et la dette publique par rapport au PIB.

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