Affaire Telegram: Les groupes refont surface

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Les groupes, dans lesquels circulent des photos et vidéos de jeunes femmes principalement, comptent plus de mille membres respectivement.

Les groupes, dans lesquels circulent des photos et vidéos de jeunes femmes principalement, comptent plus de mille membres respectivement.

KaBoum LGBT ou encore Tou cki zot lai. Non, ce ne sont pas là les titres de nouveaux films de Marc Dorcel, producteur de films érotiques, mais bien les œuvres pornographiques et pédophiles de groupes montés à Maurice. Ceux-ci ne sont pas anodins. Découverts il y a deux mois, ils ont refait leur apparition sous d’autres noms.

Depuis que les auteurs de ces groupes se sont retrouvés dans le collimateur des autorités, de l’eau a coulé sous les ponts. Toutefois, tout porte à croire que certains n’ont pas retenu la leçon. D’autres groupes ont fait leur apparition, offrant le même genre de transactions.

L’application Telegram regorge de groupes et en allant sur l’option People nearby*, grâce à la géolocalisation, il est facile, par une simple recherche, de trouver les groupes à proximité. Notre quête n’est pas vaine. Après 15 secondes, trois groupes s’affichent et attirent l’attention. Ce sont KaBoum LGBT, Cki zot lai et Mauritian Cougar. Nous créons un compte incognito et rejoignons ces groupes.

L’accès y est facile car il n’y a aucune restriction lors de l’inscription. Dès que nous cliquons sur le bouton «Join», nous avons accès à tout. Sans compter que même si nous n’avions pas «Joined», comme les autres groupes, nous aurions pu tout voir.

La première image que nous voyons, c’est la photo d’une jeune fille, visiblement dans la vingtaine, nue et prenant la pose. Nous décidons de faire défiler la page et d’autres images, les unes plus choquantes que les autres, nous sont proposées. Sur quelques photos, il est évident que la fille n’est pas consentante car elle essaie de masquer son visage. Plusieurs autres jeunes filles ont les yeux bandés.

Sur l’option média, nous voyons qu’il y a plus de 1 500 photos et vidéos, toutes de jeunes filles mauriciennes, de différentes tranches d’âge, qui ont été envoyées. Et il y a aussi des vidéos internationales à caractère pédopornographique. Les messages échangés par les membres du groupe sont encore plus choquants que les photos. Dès qu’un membre partage la photo d’une jeune fille, c’est l’euphorie : «Hey kisanla sa ? To ena so Facebook ? Tiouuu tiek demars. Wow si mo gagn sa. Hey fer gagn so numéro do.» C’est difficile de croire que ces messages parlent de jeunes filles, de femmes, d’enfants…

Néanmoins, parmi les membres, il y en a certains qui essaient d’être la voix de la raison. «Hey sa kapav to tifi man», mais ils vont vite changer d’avis dès l’envoi d’une autre photo montrant une autre fille. Celui qui prétendait s’inquiéter du jeune âge d’une protagoniste se métamorphosant en pervers affamé : «Hmmm sanala mo le.»

À noter que les groupes comprennent tous plus quelques centaines d’adhérents masculins comme c’était le cas avant.

L’enquête toujours en cours

Du côté de la police, on explique que l’enquête est toujours en cours à la «Cybercrime Unit», suivant les plaintes faites il y a deux mois par rapport aux photos et vidéos pédo-pornographiques circulant sur «Telegram». L’inspecteur Shiva Coothen du «Police Press Office» affirme à nouveau que de telles enquêtes prennent du temps. «Nous avons plus d’un millier de plaintes concernant les harcèlements, les sextorsions, entre autres, sur les réseaux sociaux. Le CCID est toujours en train d’enquêter et nous invitons toutes les victimes à venir de l’avant.»

Mia* est dépassée par la situation…

«J’en ai marre», dit-elle, désespérée. Mia*, maman de 24 ans, voit encore des photos d’elle prises lorsqu’elle avait 17 ans, diffusées à nouveau sur Telegram. Elle dit avoir compris que cela ne s’arrêtera jamais. «Mon ex a disparu de la circulation mais le mal qu’il m’a fait continue à me hanter et à me suivre comme mon ombre. C’est vrai que je peux compter sur le soutien de mon époux mais cette situation n’est pas facile pour lui comme pour moi», affirme la jeune femme, la gorge nouée par l’émotion. Pour rappel, Mia s’était confié à l’express il y a deux mois. Elle a raconté que les photos d’elle ont été prises quand elle avait 17 ans par son copain de l’époque. «Nou ti sorti ansam an 2014. Ti mo premie kopin sa. Nou ti pe zwenn souvan pou gagn relasion e de fwa linn pran mo foto sanse pou gard pou li pou li gete kan li mank moi.»

Toutefois, lorsque Mia a tenté de rompre un an plus tard, son ami, âgé de 21 ans à l’époque, a envoyé ses photos à d’autres personnes pour se venger. Deux plaintes ont été déposées par son époux et elle en 2020, mais c’est avec beaucoup de peine que Mia affirme que rien n’a été fait jusqu’ici et que ses photos continuent à être partagées par des inconnus.

«Depuis dernié scandale Telegram en mars, mo’nn fer enn relooking pou sansé dimounn pa rekonet mwa. Me malerezman mo nom ankor pé sirkilé lor sa bann groupla. Sanz look ek kouler sévé pann sanz nanye, mo’nn bizin cancel mo compte Facebook semenn dernie akoz sa.» Pour Mia, se tenir à l’écart des réseaux sociaux et rester dans son cocon familial est ce qui l’aide à avancer pour l’instant. Toutefois, elle sait qu’elle ne pourra pas rester indéfiniment cachée. «J’ai l’impression qu’il n’y a pas de justice… »

*Nom d’emprunt

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