Le malentendu mauricien

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Depuis le «miracle» ou, pour être moins chauvin, le boom économique des années 80, sous le primeministership de fer de sir Anerood Jugnauth, Maurice a souvent été cité en (bon) exemple en Afrique. Jusqu’à récemment, nous étions l’élève modèle de la classe pour les institutions de Bretton Woods, celui que les autres devaient émuler en termes de progrès démocratique, développement économique et justice sociale. La montée en grade de la classe moyenne mauricienne forçait l’admiration. Et quand on voyageait, on était fiers de se présenter comme des Mauriciens. On était un peu les Singapouriens du continent.

Bloc par bloc, secteur par secteur, Maurice s’est hissé parmi les pays à revenus intermédiaires, puis, brièvement, pendant une année, au sein des pays à revenus élevés. Et puis le château de cartes s’est écroulé.

Sont venus des vents contraires, de plus en plus forts : un accaparement des principaux partis politiques par des patronymes connus de la place (qui ont fini par devenir comme le secteur privé qu’ils dénonçaient à leurs débuts), une mauvaise gouvernance basée sur le népotisme ambiant et grandissant, l’argent de la drogue, qui s’est infiltré un peu partout, provoquant fraude et corruption à plusieurs niveaux, une immaturité politique au plus haut échelon, l’appât du gain facile. Aujourd’hui viennent se greffer sur ce tableau sombre le coronavirus, et la contraction de notre économie.

Mais pas que…

Et alors que le tourisme devait tôt ou tard se réinventer, comme jadis le sucre et le textile (en raison de la conjoncture internationale), sur le plan des services financiers, on jouait déjà dangereusement depuis plusieurs années. Au niveau de la dette publique, on dépensait comme si on était un pays riche, à en juger par les salaires et pensions de nos élus. Et nos dirigeants, Pravind Jugnauth en tête, ne sont pas du genre à changer leur luxueux train de vie. Dans leurs berlines allemandes, ils ne pensent aucunement faire comme Mario Draghi, qui vient de renoncer à sa rémunération pour son poste de président du Conseil italien, une décision qui a pour objectif de montrer sa solidarité avec le peuple italien, durement touché par la récession économique. “The decision to sacrifice his prime ministerial salary is intended to strike a chord in a country where the high salaries and perks of lawmakers have been frequently attacked by populist parties as a symbol of an out of touch political elite”, notait hier le Financial Times.

***

Aujourd’hui, tous les patriotes ne peuvent que mesurer l’aggravation simultanée des inégalités. Les équilibres sociaux chancellent. Ceux du climat et du vivant s’effondrent. Les fils et filles du sol sont désemparés. Chacun craint pour son emploi, sa sécurité, son environnement, sa santé et l’avenir de ses enfants.

La marche triomphante du progrès mauricien prend des allures d’un vaste malentendu…Et si Meade et Naipaul avaient raison. Avant la lettre ?

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