On ne pourra plus compter sur le père Noël !

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Je revois le nouveau ministre des Finances, Renganaden Padayachy, l’an dernier, lors de son premier discours du Budget. Masque bleu sur le nez, scrollant son discours sur son écran laptop avec son pouce. Je le revois en particulier au moment, passablement dramatisé, où il annonçait, après une heure et vingt-trois minutes d’analyses et d’annonces diverses, incluant la relance de l’investissement et de l’économie au taux de Rs 100 milliards, que s’il y avait un déficit de 13,6 % au Budget précédent de 2019-20 (un Budget présenté par son prédécesseur !), les revenus de son Budget, à lui, allaient être de Rs 162,9 milliards, alors que les dépenses en face étaient de… Rs 162,9 milliards ! Il y eut bien un effort des parlementaires de la majorité de «taper les tables» avec le plat de la main pour ce Budget étonnamment «en équilibre» pour une année post-pandémie s’annonçant pourtant difficile, mais le «tap latab» fut certainement plus bruyant, quelques minutes plus tard, quand on parlait des Rs 15 000 allouées aux «frontliners».

Il est vrai que la valse des milliards est toujours plus difficile à appréhender… Rappelez-vous : on parlait alors de monétisation de la dette et de «helicopter money». Tout le monde acceptait que la situation était exceptionnelle et nos dirigeants nous ont alors proposé des solutions du même ordre, en nous assurant que l’on faisait «comme les autres pays» et que le FMI avait été notifié. La plupart des citoyens ont avalé ou n’ont pas réagi. Ceux qui auront exprimé leurs doutes ont été catalogués, au minimum, comme des pisse-vinaigre.

Depuis, la taxe sur le chiffre d’affaires a été abandonnée, la CSG a été attaquée en Cour suprême, la Solidarity Tax adoucie, le pays – un temps «Covid safe» – a dû se réconcilier à un second confinement, une Extra Supplementary Expenditure de Rs 17 milliards fut votée à l’Assemblée nationale, le Wakashio ainsi que le Sir Gaëtan ont coulé, on s’est affiché sur la liste grise du GAFI, puis sur celle, noire celle-là, de l’UE, la roupie a glissé – sauf pour le dollar, le fret maritime a triplé, le prix des commodités (dont l’essence) a flambé*, nos importations ne sont couvertes par nos exportations qu’à 40 % seulement, notre balance des paiements est devenue déficitaire, en 2020, pour la première fois depuis des lustres, de nouvelles flambées de Covid surgissent quelques jours seulement après un déconfinement partiel le 1er mai dernier et, pour tout couronner, le FMI nous a rendu visite – du moins virtuellement !

Ça en fait un sac de nœuds particulièrement coriace pour le ministre, à la veille de son deuxième Budget et cela m’étonnerait beaucoup, mais alors vraiment beaucoup, qu’il puisse, comme l’an dernier, assurer un tour de passe-passe qui permettait de préserver et surtout pas d’élargir encore l’État providence, de taxer encore sans conséquence sur le métabolisme économique local, de retrouver la croissance sans tourisme, d’équilibrer son Budget sans réduire son train de vie quotidien et ses dépenses, dont ses projets pharaoniques qui coûtent cher et rapportent peu ou rien du tout.

Car le communiqué de presse du FMI, qui est probablement délibérément émis avant le Budget pour s’assurer qu’il soit ramené sur terre, est cinglant et prête à de lourdes conséquences, même si occasionnellement bien enrobé dans du papier chocolat diplomatique. En effet, si “The Central Bank law IS being reformed… to preempt further exceptional transfers to the government” et que, de plus “… the Central Bank should relinquish ownership of the Mauritius Investment Corporation and financing of the MIC should be provided through the budgetary process”, selon ce communiqué du FMI, il va sans dire que le père Noël est désormais imberbe, qu’il a abandonné son déguisement (d’autant qu’il était rouge…) et qu’il n’a plus ni traineau, ni cadeaux à distribuer !

La conséquence directe ? 28 des 60 milliards de roupies transférées, «oneoff», au budget du gouvernement à partir de mai 2020 seront désormais comptabilisées comme une «avance» sur les dividendes éventuellement payables par la Banque centrale au gouvernement – ces dividendes n’étant ni continuels, ni garantis, ni même terriblement matériels si la BoM fait son travail comme il faut. Le résultat ? C’est la dette gouvernementale qui augmente encore, réduisant du coup la marge de manœuvre au ministère des Finances.

Quant à la MIC, quand il sera inévitablement transféré, si l’on veut rester dans les bons papiers du FMI, il représentera éventuellement Rs 80 milliards de plus si le tourisme reste fermé, si le textile «systémique» a encore besoin de sérum et si on investit vraiment en Afrique, dans la fintech, dans la «data economy» et dans l’Intelligence Artificielle. À défaut d’intelligence naturelle ? Pour le moment, à en croire le site de la MIC, celle-ci a approuvé un peu plus de Rs 17 milliards de projets et décaissé Rs 2,248 milliards à fin avril. Ce baluchon conséquent, qui va inévitablement gonfler gaiement chaque mois où l’aéroport restera fermé et où les touristes seront absents, sera aussi sur les genoux du ministre très bientôt, sûrement dans une nouvelle structure que l’on nous présentera comme «indépendante» et guidée par la «bonne gouvernance» ? Il reste à voir si le nouveau CEO de la MIC depuis mars 2021, Jitendra Bissessur, détenteur d’un MSc en Économie de l’Université de Maurice et issu des profondeurs de la BoM, est effectivement l’homme de cette situation-là…

Je ne vous cache pas mon pessimisme au regard de tout cela. Je me sens floué et dupé par Seegolam, Padayachy et leurs équipes, secrétaire financier en tête «who should have known better», selon l’expression consacrée ! Avec le père Noël dans la tour d’à côté, ils ont tenté de nous créer l’illusion de la presque normalité et même d’un budget «en équilibre» ! Nous n’avons pas mal dérapé depuis et le père Noël a été renvoyé à ses obligations monétaires premières. C’est pourquoi le ministre des Finances va danser sur une corde vraiment très raide, lestée qu’elle sera par une dette de plus de 100 % du PIB. D’autant qu’il faudra aussi décider du sort d’Air Mauritius, du financement de l’extension du métro et de son déficit opérationnel, et de la concrétisation des projets votés pour 2020-21 et toujours pas visiblement enclenchés**. J’espère avoir tort, mais je ne suis vraiment pas rassuré.

*https://www.indexmundi.com/commodities/

**12 000 logements sociaux (12 Mds), breakwater pour le port, National Agri-Food Development programme, industrie pharmaceutique, réservoir à Rivière des Anguilles (Rs 7,5 Mds), abribus modernes (Rs 9,2 Mds) entrepôts en Tanzanie et au Mozambique, BoM digital currency, Côte-d’Or Data technology Park, 34 projets à l’EDB valant Rs 62 milliards…

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