Plaidoyer pour associer la diaspora au développement

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Alors que la diaspora mauricienne est invitée, ce week-end, à une élection générale virtuelle, il serait judicieux qu’on permette non seulement aux Mauriciens d’ailleurs d’avoir voix au chapitre démocratique (afin de débloquer la roue de la réforme électorale) mais également de participer au développement économique (à un moment où «nous sommes à genoux», dixit le PM). Après plus d’un demisiècle d’indépendance, notre pays doit se réinventer, inverser la fuite des cerveaux, rapatrier ses intelligences, et repenser son économie avec de perspectives et compétences nouvelles.

De tout temps, le miracle mauricien repose sur ses seules ressources, ses ressources humaines, aujourd’hui éparpillées sur la mappemonde. Comme le pays (en excluant sa zone économique exclusive) et les possibilités étaient/ sont limités, avec quelques familles qui contrôl(aie)nt la politique et le secteur privé, beaucoup de nos compatriotes en quête d’égalité des chances, avant même 1968, avaient opté pour l’exil. Mais aujourd’hui, la donne et le monde ont changé. Les expatriés mauriciens ont des profils divers, et ne raisonnent pas comme l’électeur traditionnel mauricien. Avec raison, ils réclament le droit de vote face à la mauvaise gouvernance de leur pays natal.

Avec une stratégie bien ficelée, l’émigration d’hier pourrait évoluer progressivement en une migration en notre faveur. Elle pourrait potentiellement se muer en la diaspora de l’intelligence, grâce aux réseaux sociaux qui nous rapprochent de ceux qui avaient pris leurs distances.

Les raisons du «brain drain» sont connues et diverses. Prenez l’exemple de nos lauréats, qui incarnent les élites d’un système éducatif tant décrié. Que gagnet- on en leur envoyant dans les meilleures universités mondiales ? Combien de lauréats reviennent après leurs études pour travailler ?

Peut-on blâmer ces fils et filles du sol qui ne reviennent pas quand l’on sait que les règles régissant le marché du travail – que ce soit dans le public ou le privé – sont faussées à la base chez nous ? Et ce, grandement à cause de l’ingérence politicienne et des réflexes claniques qui n’ont, hélas, pas su évoluer avec le temps.

On l’a plusieurs fois dit ici même : la fuite des cerveaux provoque des effets négatifs – insoupçonnés et incalculés – sur notre PIB et notre développement économique.

Mais aujourd’hui, alors que l’on nous qualifie de pays en voie d’autocratisation, et que le pouvoir entend contrôler les réseaux sociaux, le réel débat doit être d’ordre économique et politique. C’est important que nous le fassions car les compétences acquises par ceux qui sont allés vivre sous d’autres cieux peuvent nous aider à sortir de notre impasse.

Tant que les facteurs conduisant à l’émigration (crises économiques, taux de chômage élevé, manque de services sociaux adaptés comme la santé et l’éducation, communalisme, népotisme et absence d’égalité des chances et de justice sociale, horizons bouchés, etc.) persisteront, il sera quasi impossible de faire revenir les expatriés.

On peut comprendre la réticence d’une bonne partie de la diaspora. Malgré la famille, les dholl-puris et brianis, et les plages, il n’est pas facile de rentrer au pays et retrouver certaines mentalités étriquées (proportionnelles à la superficie du bassin mauricien) et des passe-droits dignes d’une république bananière. 

*** 

Dans l’absolu, on est tous plus ou moins pour l’octroi du droit de vote à la diaspora mauricienne. Mais il faut passer par un débat car il y a plusieurs paramètres à définir. Comment définit-on la diaspora ? Qui en fait partie et qui n’en fait pas partie ? Quelles sont les statistiques disponibles ? Le vote de la diaspora sera-t-il équitable par rapport à la population locale ? Faut-il créer une nouvelle circonscription – une 22e – pour les Mauriciens d’outre-mer en se fondant sur le cas français ?

Et quid du paiement des impôts ? Et de la question de double nationalité ? Octroyer le vote à la diaspora s’avère un complexe phénomène politique, électoral et économique en pleine croissance de par le monde. Il secoue les conservatismes et le statu quo. Il présente des risques et des défis qui pourraient considérablement influencer la politique intérieure d’un pays comme Maurice. C’est pour cela que le vote de la diaspora chiffonne plus d’un au sein des partis et dynasties traditionnels… Le changement est en route.

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