Rassemblements publics: vers une restriction ou réinvention ?

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La reprise des rassemblements publics dépendra de l’évolution du Covid-19, selon les autorités.

La reprise des rassemblements publics dépendra de l’évolution du Covid-19, selon les autorités.

Marches citoyennes, manifestations, rassemblements religieux : ils sont interdits avec le Covid-19. À moins de ne mobiliser que dix personnes, nombre autorisé. Cette diminution fait-elle le poids face aux masses habituelles ? Face aux traditionnels meetings du 1er-Mai à nouveau annulés en 2021, le virtuel est-il une alternative ? Quel est le futur des événements publics ? Seront-ils interdits, restreints ou sujets à des conditions sanitaires ?

«Les marches citoyennes vont recommencer. Je travaille déjà sur quelque chose. Il ne faut pas que l’État utilise le Covid-19 pour nous empêcher de nous rassembler. On ne laissera pas tomber. On continuera nos actions», déclare l’activiste Bruneau Laurette et fondateur de Linion sitwayen morisien. Ce dernier prévoit déjà un événement en mai. Selon lui, on ne peut pas empêcher le public de revendiquer ses droits. Un avis partagé par Ashok Subron, un des porte-parole de Rezistans ek Alternativ. «Le droit de se rassembler est fondamental. Cela figure dans la Constitution de Maurice. La décision de rouvrir une majorité d’activités, ce qui occasionne des rassemblements sur les lieux de travail, les autobus, les bazars, etc., serait incohérente avec celle d’interdire les manifestations publiques. Ce serait intenable», affirme-t-il.

Notre interlocuteur souligne qu’un retrait permanent de ce droit constitutionnel impliquerait l’État d’urgence. Radhakrishna Sadien, président de la State Employees’ Federation (SEF), évoque une reprise des manifestations syndicales ou publiques emplie de défis. «Quand vous faites une réunion publique en présentiel, il est plus facile de voir les réactions et d’avoir les mobilisations, comparé au mode virtuel. D’ailleurs, tous les travailleurs n’ont pas tous des moyens technologiques. On devra se réinventer suivant le Covid-19. En mars, beaucoup d’assemblées générales ont dû être annulées. On ne sait même pas à quand les rééchelonner», explique le syndicaliste.

De plus, poursuit-il, pour les négociations collectives, la mobilisation physique fait toute la différence. «En mars, nous avions une action pour des pompiers dont c’est la journée mondiale aujourd’hui. On ne sait comment faire avec cette restriction de dix personnes désormais. Il est aussi difficile de mesurer la force des travailleurs quand on ne peut se rassembler physiquement. Cela n’a pas le même poids», indique-t-il.

Clairement, soutiennent nos interlocuteurs, les rassemblements publics ne sont pas révolus. Sollicité, Zouberr Joomaye, porte-parole du comité national de communication sur le Covid-19 soutient que «personne ne peut dire pour le moment quand on pourra se rassembler». Selon lui, en 2020, les mesures sanitaires étaient appliquées pendant trois mois. Puis, Maurice est passé en dé- confinement comme l’on avait réussi à contenir le virus. «En 2021, on ira vers une normalisation dépendant de l’évolution de la situation pandémique. Ceci prévaut pour les rassemblements en général. Même si on fonctionne plus ou moins avec une réouverture graduelle, il y a toujours une zone rouge. On ne peut pas dire que c’est sans risque. Le fait d’interdire les rassemblements a pour but spécifique de préserver la sécurité sanitaire», déclare-t-il.

Cependant, la nouvelle normalité liée au Covid-19 imposera de nouvelles modalités pour tous types de rassemblements. Lesquelles ? Par exemple, les Mauriciens vaccinés seront-ils les seuls autorisés à y participer ? «La vaccination n’est pas obligatoire mais un choix personnel. À mon sens, la vaccination est plus un accord pharmaceutique en faveur des capitalistes qui veulent en tirer profit. De plus, le vaccin réduit mais n’empêche pas les risques de contracter le Covid-19. D’ailleurs, ce virus n’a pas été aussi mortel que le H1N1. Le masque ne protège pas non plus intégralement », poursuit Bruneau Laurette. Avec l’émergence des variants, il se demande si chaque mutation nécessitera un nouveau vaccin.

Règles qui s’opposent

Faudra-t-il donc réinventer la façon de faire des manifestations? Nos intervenants répondent par l’affirmative. À l’exemple de Bruneau Laurette qui mentionne l’usage de masques pour y inscrire des messages. Cela dit, Radakrishna Sadien se demande comment les manifestants pourront communiquer avec les masques. Quid de la distanciation physique ? Difficile à intégrer au sein des marches citoyennes dans la pratique, précise l’activiste social. «Les règlements sanitaires actuels sont contradictoires. Dans les autobus, il n’y a pas de distanciation physique. Ceci est aberrant. Par rapport aux flux de passagers dans un de ces véhicules et le nombre d’autobus en circulation, c’est plus qu’une marche pacifique. Cette mesure sanitaire ne tient pas la route dans un rassemblement public», avance-t-il.

Une préoccupation partagée par Radakrishna Sadien qui qualifie la distanciation «d’antisociale» pour les manifestations publiques. «Comment faire de la mobilisation sans les participants, qui sont le cœur du mouvement ? Ce n’est certainement pas la fin de ces regroupements. Tôt ou tard, il faudra enlever cette restriction de dix personnes. Sinon, rien ne fonctionnera au niveau de l’économie. Cela sera plus facile avec la vaccination de la masse», avance-t-il.

Quant à Ashok Subron, il estime que les manifestations publiques pourraient s’aligner sur les restrictions sanitaires préconisées pour les centres commerciaux et supermarchés. «Néanmoins, on ne voit pas tant de mesures sanitaires à bord des autobus. Il sera intenable de maintenir l’interdiction de rassemblements publics. Le Mauricien est un être social et doit être libre de pouvoir se réunir», ajoute-t-il.

Du côté des rassemblements religieux, l’iman Arshad Joomun, membre du Conseil des Religions, est en faveur de la reprise des prières dans les lieux de culte à partir du 1er juin 2021. Une nécessité face à la pandémie. «Les Mauriciens ont besoin de ces moments de ferveur. Cependant, depuis la deuxième phase de réouverture le 1er mai, on voit beaucoup de gens circuler sans observer les gestes barrières. Le bazar est un véritable chantier. On dirait qu’ils oublient qu’on est toujours en confinement et que la distanciation est obligatoire», constate-t-il.

Revenant sur les regroupements religieux, il évoque le maintien du protocole sanitaire entre les fidèles. Toutefois, le contact physique lors des rituels des fidèles est remis en question. «Par exemple, les accolades sont signes d’humanité et de sensibilité dans l’Islam. Dans l’église catholique aussi, on fait le signe de paix. Il ne faut pas imposer trop de restrictions car cela nuira à l’humanisme. Et je crois que les Mauriciens en ont grand besoin. Il faut bien s’assurer de porter son masque à ce moment-là», indique-t-il.

En revanche, notre interlocuteur est d’avis que la tenue de marches pacifiques, fêtes culturelles et autres manifestations publiques ne sont pas si importantes ou nécessaires dans le contexte actuel. Nous avons aussi sollicité d’autres dignitaires religieux mais en vain.

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